connaissance des arts

Le musée idéal de Lorenz Bäumer

Joaillier installé au 19, place Vendôme à Paris, Lorenz Bäumer réalise sous son nom des bijoux poétiques, qui créent du lien. Fils de diplomate, globe-trotteur dans l’âme, il nourrit son travail de la diversité et de la beauté du monde. Il dessine également des collections pour d’autres maisons comme l’écrin Rouge G pour le célèbre rouge à lèvres de Guerlain ou une ligne de bijoux pour Baccarat, intitulée Étoile de mon cœur, composée de six modèles, bagues, pendentifs, colliers, boucles d’oreilles et bracelets.

Découvrez, dès le 23 avril, le musée idéal de la rédaction dans le magazine de mai 2020 Quelles œuvres mettriez-vous dans votre musée idéal ?
  • La Pieta de Michel-Ange. Pour sa perfection formelle, sa profonde humanité face à la mort, et sa localisation idéale à l’entrée de la basilique Saint Pierre de Rome.

Michel-Ange, La Piéta, 1499, marbre, 174 × 195 × 69 cm, Rome, Basilique Saint-Pierre.

  • La Vue de Delft de Vermeer.
  • La Bethsabée au bain de Rembrandt. Une humanité incroyable dans le visage de cette femme mélancolique et mystérieuse.
  • Le Déjeuner d’huîtres de Jean-François de Troy. Une scène épicurienne, conservée à Chantilly, avec le bouchon de champagne qui part dans les airs.
  • Le Portrait de Lorenz Baümer de Fabien Merelle. En toute modestie ! Cet immense dessinateur m’a représenté en bête sauvage, dévorant le pentagone, repris de la Melancolia de Dürer. C’est une approche traditionnelle du dessin loin des Koons et Hirst du moment.

Lorenz Baümer par Fabien Merelle.

Cinq artistes préférés ?
  • Le Bernin. Pour ses sculptures comme l’Apollon et Daphné de la Villa Borghèse de Rome.
  • Pablo Picasso. Pour son universalité et sa capacité à se renouveler constamment.
  • Vik Muniz. Un plasticien brésilien dont je possède le portrait de Sarah Bernhardt, qui est une réinterprétation d’un cliché de Nadar mais transcendé avec de petits jouets en plastique.
  • Léonard de Vinci. Il est à la fois cerveau droit et cerveau gauche, aussi bien plasticien que scientifique.

Léonard de Vinci, Feuille d’étude pour l’Adoration des Mages (vers 1480), Beaux-Arts de Paris (©Guy Boyer.)

  • Pierre Cordier. L’inventeur du chimigramme, un dessin sur papier photographique. Un artiste belge, né en 1933, malheureusement oublié.

Quel est votre musée préféré ?

Le musée d’Anthropologie de l’Université de British Columbia de Vancouver (©Wikimedia)

Quelle expo, plutôt récente, vous a marqué ?

Vue de l’exposition « Paris romantique, 1815-1848 » au Petit Palais (©Mathieu Charreyre).

Pour vous, à quoi sert l’art ?
  • L’art nous interpelle et nous fait voir les choses différemment. Ainsi de l’œuvre de Paul McCarthy, Tree sur la place Vendôme, qui a fait se poser des questions au public : qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? Quelle est la raison d’être d’une œuvre d’art ? Tout peut-il être montré et exposé ?
Chaque mois, recevez Connaissance des Arts
dans votre boîte aux lettres
accédez au magazine numérique sur notre liseuse
&
continuez de lire en illimité nos articles sur le Web

Cet article Le musée idéal de Lorenz Bäumer est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Schiele, le Douanier Rousseau et Léonard de Vinci : 5 vidéos arty à regarder cette semaine

L’ennui commence à vous guetter en cette quatrième semaine de confinement ? Et si, en plus de prévenir la propagation du coronavirus, cet isolement permettait de devenir l’Indiana Jones du confinement, de visiter les musées d’Orsay et de l’Orangerie tout en prenant des selfies façon Vincent Van Gogh ? Cette semaine, Connaissance des Arts a sélectionné pour vous 5 vidéos placées sous le signe de l’art à regarder depuis son canapé. Au programme : les coulisses du Musée national des arts asiatiques-Guimet, une visite guidée de l’exposition Léonard de Vinci à la National Gallery et le Douanier Rousseau comme vous ne l’avez jamais vu.

1. Guimet Underground sur Youtube

Vendredi dernier, le Musée Guimet a lancé une série de vidéos tournées dans ses réserves intitulée Guimet Underground. Ces capsules de 3 minutes permettent de faire connaître la diversité des collections de l’institution dédiée aux arts asiatiques. Guidé par Sophie Makariou, présidente du Musée Guimet, le téléspectateur découvrir les fabuleux sous-sols de l’institution qui abritent ses réserves. Le premier épisode explore une partie de la réserve Chine avec les porcelaines données par l’explorateur français Ernest Grandidier (1833-1912). L’occasion de redécouvrir les superbes pièces de porcelaine bleue et blanche chinoise avec des explications de Sophie Makariou.

