connaissance des arts

L’art de la grossesse au Foundling Museum à Londres

Jusqu’au XXe siècle, la plupart des femmes passaient la majeure partie de leur vie adulte enceintes. Et pourtant, elles ont rarement été représentées en état de grossesse. Le Foundling Museum explore les représentations du corps de la femme enceinte à travers des portraitsessentiellement britanniques, des cinq cents dernières années. Le portrait le plus ancien de l’exposition est un dessin de la fille de Sir Thomas More, Cicely Heron, par Hans Holbein le Jeune en 1526-1527, provenant de la collection de la famille royale britannique. Le dernier, signé du photographe Awol Erizku, a été l’image la plus « likée » sur Instagram en 2017 et représente la chanteuse Beyoncé enceinte de jumeaux, voilée et agenouillée devant un écran de fleurs.

View this post on Instagram

We would like to share our love and happiness. We have been blessed two times over. We are incredibly grateful that our family will be growing by two, and we thank you for your well wishes. – The Carters

A post shared by Beyoncé (@beyonce) on Feb 1, 2017 at 10:39am PST

Des dessins du XVIe siècle aux photographies postées sur Instagram

Entre les deux, le parcours iconographique permet de comprendre l’évolution des représentations sociales, entre un portrait de Theresa Parker d’après Sir Joshua Reynolds en 1772, dissimulant sa grossesse selon les conventions de l’époque, jusqu’à l’image triomphante de l’actrice Demi Moore en 1991, nue et enceinte de sept mois, par la photographe Annie Leibovitz. L’exposition présente aussi des vêtements de maternité, comme celui que portait la princesse Charlotte de Galles, petite-fille du roi George III (également peinte par George Dawe en 1817) avant de mourir en couches à 21 ans…

Cet article L’art de la grossesse au Foundling Museum à Londres est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Kees Van Dongen en 10 dates clés

Cornelis Theodorus Maria Van Dongen, dit Kees Van Dongen, naît le 26 janvier 1877 à Delfshaven, faubourg de Rotterdam, dans un milieu bourgeois, catholique et austère.
Son père tient une malterie où Kees travaille dès l’âge de douze ans. Il peint et dessine beaucoup. Son père l’inscrit aux cours du soir de dessin de l’Académie des arts et des sciences de Rotterdam. À l’âge de 17 ans, il aménage un atelier dans le grenier de la malterie. Il a une grande admiration pour Rembrandt et Frans Hals. Le jeune homme s’émancipe peu à peu du milieu familial en passant beaucoup de temps à Rotterdam ; il signe ses premières peintures, d’une facture encore classique. Il commence à fréquenter les cercles anarchistes et illustre la couverture de L’Anarchie de Kropotkine. Après un bref passage à Paris, où il rencontre sa future femme, Guus, il rentre en Hollande où il dessine surtout la vie nocturne du Zandstraat. Ses dessins de prostituées et ses scènes équivoques provoquent déjà le scandale.

Kees van Dongen, « Ma gosse et sa mère », vers 1907-1908, huile sur toile, 100,1 x 81 cm, collection particulière © ADAGP, Paris.

1899 : Van Dongen s’installe à Paris

Van Dongen revient à Paris et s’installe avec Guus impasse Girardon. Durant quatre ans, il vit essentiellement de ses dessins publiés dans les revues satiriques Le Rire, Cil Blas, La Caricature et L’Assiette au beurre, qui l’a engagé sur les recommandations du dessinateur Steinlein. Félix Fénéon, anarchiste et critique réputé, l’introduit à La Revue blanche, Van Dongen délaisse la peinture pour se consacrer au dessin, dans une veine satirique et engagée socialement.
Son envoi de toiles au 20e Salon des indépendants (1904) est signalé dans la presse. La même année, sa première exposition personnelle se tient à la galerie Ambroise Vollard. Elle présente essentiellement des tableaux dans la tradition hollandaise. Le peintre s’engage par la suite dans une voie beaucoup plus colorée avec la série des « Carrousels ». Van Dongen fréquente le Bateau-Lavoir et est dorénavant bien intégré au milieu des artistes montmartrois. Les sujets de ses tableaux sont désormais inspirés du monde du cirque et de la vie de la Butte.

1905 : Un peintre fauve

Il expose au 3e Salon d’automne avec Matisse, Derain et Vlaminck et hérite lui aussi du nom de « fauve », attribué par le célèbre critique Louis Vauxcelles. Il contribue en parallèle au périodique anarchiste Les Temps nouveaux. Il emménage au Bateau-Lavoir, où il retrouve Pablo Picasso. Sa peinture monumentale À la Galette rencontre un grand succès d’estime. Il expose à Rotterdam. Van Dongen peint Fernande Olivier (1907), compagne de Picasso et son premier grand modèle, Il passe un contrat avec le marchand Daniel-Henry Kahnweiler, qui lui achète plusieurs toiles. Contrairement aux autres fauves qui se sont pour la plupart orientés vers de nouvelles esthétiques, Van Dongen conserve sa palette très virulente.

Kees van Dongen, Fernade Olivier (détail), 1907 huile sur toile, 100 x 81 cm, collection particulière © ADAGP 2018, Paris, présenté dans l’exposition « Van Dongen et le Bateau-Lavoir » au musée de Montmartre en 2018

1908 : Les premiers succès

Ses expositions chez Kahnweiler et surtout Bernheim-jeune, dont Fénéon a été nommé directeur artistique en 1906, sont un succès. Il commence aussi à exposer à l’étranger. Les peintres de Die Brücke l’invitent à exposer à Dresde avec eux. La même année, Kahnweiler rompt le contrat avec l’artiste, qui en signe un nouveau avec la galerie Bernheim-jeune. Les expositions chez Bernheim-jeune se multiplie et la critique est unanimement positive. Désormais à l’aise financièrement, Van Dongen s’installe en 1912 à Montparnasse et organise de fastueuses soirées. Lors de l’une d’entre elles, il rencontre la marquise Luisa Casati.

1913 : Le portraitiste mondain

Début de l’« époque cocktail », marquée par une succession de fêtes et la fréquentation des milieux parisiens en vogue. Ses expositions, chez Bernheim-Jeune comme à l’étranger, rencontrent le succès. Après un voyage en Égypte, son style évolue : sa palette s’atténue et il privilégie dorénavant la ligne, peignant des silhouettes très allongées et sensuelles, Son Tableau présenté au 11e Salon d’automne fait scandale et est décroché, incident qui ajoute à la notoriété du peintre. Le Tout-Paris se presse dans son atelier pour se faire portraiturer.
Durant la guerre, non mobilisable car Néerlandais, Van Dongen reste à Paris. Sa femme et sa fille sont parties aux Pays-Bas. Il rencontre Jasmy Jacob, qui sera sa maîtresse jusqu’en 1927. Il s’installe avec elle villa Said, près du bois de Boulogne. En 1918, sa femme revient des Pays-Bas mais Van Dongen refuse de la recevoir. Sa notoriété ne cesse de grandir. Il réalise essentiellement des portraits, dans lesquels un archétype, celui de la figure féminine aux grands yeux ourlés de khôl et aux lèvres rouges, se dessine.

Kees van Dongen, Deux yeux, 1911, huile sur toile © ADAGP, Paris

1921 : L’art du scandale

Après une première exposition dans son hôtel particulier villa Saïd, l’artiste connaît un nouveau scandale provoqué par le portrait d’Anatole France. Le peintre en joue pour accroître sa célébrité et les commandes affluent. Pourtant, c’est aussi le moment où son œuvre ne se renouvelle plus et où commence le déclin. L’artiste continue d’exposer régulièrement à la galerie Bernheim-Jeune.

1927 : Reconnaissance internationale

Première exposition rétrospective, à Amsterdam, qui lui apporte la consécration. Deux ans plus tard, le krach de Wall Street marque la fin des Années folles et le début d’une période nettement moins faste. Les commandes diminuent jusqu’en 1936 date à laquelle Van Dongen retrouve de prestigieuses commandes ; il fait le portrait du roi Léopold III et est sollicité par le monde du spectacle.

Kees van Dongen, Portrait de Madame Marie-Thérèse Raulet, détail, vers 1925-1930 huile sur toile, 100 x 81 cm, Caen, musée des Beaux- Arts © ADAGP, Paris.

1941 : Un voyage compromettant sous l’Occupation

Van Dongen participe au voyage d’étude des artistes français en Allemagne, aux côtés de Derain, Vlaminck, Dunoyer de Segonzac, ce qui lui vaut d’être boycotté après la seconde guerre mondiale par les milieux artistiques français.