Sur la chaîne Youtube du Musée Guimet

2. Le Douanier Rousseau ou l’éclosion moderne sur Museum TV

Jusqu’au 15 avril, la chaîne Museum est disponible en clair pour vous accompagner durant les longues journées de confinement, l’occasion rêvée pour faire le plein de d’art tout en restant chez soi. Ce vendredi soir, la chaîne met en lumière l’œuvre du peintre Henri Rousseau (1844-1910) avec le documentaire Le Douanier Rousseau ou l’éclosion moderne. Plongez dans l’univers de cet artiste autodidacte et visionnaire connu pour ses « visions naïves d’un monde exotique imaginaire ». Méprisé par une grande partie de ses contemporains mais soutenu jusqu’à sa mort par Guillaume Apollinaire, Pablo Picasso ou encore Robert Delaunay, le Douanier Rousseau fut précurseur de mouvements artistiques majeurs de l’histoire de l’art du XXe siècle, tels que le cubisme et le surréalisme.

Vendredi 10 avril à 21h sur Museum

Henri Rousseau, Le Rêve, 1910, huile sur toile, 204,5 x 298,5 cm, MoMA

3. Egon Schiele sur Arte

« Jugé dérangeant, voire obscène, par ses contemporains, son travail est considéré aujourd’hui comme l’une des œuvres majeures de la Sécession viennoise », explique le documentaire Egon Schiele. Arte diffuse ce dimanche un film qui retrace la vie tourmentée du peintre Egon Schiele (1890-1918), mort de la grippe espagnole. Annonciateur de l’expressionnisme et maître du dessin des corps féminins, le peintre bouscule tant les conventions, qu’il est brièvement incarcéré pour « diffusion de dessins offensant la pudeur ». De sa ville natale Tulln an der Donau à la capitale autrichienne où son atelier jouxtait celui de Klimt, découvrez le portrait d’Egon Schiele brossé par les historiens de l’art et spécialistes de son œuvre.

Dimanche 12 avril à 17h15 sur Arte, et en replay jusqu’au 11 mai sur Arte.tv

Egon Schiele, Autoportrait au coqueret, 1912, huile sur bois, 32,2 x 39,8 cm, Vienne, Leopold Museum

4. Visite privée au musée : Léonard de Vinci à la National Gallery sur Histoire

Pour celles et ceux qui ne faisaient pas partie du 1,1 million de visiteurs qui ont eu la chance de découvrir l’exposition blockbuster « Léonard de Vinci » au musée du Louvre, Histoire diffuse une visite privée au musée de la grande rétrospective du maître florentin qui s’était déroulée en 2011 à la National Gallery de Londres. Tim Marlow, historien de l’art et directeur artistique de la Royal Academy of Arts, emmène le téléspectateur dans les coulisses de l’événement, au plus près du Salvator Mundi et de La Dame à l’hermine, présents pour l’occasion.

Samedi 11 avril à 23h25, puis dimanche 19 avril à 10h45 sur Histoire

Samedi 11 avril sur Histoire, Tim Marlow vous fait une visite guidée de l’exposition « Léonard de Vinci » à la National Gallery de Londres. ©DR

5. Tour Montparnasse : le chantier record sur RMC Découverte

Haute de 210 mètres et visible de tous les points de vue, la tour Montparnasse fait partie intégrante du paysage urbain de Paris. Comment ce monstre de béton et de verre si différent de l’architecture haussmannienne a-t-il pu voir le jour en 1973 ? Tour Montparnasse : le chantier record revient sur les techniques de construction et les innovations de l’édifice, à l’aube de sa rénovation complète prévue pour 2024. Architectes, ingénieurs et responsables de la Ville de Paris reviennent sur la genèse du gratte-ciel et sur le projet « Maine Montparnasse » dans lequel il s’inscrit.

En replay sur le site de RMC Découverte jusqu’au mardi 14 avril

 

Cet article Schiele, le Douanier Rousseau et Léonard de Vinci : 5 vidéos arty à regarder cette semaine est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Midi et quart, histoire de l’art : Kandinsky et l’Almanach du Blaue Reiter

Tous les jours, du lundi au vendredi à 12h15, Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts, vous lit et commente la notice d’une œuvre d’art. En s’appuyant sur les textes de conservateurs de musée, d’historiens de l’art ou de critiques, « Connaissance des Arts » vous permet de mieux comprendre les chefs d’œuvre et certaines œuvres oubliées.

L’Almanach du Blaue Reiter (1912) sous la direction de Wassily Kandinsky, conservé au musée national d’Art moderne-Centre Pompidou

Contrairement à une idée bien établie, Der Blaue Reiter (Le Cavalier bleu) n’est pas un mouvement artistique mais un projet éditorial réunissant différents artistes installés à Munich au début du XXe siècle : Wassily Kandinsky, Franz Marc et August Macke. À l’occasion de l’exposition « Franz Marc-August Macke » au musée de l’Orangerie à Paris, Cécile Debray et Sarah Imatte ont souligné l’originalité de cette publication ornée d’une figure ressemblant à un Saint Georges : « Allégorie du combat entre le bien et le mal et de la lutte contre l’arrière-garde réactionnaire, il incarne la quête de la perfection artistique ».

À LIRE

Catalogue « Franz Marc-August Macke. L’aventure du Cavalier bleu », éditions Hazan/éditions du musée d’Orsay, exposition au musée de l’Orangerie de Paris du 6 mars au 19 juin 2019.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Étude d’une œuvre : Franz Marc, Le Rêve

Cet article Midi et quart, histoire de l’art : Kandinsky et l’Almanach du Blaue Reiter est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

La Nature, divinité païenne d’Alfons Mucha : focus sur un chef-d’œuvre

Réputé pour ses talents de graphiste, Alfons Mucha (1860-1939) présente à l’Exposition universelle de Paris en 1900 ce bronze doré aussi élégant qu’énigmatique. Il représente le buste d’une femme hiératique aux yeux clos et aux traits immobiles, à l’expression impénétrable. Autour du visage et de la poitrine, d’une lisse perfection, se déploie et se ramifie une abondante chevelure de lianes ondulantes. Toute l’énergie de la créature semble s’être concentrée dans cet entrelacs décoratif, où Mucha laisse éclater son goût de l’ornement.

Alfons Mucha, La Nature, divinité païenne, 1899-1900, bronze doré, ornements en malachite, H.70 cm, dépôt de la Région Bruxelles-Capitale ©Musées royaux de Bruxelles

La Nature incarnée

Quant à la signification de l’œuvre, le titre nous met sur la voie : cette mystérieuse effigie incarne les forces vitales. Pour l’artiste tchèque comme pour nombre de ses contemporains, artistes ou non, la femme est Nature. Fatale pour les symbolistes, elle devient une enchanteresse échevelée pour les créateurs de l’Art nouveau. Son rôle relevant à présent de l’allégorie, elle personnifie la Justice, la Foi, le Progrès ou la Vérité.
Artiste multiforme, Mucha a décliné ce même modèle dans ses affiches et publicités, contribuant à façonner un archétype féminin qui, lui-même, a circulé sur tous les supports imaginables, du papier au métal, de la céramique au marbre.

La Mucha girl

Comment définir le « style Mucha », devenu quasiment le symbole des années 1900 ? S’il ne fallait trouver qu’une expression, peut-être celle d’opulence sensuelle devrait être choisie. Celle d’une femme – les Américains parlèrent de « Mucha girl » – dont les courbes généreuses, la superbe chevelure déroulée comme une liane, le sourire enjôleur promettent une vie délicieuse à la portée de tous. Au-delà de l’image féminine et de cette volupté de bon aloi, l’emploi des motifs empruntés au folklore, à la botanique ou à l’univers des sciences occultes se conjugue à une forte influence symboliste et à une vraie connaissance des Préraphaélites et du mouvement Arts and Crafts anglais.

Alfons Mucha, Les Arts : la danse, 1898, lithographie en couleur, 60 x 38 cm, Prague, Fondation Mucha.

Contours fortement soulignés, obsession du halo et du cercle, profusion florale, préférence donnée à l’arabesque, à la ligne ondulante… cet univers lascif oscille entre le médiéval, le byzantin et… les Comices agricoles. À la vue de des affiches de Mucha, le public des années 1900 songe immédiatement à des récoltes florissantes et à un bonheur tout proche, un peu à l’image de Colette écrivant la série des Claudine (1900). Mucha, cet étranger, est le meilleur héraut de la prospère IIIe République. Juste avant la Grande Guerre.

Cet article La Nature, divinité païenne d’Alfons Mucha : focus sur un chef-d’œuvre est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Picasso bleu et rose #1 [podcast]

Dans ce nouvel épisode de La Grande Galerie de Radio Classique, partez à la rencontre du jeune Picasso pour mieux comprendre sa production sculptée et gravée du début du siècle aux prémices du cubisme, en 1906. Entre récit et musique, découvrez comment s’articulent les périodes dites « bleue », « rose » et même « ocre » du maître de l’art moderne.