1942 : Première exposition rétrospective

La galerie Charpentier organise la plus grande rétrospective qui lui ait été consacrée, mais le voyage en Allemagne a suscité de vives polémiques et la manifestation ne rencontre pas le succès. Dès la fin de la guerre, Van Dongen retourne à Deauville et renoue avec sa clientèle fortunée. Il s’établit définitivement à Monaco, avec sa nouvelle compagne Marie-Claire et son fils, dans une villa baptisée Le Bateau-Lavoir.

1954 : Une célébrité retrouvée

Ordonné chevalier de la Légion d’honneur, sollicité par Brigitte Bardot la même année pour peindre son portrait, Van Dongen retrouve sa célébrité d’avant-guerre. Les expositions et rétrospectives se succèdent durant la décennie suivante.

1967 : L’exposition de la consécration

À l’occasion de son 90e anniversaire, le musée national d’Art moderne à Paris organise une rétrospective, reprise par le musée Boijmans Van Beuningen à Rotterdam. Kees Van Dongen meurt un an plus tard, le 28 mai 1968, à Monaco.

Cet article Kees Van Dongen en 10 dates clés est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Huysmans vs Fénéon : quand les critiques d’art font l’expo

La critique est aisée mais l’art difficile, dit-on. Alors, que se passe-t-il lorsque le critique d’art devient objet et maître de cérémonie d’une exposition ? Le musée d’Orsay et le musée de l’Orangerie ont ainsi choisi de donner corps et images aux écrits de deux illustres figures du genre : Joris-Karl Huysmans (1848-1907), auteur du génial À Rebours et admirateur de Degas, Moreau ou Grünewald, et Félix Fénéon (1861-1944), journaliste, anarchiste, marchand d’art, collectionneur d’arts lointains, découvreur de Seurat et défenseur inconditionnel du néo-impressionnisme. Les critiques d’art d’« On repeint l’expo » se penchent sur ce cas d’école, entre histoire du goût Fin de siècle et mise en abyme.

À découvrir

Huysmans critique d’art
« De Degas à Grünewald, sous le regard de Francesco Vezzoli »
Jusqu’au 1er mars
Musée d’Orsay

« Félix Fénéon. Les temps nouveaux, de Seurat à Matisse »
Jusqu’au 27 janvier
Musée de l’Orangerie

« Félix Fénéon The Anarchist and the Avant-Garde
From Signac to Matisse and Beyond »
Du 22 mars au 25 juillet
MoMA, New York

Les expos coups de cœur du mois

« Collectionner au XXIe siècle »
Collection Lambert, Avignon
Jusqu’au 15 mars
recommandée par Guy Boyer

« Le monde en tête, la donation Antoine de Galbert »
Musée des Confluences, Lyon
Jusqu’au 15 mars
recommandée par Yves Jaeglé, Le Parisien

« Drapé. Degas, Christo, Michel-Ange, Rodin, Man Ray, Dürer… »
Musée des beaux-arts, Lyon
Jusqu’au 8 mars
recommandée par Philippe Dagen, Le Monde

« Yan Pei-Ming / Courbet. Corps-à-corps »
Petit Palais, Paris
Prolongée jusqu’au 1er mars
+
« Fosse. Un opéra dans un parking »
Opéra Comique/Coproduction Centre Pompidou
recommandées par Valérie Duponchelle, Le Figaro

« Jean Ranc (1674-1735) : un Montpelliérain à la cour des rois »
Musée Fabre, Montpellier
Jusqu’au 26 avril
recommandée par Carole Blumenfeld, La Gazette Drouot

 

Cet article Huysmans vs Fénéon : quand les critiques d’art font l’expo est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Le musée d’Orsay acquiert un chef-d’œuvre de la seconde Exposition universelle à Paris

On l’oublie souvent, mais il n’y a pas que des tableaux impressionnistes au musée d’Orsay. À la fin du mois de décembre 2019, l’institution parisienne a acquis le Vase Canthare de style néo-grec réalisé par Ferdinand Barbedienne, Louis-Constant Sévin et Désiré Attarge pour la seconde Exposition universelle à Paris (1867). Ce chef-d’œuvre en cuivre et bronze haut de 44 cm faisait partie de l’exposition exceptionnelle « L’Apothéose du génie » qui s’est déroulée du 10 septembre au 14 décembre 2019 à la galerie Aveline place Beauvau à Paris. Cette présentation dédiée aux expositions universelles montrait la collection privée de Volker Wurster et Achim Neuse de la galerie Neuse de Brême. 250 objets et meubles décoratifs y étaient mis en scène par le décorateur français François-Joseph Graf.

Ferdinand Barbedienne, Louis-Constant Sévin, Désiré Attarge, Vase Canthare, 1867, cuivre et bronze doré, argenté, patiné et bruni, hauteur 44 cm ©DR

Un rare témoignage de la collaboration de trois grands noms de la production française de bronze du XIXe siècle

L’exposition avait pour but de montrer « la grandeur d’une époque grâce au génie créatif porté à son paroxysme et imaginé conjointement par les artistes et les artisans du XIXe siècle ». Le vase acquis par le musée d’Orsay a été modelé sur une coupe profonde de kantharos grecque, servant à boire du vin et caractérisée par sa paire de poignées hautes. L’objet présente une scène galante d’un jeune couple sous une vigne en fleur d’un côté et une branche de palmier accompagnée d’une couronne de laurier, appartenant au répertoire antiquisant, de l’autre. L’objet possède également une dimension architecturale. Outre ses qualités esthétiques, le Vase Canthare permet d’illustrer dans les collections du musée d’Orsay la collaboration entre trois des plus grands noms de la production française de bronze du XIXe siècle : le bronzier Ferdinand Barbedienne, le sculpteur-ornemaniste Louis-Constant Sévin et le ciseleur-ornemaniste Désiré Attarge. « Ce vase témoigne donc admirablement de l’alliance de l’art et de l’industrie qu’appelaient de leur vœux les organisateurs des Expositions universelles et qu’incarnait en son temps l’entreprise de Barbedienne », explique le musée d’Orsay dans la notice de l’objet. L’œuvre sera exposée dans l’institution parisienne à la mi-février.

Ferdinand Barbedienne, Louis-Constant Sévin, Désiré Attarge, Vase Canthare, 1867, cuivre et bronze doré, argenté, patiné et bruni, hauteur 44 cm ©DR

Cet article Le musée d’Orsay acquiert un chef-d’œuvre de la seconde Exposition universelle à Paris est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

L’épure selon nendo au Bon Marché

De part et d’autre de l’escalator imaginé par la designer Andrée Putman en 1991, de grosses gouttes d’eau immaculées descendent lentement des verrières centrales du Bon Marché pour s’épanouir progressivement en grandes fleurs blanches. Une fois déployées, ces efflorescences remontent vers les verrières pour se reformer en gouttes et recommencer à l’infini ce cycle poétique. Cette féerie en musique, fleurs de pluie (ame nochi hana en japonais), est signée du designer nippon Oki Sato, du studio nendo.

Le designer Oki Sato s’est inspiré de la peinture traditionnelle japonaise

Dans les vitrines extérieures du grand magasin, ce rêveur qui réenchante le réel a imaginé une autre séquence de fleurs de pluie sous la forme d’une suite de sculptures blanches : une goutte d’eau s’immisce dans une bouteille (vitrine 1), transformant la bouteille en vase (vitrines 2 et 3), de ce vase naît une fleur (vitrines 4 et 5), dont le poids fait vaciller le vase (vitrine 6), l’eau s’en écoule formant une flaque (vitrine 7) de laquelle germent de nouvelles fleurs (vitrine 8)… Ce récit original, qui se lit au gré du déplacement du promeneur, renvoie à une installation immersive au deuxième étage du Bon Marché: uncovered skies.


Ici, le visiteur est invité à déambuler sur une scène illuminée de quinze mètres de long, en tenant au-dessus de sa tête un parapluie transparent. Il voit naître alors sous ses pas des images en mouvement évoquant l’eau et la floraison à « l’ombre » du parapluie, mêlées à des vues de Paris. Ce parapluie est en fait doté de films polarisants qui captent une lumière blanche projetée du plafond et la « révèlent » comme par magie aux pieds du visiteur. « Cet effet s’inspire des rouleaux peints traditionnels japonais, où une longue image rectangulaire conte une histoire avec différentes scènes et perspectives. Marcher avec le parapluie pour faire apparaître l’image projetée revient à faire défiler une longue peinture pour voir le récit évoluer », explique Oki Sato, qui a créé pour la première fois ce type d’installation pour le Suntory Museum of Art de Tokyo en 2019.