Pour écouter le second épisode de ce podcast consacré aux périodes bleue et rose de Pablo Picasso, cliquez ici.

Une émission réalisée à l’occasion de l’exposition « Picasso. Bleu et rose », présentée au musée d’Orsay, en partenariat avec le musée national Picasso-Paris, du 18 septembre  2018 au 6 janvier 2019. 

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Picasso bleu, Picasso rose

Cet article Picasso bleu et rose #1 [podcast] est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Picasso bleu et rose #2 [podcast]

Dans ce nouvel épisode de La Grande Galerie de Radio Classique, partez à la rencontre du jeune Picasso pour mieux comprendre sa production sculptée et gravée du début du siècle aux prémices du cubisme, en 1906. Entre récit et musique, découvrez comment s’articulent les périodes dites « bleue », « rose » et même « ocre » du maître de l’art moderne.

Pour écouter le premier épisode de ce podcast consacré aux périodes bleue et rose de Pablo Picasso, cliquez ici.

Une émission réalisée à l’occasion de l’exposition « Picasso. Bleu et rose », présentée au musée d’Orsay, en partenariat avec le musée national Picasso-Paris, du 18 septembre  2018 au 6 janvier 2019. 

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Picasso bleu, Picasso rose

Cet article Picasso bleu et rose #2 [podcast] est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Récit d’une vie : El Greco, le Byzantin moderne et expressionniste avant l’heure

El Greco, c’est ainsi que les Espagnols nomment ce Grec natif de Candie, en Crète, qui vient s’établir chez eux pour y mûrir son génie et jeter les bases d’un siècle d’or pictural. La Crète a fait partie de l’Empire byzantin jusqu’à la prise de Constantinople par les Croisés, en 1204. Puis elle est passée aux mains des Vénitiens. Lorsque le jeune Domínikos y reçoit sa formation, c’est la tradition byzantine de l’icône qui prévaut, et c’est dans cette tradition qu’il peint ses premières œuvres : figures géométrisées, aux teintes plates, sur fond d’or, telles que fixées de façon immuable depuis des siècles.

Reconnu maître peintre en 1566, il quitte pourtant son île, deux ans plus tard, pour se rendre à Venise. La Sérénissime est alors à l’apogée de son rayonnement artistique : le vieux Titien, admiré dans toute l’Europe, domine toujours une scène où brillent aussi Jacopo Bassano et les étoiles montantes que sont Véronèse et Tintoret. D’après Giulio Clovio, peintre et ami du Greco, celui-ci fut le « disciple de Titien ».

Parcours d’un météore

Nourrie d’influences variées – les icônes byzantines de sa Crète natale, les maîtres de la Renaissance italienne, la doctrine post-tridentine et un sentiment religieux très espagnol –, l’œuvre de Greco procède d’un syncrétisme tout à fait unique. Son maniérisme aux accents expressionnistes a abouti à une conception rénovée de l’art.

Son œuvre fascina l’intelligentsia de l’Espagne de Philippe II avant de sombrer dans un oubli immérité jusqu’à̀ sa redécouverte au XIXe siècle. Il convient d’expliciter ce parcours singulier en rappelant que la connaissance de Greco demeure indissociable des recherches biographiques que lui consacrèrent Manuel B. Cossío et Francisco de Borja de San Román au début du XXe siècle.

La vie de Greco nous est connue de façon fragmentaire et c’est essentiellement par ses œuvres que nous pouvons accéder à l’âme de l’artiste qui, bien qu’étranger exilé à Tolède à partir de l’année 1577, incarna de la façon la plus absolue l’âme espagnole des années de transition entre le XVIe siècle triomphant et le premier XVIIe siècle. Emblème de la révolution picturale propre à la modernité selon les artistes romantiques et impressionnistes, incarnation du mysticisme espagnol selon ses admirateurs contemporains lettrés, peintre irrespectueux du canon classique occidental selon ses détracteurs : la personnalité polymorphe de l’artiste a donné lieu à des interprétations contradictoires qui ont conduit au dénigrement de son œuvre durant plus d’un siècle.

Les chefs-d’œuvre que son génie a légués à la postérité, loin de manquer d’unité, nous montrent aujourd’hui combien seul l’artiste qui ose interroger les moyens de son art est naturellement conduit, à l’image d’un Joyce ou d’un Borges, à une déconstruction méthodique de son langage propre pour accéder à l’expression de ses plus hautes aspirations spirituelles. Ainsi la peinture de Greco, née de la rencontre entre la Grèce et l’Occident, a pour la première fois au cours de l’histoire de l’art occidental épuisé la fragilité de la représentation réaliste pour accéder aux prémices de l’expressionnisme de l’âme, en suivant un parcours d’une linéarité exemplaire.