20 sortes de pluies capturées dans des bouteilles

Le designer-plasticien, représenté par la galerie d’art Friedman Benda à New York, expose aussi au rez-de-chaussée du grand magasin une installation d’une grande poésie : rain bottle, présentée initialement à Maison & Objet Paris en 2014 et qui lui a valu en 2015 d’être consacré « Créateur de l’année »« En japonais, il existe de nombreux termes pour désigner le mot  » pluie ” selon son aspect et le moment de la journée. Pour illustrer les subtilités de la langue japonaise, nous présentons vingt sortes de pluies dans des bouteilles transparentes, alignées les unes à côté des autres. Kirisamebiu et kosame font référence à diverses formes de  bruine, alors que niwaka-ame est une averse soudaine et abondante. Kisame est une pluie qui tombe des extrémités des branches d’arbres, et kaiu est une pluie mêlée de poussière et de pollen. Les bouteilles présentent aussi des pluies saisonnières, depuis samidare qui tombe au printemps jusqu’à shigure, la pluie spécifique à l’automne et l’hiver », explique Oki Sato. Avec cette installation, le designer a voulu exprimer la relation unique qu’entretient la culture japonaise avec la nature.

nendo, exposition ame nochi hana au Bon Marché à Paris ©Guy Boyer

Une esthétique épurée qui réinvente la nature

Né en 1977 à Toronto au Canada et élevé au Japon à partir de ses 11 ans, ce diplômé d’architecture de l’université Waseda de Tokyo développe depuis la création de son studio nendo en 2002 une esthétique minimaliste, aux lignes épurées, souvent inspirée de la nature. S’il introduit une nature réinventée au cœur du grand magasin de la Rive Gauche, nombre de ses créations évoquent l’idée d’une croissance végétale, de hanabi (2006) où la chaleur de l’ampoule fait s’épanouir en corolle une lampe à mémoire de forme, jusqu’à chair garden (2010) où des chaises miniatures croissent sur des pots de fleur comme des plantes. Auteur d’un bonsaï en impression 3D à tailler soi-même (grid-bonsai, 2019), le studio nendo a conçu en collaboration avec les artisans de la manufacture de Sèvres un vase en porcelaine blanche d’où surgit une délicate branche de cerisier en fleurs (sakura, 2017).

Oki Sato aime introduire le vivant dans des objets inanimés et apprécie les techniques traditionnelles japonaises telles que l’udukuri (où le bois est brossé, laqué et poli pour en faire ressortir le grain comme motif), le mizuhiki (cordon décoratif en papier) et le papier washi en fibre de mûrier, avec lequel il conçoit lampes et assiettes. Avec ses trente-cinq collaborateurs du studio basé à Tokyo et à Milan, il cherche à pousser les matériaux au-delà de leurs limites, comme avec la cord-chair (2009), dont les pieds en bois travaillé dans le sens de la fibre mesurent seulement quinze millimètres de diamètre, une véritable prouesse technique. Pour chaque projet, il s’agit de travailler avec la plus grande flexibilité afin d’inventer de nouvelles formes, d’où le choix du nom nendo, qui signifie en japonais « pâte à modeler ».

Un design fun et fonctionnel

Mais avant tout, Oki Sato est un conteur en images. Ses créations naissent sous son crayon, chaque idée étant personnifiée sous la forme d’un petit personnage aux lignes simples qui fait apparaître la narration à l’œuvre dans ses réalisations. « Toutes nos œuvres ont leur propre histoire, qu’elles soient grandes ou petites. Nous avons besoin de cela pour diffuser notre design au-delà des frontières », souligne-t-il. Objets, mobilier, installations artistiques ou architectures racontent une histoire, comme sa série de cinquante manga chairs animées de lignes dynamiques propres à la bande dessinée japonaise : bulles ou symboles d’émotions, de la stupeur aux tremblements…
Le fondateur de nendo a également dessiné une maison dans les arbres au cœur de la forêt de Komoro City (Japon) avec deux entrées : l’une pour un homme, l’autre pour les oiseaux (bird-apartment, 2012). Amateur du conte Alice au pays des merveilles, le designer fait référence à l’épisode du chapelier fou prenant le thé avec Alice et le lièvre de mars dans une longue table entourée de chaises démesurément grandes ou petites (Alice’s Tea Party, 2007). Son objectif est de troubler notre perception du réel, de sinking about furniture (2003), où le mobilier semble se liquéfier dans le sol, jusqu’à l’exposition « 1%@IL 2007» à Tokyo, donnant au visiteur l’illusion de marcher sur les murs. Quant au décor de studio conçu pour l’émission de télé japonaise Un autre ciel, il donne l’impression que les invités, assis sur des sièges transparents, sont suspendus dans une mer de nuages (ANOTHER SKY Studioset, 2017)…

Pour chacune de ses créations, nendo entend  « donner aux gens un petit «  !  » moment », autrement dit un instant d’excitation. S’il joue volontiers des codes du minimalisme, c’est toujours avec humour, comme dans talking (2007) où des contenants pour la table se différencient par la forme de la bouche qui prononce en japonais « yu » (pour shoyu, sauce soja), « shi » (pour shio, sel) et « ko » (pour kosho, poivre). « Je dirais que le design est fun et fonctionnel en même temps, parce qu’en anglais le mot fun est inscrit dans le mot functionnal », s’amuse Oki Sato. Cet admirateur d’Issey Miyake a retenu la leçon de son aîné : « En tant que designer, vous devez délivrer bonheur et joie ».

Cet article L’épure selon nendo au Bon Marché est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Raphaël : en 2020, l’Europe célèbre le grand maître de la Renaissance

Au printemps dernier, l’Ambrosiana de Milan a ouvert les festivités en accrochant dans une de ses salles spécialement aménagée à cette fin l’une des pièces maîtresses de ses collections : le carton de L’École d’Athènes, la célèbre fresque de la chambre de la Signature, au Vatican, enfin visible après quatre années de restaurations. Il s’agit du carton (dessin préparatoire à l’échelle 1/1 servant au report de la composition sur la paroi à peindre) le plus grand et le plus remarquable de la Renaissance qui nous soit parvenu, de la main même du maître et en bon état de conservation, chose exceptionnelle car habituellement ces cartons, trop dégradés après usage, étaient jetés.

L’influence décisive de Pérugin

Après Milan, c’est Urbino, la ville natale du peintre, qui reprenait le flambeau dès l’automne, avec une exposition consacrée à la période de formation de l’artiste. On sait que Raphaël a acquis les rudiments de son art dans l’atelier de son père, Giovanni Santi, peintre officiel des Della Rovere. Il a ensuite suivi l’enseignement de Timoteo Viti (1469-1523), peintre imprégné du style doux d’un Francesco Francia connu à Bologne.
En 1494, il a pu voir le travail de Luca Signorelli pour le Santo Spirito à Urbino. Plus important encore, il s’est rendu à Pérouse cinq ans plus tard pour travailler dans l’atelier de Pérugin, représentant majeur de la « manière douce », et se former à son style, à un point tel qu’il est parfois difficile de départager leurs œuvres. […]

Où voir Raphaël en France ?

Le musée du Louvre possède l’un des plus importants ensembles de peintures et de dessins de Raphaël qui soit au monde : pas moins de quatorze tableaux, et non des moindres ! Les différentes facettes de son œuvre y sont représentées par des œuvres majeures : les portraits (CastiglioneAutoportrait avec un amiMarguerite de Naples), les madones (Vierge au diadèmeLa Belle Jardinière, Sainte Famille), la dernière période (Saint Jean-Baptiste au désert), et autres sujets religieux (Saint GeorgesSainte MargueriteSaint Michel)… Le musée Condé de Chantilly est riche aussi, avec trois peintures, dont les ravissantes Trois Grâces, et de nombreux dessins. Et à Strasbourg, signalons un très beau Portrait de jeune femme.

[…] Il reste 70% de notre article
à lire dans notre numéro de février 2020

Cet article Raphaël : en 2020, l’Europe célèbre le grand maître de la Renaissance est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Aux musées de Rouen, les visiteurs créent leur propre exposition

Le 21 septembre dernier, les musées de Rouen ont lancé la quatrième édition de leurs élections artistiques. À la question « Qui seront les heureux élus ? », les visiteurs étaient invités à répondre en choisissant parmi quelques objets sélectionnés par les conservateurs dans les réserves des différentes institutions muséales de l’agglomération rouennaise. Le but ? Que ces objets sortent temporairement de leurs lieux de stockage et qu’ils puissent retrouver leur public. En lice cette année ? Une pyxide médiévale pour conserver des hosties, un éteignoir du XVIIIe siècle surmonté d’un petit singe en bonnet de nuit, un ours des cocotiers aux griffes recourbées, la maquette d’un kayak inuit, un livre d’heures cachant dans ses enluminures un dragon et une femme au bain…

Pyxide, 1ère moitié du XIIe siècle, émail champlevé sur cuivre gravé et doré, H. 10,4 x D. (base) 6,8 cm H. base: 3,8 cm, Musée des antiquités

Sortir les œuvres des réserves

Tout ceci ressemble à un inventaire à la Prévert, mais dort sagement sur des étagères, loin des salles des collections permanentes des huit musées. Dès la première saison de cette initiative originale, plus de dix-sept mille personnes ont voté en ligne. L’opération a été remarquée puisqu’elle a aussitôt remporté le prix Patrimoine et Innovation dans la catégorie « Interaction avec les visiteurs ». « En lançant La Chambre des visiteurs, souligne Sylvain Amic, le directeur des musées de Rouen, je tenais dès le départ à ce que l’événement deviennent récurrent (et, dans l’idéal, permanent) de façon à ce que cette échéance s’inscrive comme un horizon dans le travail de fond des équipes de conservation. Je tenais aussi à ce que cela soit transdisciplinaire. »

Miniature en ivoire, XVIIIe siècle, 4 H. 11,4 x l. 12,2 x ép. 1,7 cm, Musée des antiquités


À la question concernant la raison pour laquelle ces œuvres ne sont pas montrées en temps normal, il répond que les huit musées de l’agglomération comptent près d’un million de pièces. Alors, certes, il y a des séries d’objets quasi identiques, comme au museum d’Histoire naturelle, mais l’inventaire des pièces originales des seuls musées des Beaux-Arts et des Antiquités affiche déjà 90 000 numéros. Autre raison importante, certains objets ne s’inscrivent pas dans la logique du parcours choisi. « Bien que nous soyons plutôt prêteurs (plusieurs centaines de prêts annuels), que nous remplacions les objets en salle, que nous organisions chaque année des hors-les-murs, certaines œuvres n’émergent pas, malgré leur qualité. Avec La Chambre des Visiteurs, on leur donne une chance supplémentaire, d’abord avec le vote, et plus largement en assurant la diffusion de leur image. »

Du riquiqui dans l’air

Cette année, le public a été invité à choisir parmi des œuvres de petite taille. Le résultat du vote de cette saison « Riquiqui ! » (du 21 septembre au 31 octobre 2019) a été dévoilé en novembre et les œuvres sont exposées jusqu’au mai 2020 au musée des Beaux-Arts de Rouen. Après la création du « Temps des collections » (une série d’accrochages thématiques montés à partir des fonds du musée) dont nous vantions les mérites il y a déjà six ans, Rouen propose au public de s’impliquer et de participer à la vie des collections. Une manière nouvelle de redonner vie à certaines œuvres vouées, parfois pour toujours, à l’obscurité.

Éteignoir au singe, XVIIIe siècle, acier découpé, recourbé et brasé puis repris au ciseau, en partie doré et argenté, 5,9 x 2,8 x 2,6 cm, Musée Le Secq des Tournelles

Cet article Aux musées de Rouen, les visiteurs créent leur propre exposition est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

6 dates pour comprendre Édouard Manet, l’inventeur du moderne

Édouard Manet naît le 23 janvier 1832 à Paris, dans une famille bourgeoise aisée. Son père, Auguste Manet, est haut fonc­tionnaire au ministère de la Justice, sa mère, Eugénie Fournier, est la fille d’un diplomate en poste en Suède et la filleule du roi de Suède. Après avoir fréquenté l’Institut Poiloup en 1842, il entre au collège Rollin. Il y suit dès 1845 un cours de dessin, où il fait la connaissance d’Antonin Proust. L’oncle maternel de Manet, Édouard Fournier, l’emmène au Louvre admirer les peintures et encourage son talent naissant. Manet tente d’imposer à son père sa vocation artistique, mais celui-ci veut qu’il entre à la faculté de droit en 1848. Le jeune homme préfère encore tenter le concours de l’École navale mais échoue ; il s’em­barque alors sur un bateau-école qui fait route vers Rio de Janeiro. Revenu de Rio avec une quantité de dessins, il échoue une seconde fois au concours d’entrée de l’École navale. Son père cède et l’autorise à suivre sa voca­tion artistique.

1. 1850, le début d’une vocation artistique

Manet s’inscrit avec Proust à l’ate­lier de Thomas Couture. Rapidement, il prend de l’ascendant sur les autres élèves et entre en conflit avec son maître. Il s’ins­crit également sur le registre des copistes du musée du Louvre.Il fait plusieurs voyages, à Cassel, Dresde, Vienne et Munich, puis en Italie (Venise, Florence, Rome) et exécute de nombreuses copies d’après les maîtres dès 1853. Il quitte l’atelier de Couture en 1856 et emmé­nage dans un atelier rue Lavoisier avec Albert de Balleroy, peintre animalier. L’année suivant, il visite Eugène Delacroix et ren­contre Fantin-Latour.

Henri Fantin-Latour, Portrait d’Edouard Manet, 1867, huile sur toile, 117,5 x 90 cm, Art Institute of Chicago

2. 1859, refus de son Buveur d’absinthe au Salon

Son Buveur d’absinthe est refusé au Salon, Delacroix était le seul membre du jury à avoir défendu le tableau. Il s’installe l’année suivante dans un appartement aux Batignolles avec Suzanne et son fils, puis épouse Suzanne trois ans plus tard. En 1861, Le Portrait de Monsieur et Ma­dame Manet et Le Guitariste sont admis au Salon et rencontrent un certain succès. L’artiste commence à se faire de plus en plus remarquer, plusieurs peintres et écrivains mani­festent à Manet leur admiration devant Le Chanteur espagnol. Baudelaire fait lui-même l’éloge du peintre, voyant en lui l’héritier du « génie espagnol ». Victorine Meurent devient le modèle de Manet, qui la peint l’année suivante dans Le Déjeuner sur l’herbe et Olympia.

Édouard Manet, Le Buveur d’absinthe, 1859, huile sur toile, 178 x 103 cm, Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague

3. 1863, le scandale du Déjeuner sur l’herbe

En 1863, il expose quatorze tableaux à la galerie Martinet. Refusé au Salon officiel, il présente au Salon des refusés Le Déjeu­ner sur l’herbe qui provoque le scandale. Ce n’est pas la nudité montrée dans le tableau qui choque, mais la façon dont l’artiste la met en scène dans un environnement très proche du réel, renvoyant le spectateur au simple statut de voyeur. Il marque ainsi les débuts de l’Art moderne. L’année suivante, le Salon admet à l’unanimité Épisode d’un combat de taureaux et Le Christ aux anges.

Édouard Manet, Olympia, 1863, huile sur toile, 130 x 190 cm, musée d’Orsay

4. 1865, un nouveau scandale avec l’Olympia

Olympia, cette odalisque mi-esclave de harem, mi-prostituée sortant de son bain oriental, présentée au Salon, déclenche un esclandre. Le sujet est très prisé par les peintres, notamment par Ingres avec sa Grande Odalisque (1819). Mais celle de Manet possède un regard défiant le spectateur qui crée un nouveau scandale. Zola défend le tableau avec tant d’enthousiasme dans sa chronique de « L’Événement » que cette dernière lui est retirée. Durant l’été, Manet visite l’Espagne et ressent un véritable choc pictural au musée du Prado. En 1866, il fréquente le café Guerbois, où se retrouvent de nombreux écrivains et artistes. Il y rencontre Cézanne et Monet. Son Fifre est refusé au Salon la même année.
À l’occasion de l’Exposition uni­verselle de 1867, Manet décide de faire construire son propre pavillon, près du pont de l’Alma, où il expose une cinquantaine de toiles et estampes. Son exposition est la risée du publie : les passants n’y entrent que pour se moquer. En 1868, l’impressionniste Berthe Morisot commence à poser pour lui. L’année suivante, L’Exécution de Maximilien est inter­dit d’exposition, Zola dénonce par la suite cette cen­sure dans la presse. Eva Gonzalès devient l’élève et le modèle de Manet.
Durant la guerre, en 1871, Manet rejoint sa famille dans les Pyrénées. Il rentre à Paris peu après la Semaine sanglante. L’année suivante, le marchand d’art Durand-Ruel lui achète vingt-quatre toiles, pour plus de 50 000 francs. Manet fréquente le café de la Nouvelle-Athènes, avec Degas, Renoir, Monet et Pissarro. En 1873, la toile Le Bon Bock obtient un grand succès au Salon. Il fait la connais­sance de Mallarmé, avec lequel il noue des liens d’amitié.
En 1874, il commence à peindre en plein air à Gen­nevilliers et à Argenteuil des toiles de fac­ture impressionniste. Cette même année, Berthe Morisot épouse Eugène, jeune frère de Manet. La première exposition impressionniste se tient chez le photo­graphe Nadar, mais Manet n’y participe pas.