El Greco, L’Enterrement du comte d’Orgaz, 1586-1588, huile sur toile, 480 x 360 cm, Tolède, église Santo Tomé

La peinture in forma greca

L’artiste naquit en 1541 en Crète, à Jándaka, città di Candia, ou Candie, l’actuelle Héraklion. La Crète était sous domination vénitienne depuis le xiiie siècle. La rencontre des traditions artistiques et intellectuelles de l’Orient grec et de l’Occident y avait favorisé la formation d’une culture originale dont la littérature et la peinture furent des modes d’expression majeurs. Un voyageur français, Jacques Le Saige, en témoignait dès 1518, fasciné par la quantité de « belles ymaiges de Nostre Dame encloses de tableaux de Chipres, et des tables et des coffres grants et petits » qui se faisaient à Candie.

De fait, les archives recensent jusqu’à 150 peintres travaillant dans la capitale insulaire et sa région durant le XVIe siècle. Dès le XVe siècle, ces peintres pratiquaient deux manières : soit in forma greca (à la grecque), soit a la latina, selon la mode occidentale. C’est dans ce brassage culturel que se forma le jeune Theotokópoulos, dont l’œuvre la plus ancienne conservée est La Dormition de la Vierge (Ermoupolis, Syros, église de la Dormition de la Vierge). Il s’agit d’une modeste icône peinte a tempera à l’œuf sur panneau épousant l’esthétique byzantine et incluant, dans la partie supérieure, sur un fond d’or, une Assomption de la Vierge, dont le Christ enfant vient élever l’âme aux cieux. Ce motif iconographique singulier, l’enlèvement de l’âme, constituera d’ailleurs l’élément central du chef-d’œuvre le plus connu de la période tolédane de GrecoL’Enterrement du comte d’Orgaz.

El Greco, Laocoon, vers 1610, huile sur toile, 137,5 x 172,5 cm, Washington, National Gallery of Art

Le tournant italien

Quelles sont les raisons qui poussèrent Greco à s’exiler à Venise dès le printemps 1567 ? L’envie d’échapper au milieu artistique marginal de la Crète ? L’attrait de la colonie grecque de Venise où résidaient, vers 1550, 4 000 Grecs et qui offrait un marché attrayant ? Le désir d’approfondir sans réserve la manière italienne ? On est tenté d’opter pour ce dernier argument au regard des deux premières œuvres réalisées par le jeune artiste à Venise : les polyptyques de Ferrare (vers 1567, Fondation Cassa di Risparmio di Ferrara) et de Modène (1569, Galleria Estense). Les aspirations humanistes de Greco y sont éclatantes. Les quatre tables conservées du triptyque de Ferrare, réalisé a tempera et à l’huile sur panneau, montrent une acceptation de la perspective géométrique, évidente dans le Lavement des pieds où la forme cintrée du support renforce la rigueur de la composition. L’Ecce Homo, le Christ au jardin des Oliviers et la Crucifixion témoignent encore, en plus d’une construction spatiale complexe, d’un art de la couleur saisissant.

El Greco, Triptyque de Modène, ensemble ouvert et détail du panneau central (le Jugement dernier) 1567-1569, tempera sur panneau, 37 x 23,8 cm (fermé), Modène, Galleria Estense.

Le Triptyque de Modène, peint a tempera sur panneau, est particulièrement éblouissant. On y perçoit l’essentiel des caractéristiques que le maître développera tout au long de sa carrière : force de l’expression, triomphe de la couleur et rigueur de la composition. On ne saurait douter que la métamorphose stylistique du jeune artiste en Italie soit le fruit de l’émulation provoquée par la découverte de l’art de Tintoret, Titien, Véronèse ou Bassano.

Le talent de Theotokópoulos lui ouvrit la porte de l’atelier de Titien qui, dans une lettre adressée au roi Philippe II d’Espagne et relative à l’ensemble de la Vie de saint Laurent commandé pour l’Escorial, mentionne le 2 décembre 1567 la présence d’un jeune disciple, grec et « de grande valeur ». Sa formation vénitienne accomplie, Greco quittait Venise à l’automne 1570 pour tenter sa chance à Rome, se plaçant sous la protection du miniaturiste Giulio Clovio dont il peignit le portrait (Naples, musée de Capodimonte). Clovio, ami de Titien et proche d’Alexandre Farnèse, recommanda l’artiste au cardinal dans une lettre datée du 16 novembre 1570. Le pittore greco travaillait en 1572 à la décoration du salon d’Hercule de la villa Farnèse à Caprarola.

Le choix du maniérisme

Les œuvres réalisées en Italie montrent une assimilation extrêmement aisée des techniques et des principes de la peinture italienne, avec un goût certain pour la sensualité de la touche de Titien ou de Tintoret. Le séjour italien de Greco révéla aussi ses talents de portraitiste. L’artiste, à l’image de ses maîtres, apprit à pénétrer la psychologie de ses modèles. Peintre attentif à l’âme, il chercha à traduire, dans ses compositions religieuses, avec une maîtrise absolue du mouvement, la scène théâtrale sur laquelle prend vie la représentation du sacré.

El Greco, Le Christ chassant les marchands du Temple, vers 1570, huile sur panneau, 65,4 x 83,2 cm, Washington, National Gallery of Art

Les deux premières versions du Christ chassant les marchands du Temple l’attestent. Dans le petit tableau de Washington, l’accent est mis sur le mouvement, la sinuosité des lignes, la somptuosité de la couleur. La monumentale toile de Minneapolis abandonne progressivement tout lien avec le canon classique pour exprimer la violence de l’irruption du sacré dans le monde profane. C’est précisément dans ce tableau que Greco a jugé opportun de loger un quadruple portrait dans la partie inférieure droite : Titien, Michel-Ange, Giulio Clovio et un quatrième personnage sont représentés. L’identité de ce dernier n’est pas établie avec certitude. D’aucuns y voient un autoportrait, nous préférons y reconnaître, à l’instar d’une fortune critique abondante, la figure de Raphaël, peut-être celle de Corrège. Par-delà la référence mondaine envers les maîtres vénérés de la peinture italienne, l’artiste exprime dans ce quadruple portrait son choix stylistique : celui du maniérisme.

Le séjour italien, brillamment initié, fut cependant de courte durée. Selon le médecin pontifical Mancini, le départ de Greco pour l’Espagne fut la conséquence des inimitiés qu’il avait éveillées à Rome. Ce récit peu précis qui fait force de loi depuis le XVIIe siècle mérite certainement d’être nuancé. Toujours est-il que Greco repassa par Venise, séjournant à Sienne, Florence et Parme, avant de s’embarquer pour l’Espagne.

On ne connaîtra donc jamais les raisons exactes qui motivèrent le départ de Greco en 1576. Peut-être les amitiés contractées à Rome et la recommandation de Don Juan de Austria furent-elles déterminantes. Après un bref séjour à Madrid, la présence de Theotokópoulos est documentée à Tolède dès le 2 juillet 1577, date à laquelle il perçut un acompte pour la commande d’un retable peint et sculpté destiné à la sacristie de la cathédrale, retable dont ne subsiste, in situ, que la composition peinte, El Expolio, représentant le moment de la Passion où le Christ est dépouillé de ses vêtements.

El Greco, Le Partage de la tunique du Christ (El Expolio), vers 1579-1580, huile sur panneau, 55,7 x 34,7 cm, Upton House, National Trust Collections.

 

Par-delà les apparences du réel

À Tolède, l’artiste inaugurait la période la plus féconde de sa carrière, tout en se tenant à l’écart de la commande royale dont il ne connut jamais les honneurs après le cuisant échec du Saint Maurice, qui ne plut pas à Philippe II. Qu’importe. Greco initiait à Tolède une nouvelle conception de la mimèsis, pure synthèse entre son profond mysticisme et ses recherches plastiques sur l’expressionnisme de la couleur et du mouvement. C’est dans les portraits et les paysages que l’artiste parvint à transcrire la nature vivante, en mouvement. Dans ses compositions religieuses, par-delà les apparences du réel, Greco recherchait la plus pure expression du sentiment du sacré. S’érigeant contre les principes géométriques et statiques de la représentation renaissante, Greco réformait en profondeur le langage pictural. C’est ce que démontre de façon incontestable L’Enterrement du comte d’Orgaz, peinture-manifeste représentant l’union entre le profane et le sacré : dans la partie inférieure du tableau, nul élément statique, tout est regard, tout est mouvement, tout est suspension du temps. Saint Étienne et saint Augustin descendent du ciel pour déposer le comte d’Orgaz au tombeau alors que son âme est enlevée par un ange. Dans la partie supérieure de la composition, le Christ, entouré de la Vierge, des saints et des anges portés par un tourbillon sans fin, reçoit l’âme du comte. C’est cependant un unique mouvement qui anime l’ensemble du tableau, la nature participant au mouvement du sacré.

La liste des œuvres tolédanes est dense et variée mais l’évolution stylistique du maître, dans la profusion de sa production, connaît une direction ignorant tout détour. Ainsi, le Laocoon peut bien nous apparaître comme l’œuvre testamentaire de Greco : le mouvement y est infini, la nature y épouse la permanence du mythe, la Grèce homérique trouve refuge dans Tolède sous des cieux habités d’une présence mystique. On se plaît à imaginer Greco logeant dans l’un de ses derniers chefs-d’œuvre une conception rénovée de l’art où le sacré rejoint le mythe, ultime concession d’un artiste de génie.