Édouard Manet, Argenteuil, 1874, huile sur toile, 149 x 115 cm,
Musée des Beaux-Arts Tournai

5. 1875, le chef de file des impressionnistes

Manet expose Argenteuil au Salon. La presse fait alors de lui le chef de file des impressionnistes. Il illustre la traduction du Corbeau d’Edgar Poe par Mallarmé. Suite au refus de ses nouvelles toiles au Salon de 1876, Manet ouvre son atelier au public et y expose plusieurs tableaux dont Olympia. Les refus se suivent et se ressemblent. En 1877, le Salon refuse Nana, à cause du déshabillé du modèle. Exposée chez le marchand Giroux, la toile obtient un grand succès. Deux ans plus tard, Zola publie un article négatif sur le peintre dans « La Revue politique et litté­raire », qui déclenche une brouille entre les deux hommes. En parallèle, la critique est de plus en plus élogieuse sur les envois de Manet au Salon. Atteint d’une ataxie locomotrice, le peintre fait à partir de cette année de régulières cures de repos.

Édouard Manet, Un bar au Folies Bergères, 1881-1882, huile sur toile, 96 x 130 cm, Courtauld Institute of Art

6. 1880, la pérennité du succès critique

Son exposition particulière à la galerie La Vie Moderne remporte un vrai succès critique, mais sa santé se détériorant, il loue une petite maison à Bellevue pour se reposer et se distrait en envoyant lettres et aquarelles. En 1881, ses envois au Salon sont récompen­sés d’une médaille de deuxième classe et Antonin Proust, nouveau ministre des Beaux-Arts, le fait nommer chevalier de la Légion d’honneur. L’année suivante, Un Bar aux Folies-Bergère est un grand succès au Salon. Enfin, Manet meurt le 30 avril 1883.

Cet article 6 dates pour comprendre Édouard Manet, l’inventeur du moderne est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Le seul autoportrait de Van Gogh en état de psychose authentifié

Cela faisait un demi-siècle que le doute planait sur l’authenticité de l’Autoportrait de Vincent Van Gogh (1853-1890) conservé au Nasjonalmuseet d’Oslo. Le tableau, acheté par l’institution norvégienne en 1910, était alors le premier autoportrait du peintre hollandais à rejoindre une collection publique. Depuis les années 1970, l’incertitude persistait notamment à cause du style et de l’utilisation de la couleur dans l’œuvre, assez différents des autres tableaux de Van Gogh. Pendant tout ce temps, les experts étaient dans l’incapacité de définir la date et le lieu de création de la peinture compte tenu des différents séjours de l’artiste à Arles, Saint-Rémy-de-Provence et Auvers-sur-Oise.

Vincent Van Gogh, Autoportrait, 1889, huile sur toile, 51,5 x 45 cm, Nasjonalmuseet d’Oslo

Un Autoportrait à présent daté et localisé

En 2006, le musée norvégien avait effectué des premières recherches pour éclaircir la question de la provenance de la toile. L’Autoportrait aurait appartenu à Joseph et Marie Ginoux, des amis de l’artiste vivant à Arles qu’il a immortalisés dans plusieurs portraits comme L’Arlésienne. L’arrivée chez eux de la peinture ainsi que la date précise de sa création restent un mystère. Huit ans plus tard, le Nasjonalmuseet a demandé aux experts du Van Gogh Museum d’Amsterdam d’effectuer des recherches sur cet Autoportrait. Ils ont ainsi analysé le style, la technique, les matériaux, la provenance et l’iconographie. À l’aide de rayons X et d’une étude des coups de pinceau de l’artiste, les scientifiques ont certifié que l’œuvre était bien de la main de Van Gogh et qu’elle avait été réalisée fin août 1889 à Saint-Rémy-de-Provence, peu après le 22 août mais avant les autoportraits conservés aujourd’hui à la National Gallery of Art de Washington et au musée d’Orsay à Paris. En effet, « la toile quelque peu inhabituelle, les pigments, la palette sombre et le pinceau sont tous en accord avec sa production à la fin de l’été et à l’automne de cette année », précise le Van Gogh Museum.

Vincent Van Gogh, L’Arlésienne (Madame Ginoux), 1890, huile sur toile, 60 x 50 cm, Galleria nazionale d’arte moderna e contemporanea à Rome

Le seul autoportrait de Van Gogh réalisé lors d’un épisode psychotique

Les experts ont également mis en lien l’œuvre du Nasjonalmuseet avec l’autoportrait mentionné par Vincent Van Gogh dans une lettre du 20 septembre 1889 destinée à son frère Theo. Il y décrit le tableau comme « une tentative de quand il était malade ». L’artiste a peint cette toile à la fin d’un « épisode psychotique grave » advenu en juillet 1889, lors de son internement à l’asile Saint-Paul de Mausole. Contrairement aux deux autoportraits conservés à Washington et à Paris, celui d’Oslo montre un Van Gogh souffrant mentalement. Il s’est représenté « la tête légèrement courbée et le corps se détournant du spectateur. Son regard timide et de côté est facilement reconnaissable et se retrouve souvent chez les patients souffrant de dépression et de psychose », expliquent les experts. « C’est la seule œuvre connue de Van Gogh créée avec certitude lorsqu’il souffrait de psychose », souligne Louis van Tilborgh, chercheur au Van Gogh Museum et professeur d’histoire de l’art à l’université d’Amsterdam.

L’Autoportrait est actuellement exposé au troisième étage du Van Gogh Museum et sera montré dès le 21 février dans l’exposition « In the Picture » du musée amstellodamois consacré au sens et au rôle des portraits d’artistes. Il sera de retour à Oslo dès l’ouverture du nouveau musée national au printemps 2021.

Cet article Le seul autoportrait de Van Gogh en état de psychose authentifié est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Le grand prix « Un photographe pour Eurazeo » remis à Sophie Zénon

Depuis une quinzaine d’années, la société d’investissement Eurazeo soutient la photographie contemporaine en achetant des œuvres originales et en remettant son grand prix « Un photographe pour Eurazeo ». Cette année, l’entreprise a récompensé Sophie Zénon pour sa série personnelle Dans le miroir des rizières. La lauréate recevra ainsi une dotation de 10 000 €. Les œuvres, réalisées grâce à la bourse du prix « Résidence pour la Photographie » de la fondation des Treilles, racontent l’histoire de la grand-mère de la photographe et abordent les thématiques de la provenance et de l’identité. « Elle y raconte une quête identitaire, l’importance des origines et des racines. Je suis particulièrement heureuse que notre lauréat des 10 ans du Prix soit une femme », s’enthousiasme Virginie Morgon, présidente du directoire d’Eurazeo.

Sophie Zénon, Prospettiva, série Dans le miroir des rizières ©DR

Un nouveau prix pour la jeune création photographique

En partenariat avec l’École nationale supérieure de photographie (ENSP), la société a créé cette année le Prix « Eurazeo pour la Jeune Création photographique », attribué à Camille Kirnidis. Les clichés des deux photographes seront exposés du 6 au 14 février 2020 à l’Hôtel de l’Industrie (Paris VIe arrondissement). Elles seront également présentées dans les bureaux d’Eurazeo à Paris et New York.