Découvrez notre hors-série
publié en collaboration avec « La Croix »

+ d’infos

Cet article Récit d’une vie : El Greco, le Byzantin moderne et expressionniste avant l’heure est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Métiers d’art : Philippe Apeloig, le génie du graphisme

« Apeloig ». À tout seigneur, tout honneur… Son patronyme commence par un « A », cette première lettre qui ouvre le bal d’un alphabet dont il aime toutes les composantes et se termine par un « g », comme graphisme. Un hasard ? L’idée plaît à Philippe Apeloig, graphiste de profession, dont le nom, qui n’a rien de commun, débute comme une caresse et finit tel un drapeau claquant dans le vent. Un nom qui vient de loin… De Pologne précisément, que son grand-père ébéniste a fuie pendant les pogroms pour arriver à Paris dans les années 1930. Un nom pas si difficile à prononcer, mais que les harceleurs de l’école du petit Philippe tournaient en dérision dans les années 1960 et 1970, on se demande bien pourquoi… À moins d’en saisir inconsciemment la force mystérieuse… Apeloig ou, selon l’étymologie, celui qui voit de manière perçante. On peut toujours invoquer le hasard… « En tant que graphiste, j’aime le cultiver, c’est-à-dire regarder ce que les lettres me donnent comme forme à exploiter. Quelquefois, la répétition d’une forme à une autre ou la répétition de la même lettre dans un même mot, ou encore d’une lettre à abstraire dans une forme de sophistication extrême aux limites de la lisibilité, permet d’aller jusqu’au squelette de la lettre. Je suis alors en équilibre entre le plein et le vide, la parole et le silence. » Et ce hasard s’est mué en destin ! « Je n’ai pas choisi le graphisme, c’est lui qui m’a choisi », dit-il.

Philippe Apeloig dans son atelier ©Bernard Saint-Genès

Roger Druet, un maître en la matière, calligraphe de son état et son professeur à l’école supérieure des arts appliqués Duperré, a joué les intercesseurs. C’est lui qui lui a appris, entre théorie et pratique, La civilisation de l’écriture, aujourd’hui encore disponible dans un livre (coédité par Fayard et Dessain/Tolra), préfacé par Roland Barthes. Et tout cela, avant même son passage à l’École nationale supérieure des arts décoratifs et ses stages à Total Design aux Pays-Bas, La Mecque du « design abstrait, non illustratif et non activiste ».

La lettre avant l’image

Il y eut ensuite Jacques London, imprimeur de génie, rencontré au début des années 1980, alors qu’il venait d’être engagé à 22 ans à peine comme graphiste en titre du musée d’Orsay, pas encore ouvert au public. « London avait l’accent de mes grands-parents polonais… Je lui ai demandé d’où il venait, il m’a montré son tatouage… et m’a considéré comme un fils spirituel. J’ai beaucoup appris de lui, sur tous les plans, technique, artistique et humain, car son œil était très aiguisé. » Tout commence donc par la lettre, avant l’image. « Tout part de la lettre comme si c’était ma palette de couleurs. Mais quand je parle de lettres, j’entends aussi les chiffres, les signes de ponctuation… tout ce qui me sert à imaginer des motifs, parce qu’une police de caractères regroupe un questionnement bien plus vaste que les vingt-six lettres de l’alphabet… Il faut beaucoup observer… C’est ainsi que les idées viennent. Et je ne m’arrête jamais de regarder, en marchant dans les villes, en découvrant les affiches, y compris les plus maladroites. »

Il aurait pu être chorégraphe, musicien, auteur (ce qu’il est également, avec ses savoureuses Chroniques graphiques, Tind éditions) ou tout autre chose ayant trait à la création. « La culture me nourrit d’une manière permanente. C’est un dictionnaire mental créé au fil du temps me permettant d’orienter mon chemin. J’aime avoir l’œil en alerte, me laisser contaminer et choisir mes références artistiques contre la pollution visuelle. »

Aujourd’hui, il est installé dans un bel espace haussmannien en duplex du IXe arrondissement de Paris – un étage où vivre, un autre sous les combles où travailler avec son équipe (Léo Grunstein et Tom Vidalie et deux stagiaires) –, même si l’on voit bien à quel point tout y est joyeusement poreux. Sa célèbre affiche Chicago cueille le visiteur à l’entrée. C’est celle qui annonça en 1987 l’exposition inaugurale du musée d’Orsay sur l’architecture de la cité venteuse, reconstruite après un incendie comme symbole du « nouveau monde ». La salle de séjour sert de bureau occasionnel. À côté du salon, où se mélangent pièces contemporaines et réalisations raffinées en marqueterie de son ébéniste de grand-père, une pièce est dédiée à l’exposition de ses dessins prévue à New York… Seule constante, la présence des œuvres, celles de ses amis artistes sur les murs et des bibliothèques élégamment imaginées par l’architecte Sylvain Dubuisson, qui a aussi conçu l’atelier.