Cet article Le grand prix « Un photographe pour Eurazeo » remis à Sophie Zénon est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Sergueï Eisenstein, un cinéaste à la croisée des arts

En 1924, Fernand Léger réalise le Ballet mécanique, un film qui met en scène un univers de machines, de mouvements rythmiques, où s’affirment, selon l’artiste « l’objet et sa suffisance plastique ». Son art entre alors en résonance avec le cinéma de Sergueï Eisenstein, (1898-1948), auteur du Cuirassé Potemkine, d’Octobre et autres chefs-d’œuvre, auquel le Centre Pompidou à Metz rend actuellement hommage. Réalisateur mythique du cinéma russe et soviétique, Eisenstein, le « Léonard de Vinci russe », fut aussi dessinateur, théoricien, collectionneur et grand lecteur, une culture à partir de laquelle il a construit une esthétique à la croisée des arts.

Une esthétique cinématographique inspirée par le dessin

La pensée du cinéma de Sergueï Eisenstein prend racine non seulement dans sa culture encyclopédique, au croisement de tous les arts, mais aussi dans sa pratique du dessin. « Ces impressions, fortement visuelles avant tout, réclament avec une intensité presque douloureuse d’être reproduites », disait-il pour expliquer son irrésistible besoin de dessiner.
Entre 1908 et 1924, ses dessins préfigurent certains principes filmiques. Ainsi, cet admirateur de Daumier hérite de la caricature le procédé du typage qui, souvent, passe par la métaphore animale, comme on le voit dans La Grève (1924). Après une interruption entre 1924 et 1931, liée à son intense activité cinématographique, Eisenstein reprend les crayons. Et ce retour au dessin ouvre un nouveau chapitre dans son œuvre. « Au montage opérant une collision entre deux « cadres » ou plans de manière à créer un concept, se substitue de plus en plus un intérêt pour le montage au sein du cadre, observe l’historienne de l’art Ada Ackerman. Eisenstein adopte pour ses films une esthétique picturale que l’on peut lier à sa redécouverte du dessin. À la construction se substitue la composition, reposant sur la symétrie et l’harmonie des formes. » Dès lors, il ne s’agit plus tant de tenir des discours visuels que d’arriver à une forme d’extase.

Le montage, un outil pour créer un nouveau discours sur le réel

Contrairement à Charlie Chaplin qui, dans Les Temps modernes (1936) utilise le cinéma pour développer une critique acerbe de l’asservissement de l’homme à la machine, Eisenstein ne cherche pas à reproduire le réel mais lui emprunte des éléments pour mieux les métamorphoser en signes et inventer un nouveau discours.
Le montage est l’instrument de cette transfiguration dans les films du cinéaste soviétique, qui consacre une part importante de ses écrits à théoriser cette pratique : « Retenez ce principe : vous dissociez le lien existant et vous le permutez, vous l’associez d’une manière nouvelle et créatrice », expliquait Eisenstein. Ce qu’il décrit ici, ce ne sont rien d’autre que les procédés du collage et de l’assemblage en vogue parmi les avant-gardes, du cubisme au surréalisme, en passant par Dada. À travers le montage, il entend orienter les réactions, les affects du spectateur, une préoccupation qui sera aussi celle d’un autre grand manipulateur, Alfred Hitchcock.

Cet article Sergueï Eisenstein, un cinéaste à la croisée des arts est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Brafa, la foire bruxelloise fête ses 65 ans

Comme un navire de croisière vogue sûrement d’étape en étape, la Brafa perdure. Créée en 1956, la foire d’antiquaires bruxellois a progressivement élargi sa sphère d’influence à l’Europe, attirant collectionneurs et marchands fidèles, ces derniers ne tarissant pas d’éloges sur la qualité de son organisation. Elle a dépassé l’an dernier la barre des soixante-six mille visiteurs, son record de fréquentation, et célèbre son 65e millésime dans ces circonstances enviables. L’exposition et la vente caritative de cinq segments du Mur de Berlin, à l’occasion des trente ans de sa chute, assurent la médiatisation de l’événement vis-à-vis du grand public. Pour le reste, l’édition 2020 de la Brafa se concentre sur ses fondamentaux, après une précédente cuvée tournée vers l’art contemporain, qui n’a pas fait d’étincelles commerciales.

L’éclectisme pour maître mot

« L’éclectisme demeure notre maître mot. Nous représentons une vingtaine de spécialités, de l’Antiquité à l’art du XXIe siècle », rappelle Harold t’Kint de Roodenbeke, le président de la Brafa. Ce spécialiste de l’art moderne, qui présente aussi bien des œuvres de Marthe Wéry que des Vasarely des années 1950, tient à maintenir à flot le mobilier et les tableaux anciens, secteurs historiques de la foire. Cette dernière spécialité, très appréciée des collectionneurs du nord de l’Europe qui forment le gros de la clientèle de la Brafa, attire au vernissage des acheteurs capables, selon certains marchands, d’acheter une œuvre jusqu’à dix millions d’euros. « Nous sommes en recherche de bons spécialistes de peinture ancienne, à l’heure où le marché est demandeur pour les œuvres de grande qualité. Mais ces spécialistes sont peu nombreux et ne multiplient pas les salons. Nous sommes en compétition avec Tefaf et Frieze Masters, qui les monopolisent », admet Harold t’Kint de Roodenbeke.

Une dizaine de galeries présentent des tableaux anciens à la Brafa, notamment la galerie De Jonkheere (Genève). La Brafa conserve son identité de grand cabinet de curiosités, avec de l’archéologie (treize galeries), des arts d’Asie (Christian Deydier et Christophe Hioco) et douze galeries d’arts précolombiens et africains (Yann Ferrandin et Charles-Wesley Hourdé). Le gros des troupes présente de l’art moderne et contemporain. Le tout dans le cadre immense de l’ancienne gare de triage Tour & Taxis, qui permet aux exposants de jouer la carte du spectaculaire. Cela confère au salon beaucoup de son charme.

Cet article Brafa, la foire bruxelloise fête ses 65 ans est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

27 œuvres supplémentaires du royaume de Dahomey restituées au Bénin

Le musée du quai Branly-Jacques Chirac n’est pas le seul à participer à la restitution des œuvres au Bénin. Vendredi 17 janvier, le Collectif des antiquaires de Saint-Germain-des-Prés, mené par le galeriste Robert Vallois, a annoncé son don de 27 pièces du patrimoine béninois au Petit Musée de la Récade situé à Lobozounkpa, commune d’Abomey-Calavi. Ce geste complète l’initiative du Collectif, antérieure au discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou du 28 novembre 2017. En effet, le groupe de galeristes parisiens œuvre au Bénin depuis une dizaine d’années. En février 2015, un espace culturel privé appelé Le Centre a été inauguré à l’initiative du Collectif des antiquaires. Il héberge en ses murs le Petit Musée de la Récade, dédié au sceptre en forme de canne coudée, propre à l’ancien royaume du Dahomey. L’objet est l’insigne du pouvoir royal fon, dont Abomey était la capitale.

Le Petit Musée de la Récade a ouvert en février 2015. Photo ©Olivier Borde

La plus grande donation jamais faite au Petit Musée de la Récade

Depuis 2015, les galeristes parisiens du collectif spécialisés en art africain, également mécènes du Centre, n’ont cessé d’alimenter les collections du Petit Musée de la Récade. Lors de son ouverture, l’institution comptait 37 sceptres ainsi que 6 objets royaux et de culte fon, offerts par le collectif ou par des collectionneurs privés. La donation annoncée le 17 janvier représente la plus grande donation jamais faite au musée béninois. Parmi ses 27 pièces, elle compte 17 récades, 8 sabres et 2 objets de cultes. Ces œuvres ont un parcours similaire aux statues zoomorphes du royaume de Dahomey, présentées dans les salles d’Afrique du musée du quai Branly-Jacques Chirac et bientôt restituées au Bénin. L’ensemble est issu des collections de l’administrateur de l’expédition contre le Dahomey Alfred Testard de Marans (1860-1890) et d’un officier qui a légué par la suite ces objets à l’abbé Le Gardinier.

Ces pièces devaient être dispersées lors d’une vente aux enchères en mars 2019 à Nantes. Suite aux protestations médiatisées de l’association nantaise Afrique Loire sur la provenance des œuvres, le ministère de la Culture les a retirées de la vente. C’est ainsi que le Collectif des antiquaires les a acquises. L’arrivée de ces pièces dans les collections du Musée de la Récade permettra aux chercheurs béninois et occidentaux d’établir une typologie des œuvres royales et aristocratiques. Le Petit Musée de la Récade, qui devient avec les années de plus en plus grand avec ses 85 anciennes récades et ses 12 objets royaux, espère à cette occasion attirer davantage de visiteurs. « Le retour de nos vestiges, les récades de nos Rois en terre natale, a impressionné et continue sans cesse de réveiller la conscience de nos publics. Que cet effet perdure dans le temps ! Notamment pour la jeunesse, qui ignore presque tout de son histoire », s’enthousiasme Marius Jidé Dakpogan, conservateur du musée.

Cet article 27 œuvres supplémentaires du royaume de Dahomey restituées au Bénin est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Christian Dior : du Surréalisme à la haute couture

Né en 1905 à Granville, Christian Dior s’éveille très tôt à l’art. Sa mère a un tempérament d’artiste et lui donne le goût des belles choses. Il apprécie le décor de la maison, les fleurs du jardin, et joue du piano. Sa famille s’installe à Paris dès 1910 et, dans les années 1920, il est immergé dans la vie culturelle de la capitale, alors en pleine effervescence. Il est l’ami de Max Jacob et de Jean Cocteau, il assiste aux Ballets russes et aux Ballets suédois, découvre le cinéma expressionniste allemand, passe des heures dans les librairies… Le jeune homme visite aussi beaucoup d’expositions et fréquente assidûment les musées. Il nourrit son esprit, se construit une culture visuelle de premier ordre.
À l’âge de 23 ans, Christian Dior sort de Sciences Po sans idée précise concernant son avenir professionnel. Il voulait devenir architecte mais ses parents, issus d’un milieu bourgeois et conservateur, ont refusé qu’il entre aux Beaux-Arts. Il finit par opter pour le choix « le plus sage, c’est-à-dire celui qui dut apparaître le plus fou à [s]es parents », et annonce à ces derniers qu’il veut devenir galeriste. Son père accepte de financer le projet à la condition expresse que leur nom n’apparaîtra pas sur la devanture de sa galerie.

Une galerie pour représenter les artistes surréalistes

En 1928, Christian Dior s’associe avec son ami Jacques Bonjean pour ouvrir une petite galerie rue La Boétie. Tous deux souhaitent exposer les peintres célèbres qu’ils admirent (Picasso, Matisse, Braque, Dufy), mais aussi représenter les jeunes artistes de leur génération, qu’ils connaissent personnellement et estiment.

« Bonnard, Vuillard, Ravel, Debussy paraissaient trop flous, un peu démodés ; Matisse, Picasso, Braque, Stravinsky, Schönberg étaient les nouveaux dieux. Les dadaïstes libéraient le langage de la tyrannie de la signification précise. » – Christian Dior

En 1931, ils présentent, pour la première fois en France, la toile La Persistance de la mémoire, de leur ami Salvador Dalí, aujourd’hui exposée au MoMA, à New York. L’année suivante, ils organisent la première exposition en France de Leonor Fini, une artiste que Max Jacob présente à Dior. Ce dernier sélectionne lui-même les œuvres exposées grâce auxquelles le critique d’art Waldemar-George découvre une « Marie Laurencin italienne ».

La prospérité est de courte durée : si le krach boursier de 1929 n’a pas de conséquences immédiates en Europe, les affaires commencent à péricliter au début des années 1930. En 1931, le père de Dior perd en quelques jours l’intégralité de sa fortune et doit liquider tous ses biens. Dior met un terme à son association avec Jacques Bonjean pour s’engager dans un nouveau projet avec Pierre Colle, rencontré lors d’une exposition consacrée à Max Jacob. Allant « de pertes en saisies », ils exposent dans la galerie de Pierre Colle, rue Cambacérès, principalement les surréalistes et les peintres abstraits.

Dali, Man Ray, Duchamp : une exposition qui fait date en 1932

Tout ce petit monde d’artistes et de galeristes, mais aussi de poètes, se fréquente, partage de longues soirées où règne le culte de la légèreté – un temps que Dior qualifiera dans ses mémoires de « merveilleux ».

« Nous nous étions simplement réunis entre peintres, littérateurs, musiciens et décorateurs, sous l’égide de Jean Cocteau et de Max Jacob. » – Christian Dior

En 1933, une exposition, immortalisée par des photos de Man Ray, fait date. Intitulée « Le Surréalisme », elle réunit les œuvres de Salvador Dalí, Alberto Giacometti, Max Ernst, Marcel Duchamp, Leonor Fini, Man Ray, Yves Tanguy, etc. Son catalogue est préfacé par André Breton.

L’art contemporain comme inspiration couture

En 1934, en raison de la crise et faute de clients, la galerie ferme et Dior doit se séparer de sa collection personnelle. Doté d’un bon coup de crayon, il se lance alors dans l’illustration et se fait rapidement remarquer. Il commence à fournir des modèles pour de grands couturiers, travaillant successivement avec Robert Piguet et Lucien Lelong. Ces collaborations ne suffisent pas à son épanouissement. Au sortir de la guerre, on lui propose alors de reprendre une maison existante, mais il ressent le besoin d’aller au bout de ses rêves et de ses désirs, et de créer la sienne.
En février 1947, il présente son premier défilé et invente un style révolutionnaire, le New Look, qui marque la naissance de sept décennies d’histoire et de création de la maison Dior. L’art contemporain continuera de jouer un rôle clef dans la carrière et le processus créatif du couturier. Il rendra régulièrement hommage aux grands artistes de l’art moderne, créant notamment des robes baptisées Matisse et Braque pour sa toute première collection.

Cet article Christian Dior : du Surréalisme à la haute couture est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Hans Hartung en 6 œuvres

Expérimentations abstraites Jaune, rouge et bleu
1922

Aquarelle sur papier, 22 x 18 cm ©Fondation Hartung-Bergman, Antibes ©Adagp, Paris, 2019

« Si les aquarelles avaient été connues en 1922, elles seraient restées incomprises tant elles étaient en avance sur son temps », écrit l’historien de l’art allemand Will Grohmann qu’Hans Hartung rencontre en 1931. En effet, Jaune, Rouge et Bleu s’inscrit dans une série d’une soixantaine d’aquarelles réalisées en 1922. Toutes témoignent d’une démarche spontanée. Ici, des taches libres, colorées et lumineuses semblent surgir du fond se mélangeant, se confondant, dans une dilution aquatique ou céleste : une diagonale tracée dans un geste ample crée un mouvement ascensionnel tandis que des bleus violacés naissent au bas de l’œuvre contrastant avec les taches jaunes, radieuses, éclairant l’ensemble.

Compositions expressionnistes T1936-2
1936

Huile sur toile, 171 x 115,8 cm ©Musée national d’art moderne, Paris ©Adagp, Paris, 2019

À la surface de cette œuvre (reproduite dès 1936 dans la revue américaine Axis) se meuvent des tracés noirs à l’épaisseur variable, tantôt indécis, tantôt sûrs. Ce sont des substrats des cernes expressionnistes. Des lacets verts aux formes serpentines rythment nerveusement l’ensemble. À partir de 1932, Hartung travaille selon le procédé de l’agrandissement avec mise au carreau. C’est pourquoi dans le titre, l’on retrouve le chiffre 2 : c’est la deuxième version sur toile de cette composition. Le titre, comprenant la lettre T et la date de sa réalisation permet au spectateur de se détacher d’une lecture narrative ou figurative.

Inspirations picassiennes Sans titre
1940

Gouache sur papier, 31,50 x 24,50 cm ©Fondation Hartung-Bergman, Antibes ©Adagp, Paris, 2019

Démobilisé en octobre 1940 de la Légion étrangère, Hartung rejoint la famille du sculpteur et peintre Julio González, installée à Las bouygues dans le Lot. Il produit alors plus de trente têtes anonymes inspirées des masques de Montserrat de Julio González, mais aussi du célèbre Guernica de Picasso, œuvres symboles de l’effroi des civils impuissantssubissant les horreurs la guerre. Accentuant graphiquement le nez, la bouche hurlante, la langue tirée, la joue violemment coupée d’une masse sombre, cette série exprime le désarroi et la colère. Après la guerre, Hartung minorera l’importance de ces œuvres et les exposera peu. Par leur utilisation du triangle,du croissant et de la grille, ces gouaches annoncent pourtant son travail d’après 1945.

Noire modernité T1949-9
1949

Huile sur toile, 89 x 162 cm ©Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen ©Adagp, Paris, 2019

Cette peinture structurée par de larges formes de croissants aux bords arrondis se détachant sur des masses vivement colorées, elles-mêmes superposées à un fond sombre, témoigne de la prédilection de Hartung pour le noir. Le peintre obtient des effets de contraste entre les vigoureux éléments graphiques et le fond en jouant sur des effets de transparence de la couleur, soulignant le tissage de la toile. Réalisée selon le procédé du report, cette peinture abstraite comporte une dimension illusionniste puisqu’elle imite trait pour trait le tracé du pinceau. Son caractère très graphique lui confère une dimension décorative qui n’est pas sans liens avec les formes noires et biomorphiques du design de l’époque. La peinture de Hartung, à l’instar des célèbres créations design d’Arne Jacobsen ou de Charles Eames, incarne la modernité retrouvée des années 1950.

La tête dans les nuages T1966-E25
1966

Vinylique sur toile, 154 x 250 cm. ©Fondation Hartung-Bergman, Antibes ©Adagp, Paris, 2019

Cette œuvre réalisée au vinylique, une peinture industrielle qui sèche rapidement,appartient à la phase dite des « nuages », développée par Hartung entre 1965et 1967. Une vaste surface sombre et vaporeuse forme comme un écran opaque,percé par un fond lumineux et rayonnant. Depuis le début des années 1960,Hartung a substitué au pinceau une nouvelle panoplie d’outils variés. Le pistolet à air comprimé qu’il utilise ici détourné de son usage premier, lui permet d’obtenir des effets atmosphériques grâce aux minuscules gouttelettes qui se déposent sur la toile, sans contact direct avec celle-ci. Cette technique n’est pas sans rappeler la démarche d’un Jackson Pollock pratiquant le dripping avec des boîtes de conserve percées, laissant s’écouler la peinture sur la toile sans employer de pinceau.

Synthèses T1982-E15
1982

Acrylique sur toile, 185 x 300 cm ©Tate Modern, Londres ©Adagp, Paris, 2019

Cette pièce immense, acquise par la Tate en 1997, constitue l’un des plus grands formats réalisés par Hartung dans les années 1980. Témoignant d’un équilibre sensible entre force et énergie maîtrisée, elle opère la synthèse entre différentes techniques parvenues à leur quintessence : d’une part, la pulvérisation mécanique de jets de peinture qui vient maculer les bords verticaux de l’œuvre d’un contraste de bleus et jaunes créant ainsi un fond nébuleux aux allures crépusculaires. Et, d’autre part, l’utilisation du balai de genêts imprégné de peinture noire, qui, par son action violente lorsqu’il s’abat sur la toile, écorche,érafle et lacère la zone centrale de couleur brune.

Cet article Hans Hartung en 6 œuvres est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Décès de l’antiquaire et collectionneur Michel Périnet

Tous les grands marchands de joaillerie de Paris, de Lydia Courteille à Martin du Daffoy, se sont unis pour annoncer la mort de leur confrère Michel Périnet la semaine dernière. Ce spécialiste des bijoux de collection, ayant participé à la Biennale des Antiquaires à Paris, était aussi antiquaire et collectionneur de la période Art Déco. Lors de la dispersion de sa collection en 2014, le marchand Félix Marcilhac racontait s’être fait souffler par Michel Périnet au début des années 1960 une statue de Gustave Miklos, représentant une Femme aux manches longues. Son goût le portait également sur des œuvres plus abstraites comme la Projection dans l’espace d’Antoine Pevsner de 1935. Il possédait aussi des œuvres symbolistes comme l’Eve de Lucien Levy-Dhurmer ou la Femme ailée de René Lalique en bronze. Côté bijoux, son nom est associé aussi bien à la Minerve figurant sur un camée romain ovale en agate brune qu’à un collier de perles de jade et d’onyx de Georges Fouquet, le grand créateur des années 1900-1930.

Un homme discret sur sa collection

« Michel Périnet était un grand collectionneur, assure, émue, Cheska Vallois. Il fuyait toute publicité. Je l’ai côtoyé pendant quarante-cinq ans mais il ne voulait surtout pas qu’on parle de sa passion de collectionner ». Un seul entretien avec lui a été publié dans « Être antiquaire » (par Catherine Ardin et Robert Pimenta en 1983). Il y avouait sa vocation de joaillier dès l’âge de quinze ans, ne pas avoir voulu être décorateur comme son père mais avoir commencé par la création de bijoux en 1956, rue Daniele Casanova, dans un ancien magasin de luminaires. Plus que discret sur sa collection, Michel Périnet n’a jamais accepté de prêter ou de publier ses œuvres d’art (malgré mes demandes régulières) et ce n’est qu’au gré de notices de catalogues de ventes ou d’expositions en galeries que l’on connaît les variations de son très bel ensemble africain. Ainsi, en 2015, Sotheby’s a vendu une importante statue Fang du Gabon au pedigree fascinant : de la collection de Charles Ratton, elle est passée chez le marchand d’art moderne Louis Carré puis a atterrie dans la collection de Michel Perinet en 1992. En 2016, dans l’exposition « Passeurs de rêve » à la galerie Pascal Lansberg dans le cadre de Parcours des mondes, on a pu voir une figure de reliquaire Fang passée ensuite par la galerie Ratton-Hourdé. En 2019, Sotheby’s a vendu également une statue Toraja d’Indonésie que Michel Perinet avait achetée en 1997. Que deviendra sa fabuleuse collection ? Sera-t-elle dispersée en ventes publiques ? Ou bien lui a t’il prévu un avenir public, dans un musée ou une fondation ? Personne ne le sait, pour l’instant.

Cet article Décès de l’antiquaire et collectionneur Michel Périnet est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Un tableau de Klimt retrouvé dans un sac-poubelle

Cela faisait plusieurs semaines que les aficionados de Gustav Klimt (1862-1918) attendaient la nouvelle en surveillant frénétiquement l’actualité artistique. Le 10 décembre dernier, alors que les jardiniers du Musée d’Art moderne Ricci Oddi de Plaisance (Piacenza) en Italie nettoyaient l’extérieur du bâtiment, ces derniers sont tombés sur une trappe d’aération où un sac-poubelle noir était dissimulé. Dans celui-ci, les employés ont trouvé le Portrait d’une dame de Gustav Klimt sur son châssis mais sans son cadre. Le tableau réalisé vers 1916-1917 par le peintre autrichien avait disparu en février 1997, soit 23 ans plus tôt. Le vol avait eu lieu lors de la fermeture du musée pour travaux. Vendredi 17 janvier, après cinq semaines d’examens, Ornella Chicca, magistrate chargée de l’enquête sur la disparition de l’œuvre, a annoncé l’authenticité du tableau.

Ritrovato a Piacenza quadro attribuito a #Klimt
Si tratterebbe del "Ritratto di signora" rubato nel 1997 da Galleria d'arte moderna Ricci Oddi
Il capolavoro è custodito in luogo riservato dalla #PoliziadiStato in attesa di indagini più approfondite pic.twitter.com/q9UIjMmCJj

— Polizia di Stato (@poliziadistato) December 11, 2019

Deuxième sur la liste des grandes œuvres volées en Italie

Trois professionnels ont travaillé ces dernières semaines pour déterminer l’origine du tableau. Guido Cauzzi a pris des photographies de fluorescence et de lumière rasante sur la peinture pour les comparer aux examens effectués en 1996, un an avant la disparition du portrait. L’expert en a conclu que « la correspondance entre les images permet de vérifier qu’il s’agit bien du tableau original ». Anna Selleri, quant à elle, a examiné la toile, son cadre, les tampons au dos, les sceaux et les étiquettes pour confirmer qu’il s’agissait bien de l’authentique œuvre de Klimt. Tout est bien qui finit bien. Portrait d’une dame est en relativement bon état, après un entretien de routine, il devrait pouvoir retrouver toute sa splendeur. Cette peinture fait partie d’une série de portraits féminins que l’artiste a réalisée dans les dernières années de sa vie.

Gustav Klimt, Portrait d’une dame, 1916-1917, huile sur toile, 55 x 65 cm ©Musée d’Art moderne Ricci Oddi de Plaisance

Jusqu’à aujourd’hui, Portrait d’une dame était en seconde place sur la liste des grandes œuvres volées en Italie, après un tableau du Caravage, dérobé dans une église en Sicile en 1969, d’après Jonathan Papamarenghi, chargé de la culture dans la Ville de Plaisance. Le portrait était-il dans ce sac-poubelle depuis 23 ans ? Les malfaiteurs, pris d’affreux remords, sont-ils venus le déposer ? Une enquête est en cours pour déterminer depuis combien de temps l’œuvre était dans sa cachette.

Cet article Un tableau de Klimt retrouvé dans un sac-poubelle est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Pages