Logotype et identité visuelle du cinéma Le Balzac, 2019 ©Philippe Apeloig

Une idée de l’espace et du temps

« Ici, on est au cœur de Paris, dans un arrondissement minéral. Très peu d’arbres, beaucoup de circulation, des bureaux, un va-et-vient constant… J’aime ce mélange des gens, cette nonesthétique, ce conglomérat de lettres, d’images, de pierres, même si par chance dans ce quartier, il y a une vraie unité architecturale. C’est le Paris de Balzac, avec ses façades d’une élégance prodigieuse… Dans l’atelier, nous sommes sur un tapis volant au-dessus de la ville. Nous avons la possibilité de nous immerger dans le tissu urbain et en même temps de nous en éloigner. J’ai besoin de cette inspiration ; mais je veux aussi pouvoir me déconnecter et être relié à la beauté. C’est la raison pour laquelle je vais voir des expositions, Greco, Bacon et bien sûr Toulouse-Lautrec, dont j’aime qu’il ait été l’un des premiers grands affichistes… » Nous y voilà ! La lettre mais aussi l’espace. Et donc, le mouvement, les rythmes en tous genres, les couleurs, les proportions, le temps… Le design graphique est un tourbillon de sensations saisies au vol. « C’est aussi l’art de la communication visuelle. J’aime l’idée du commanditaire qui a besoin de mon œil pour traduire ce qu’il a à dire au plus grand nombre… Je l’écoute, je regarde, j’interprète et… je désobéis ! C’est ainsi que j’invente ce qui va lui convenir. »

Livres de Philippe Apeloig ©Bernard Saint-Genès

La liste est longue de ses créations… Récemment, la signalétique du cinéma Le Balzac réalisée à partir d’une seule lettre, le logo du musée Yves Saint Laurent à Marrakech, deux « m » en bas-de-casse entourant le célèbre paraphe YSL en capitales, les nouvelles couvertures satinées oscillant entre le rouge vermillon et le rose tyrien des éditions Denoël et… Enfants de Paris, 1939-1945 édité l’an dernier chez Gallimard qui recense les plaques commémoratives des combattants morts lors des combats de la libération de la ville ainsi que celles des enfants déportés vers les camps de la mort… Un pur chef-d’œuvre préfacé par Apeloig à partir de « polices de caractères, capitales, approche, chasse, corps, chemin de fer, épreuve et drapeau… » qui fait de ce tombeau de mots un livre d’artiste qui serre le cœur. Au fond, à quoi bon définir Apeloig ? Son art se tient à la lisière de tous les arts. Il est l’homme qui sait voir ce qu’on n’avait pas vu, celui qui révèle et transmet.

Philippe Apeloig dans son atelier ©Bernard Saint-Genès

Cet article Métiers d’art : Philippe Apeloig, le génie du graphisme est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Le musée idéal de Daniel et Florence Guerlain

Collectionneurs passionnés de dessins contemporains, Florence et Daniel Guerlain ont donné plus de 1200 œuvres au musée national d’Art moderne en 2012 et exposent à travers le monde entier les dessins des lauréats de leur Prix annuel, de Silvia Bächli à Juan Uslé, qui vient de recevoir cette distinction il y a quelques jours à peine. Ils nous donnent ici leurs choix de ce qui devrait constituer leur musée idéal, leurs œuvres préférées aussi bien que leur idée de l’art.

Découvrez, dès le 23 avril, le musée idéal de la rédaction dans le magazine de mai 2020  Quelles œuvres mettriez-vous dans votre musée idéal ?
  • Le Corbeau et la Mort de Gustave Doré
  • La Jeune femme allongée de Luc-Olivier Merson
  • La Pie de Claude Monet. C’est un tableau qui est pour nous très important car il appartenait à la société de parfums Guerlain et a été vendu au musée d’Orsay. Avec sa touche de noir sur un fond blanc aux reflets bleus, il coïncide avec notre goût pour l’art graphique.

Claude Monet, La Pie, 1868-1869, huile sur toile, 89 × 130 cm, Paris, musée d’Orsay ( ©Google Art Project).

  • Sexe lumière de Yayoi Kusama.
  • Portrait de Florence d’Anna Quinquaud. Il s’agit d’une sculpture représentant Florence enfant. Anna Quinquaud était une artiste française, deuxième premier grand prix de Rome en sculpture en 1924, qui s’était embarqué pour l’Afrique orientale française et a voyagé jusqu’en Ethiopie.
Cinq artistes préférés ?
  • Shirley Jaffe
  • Fabrice Hyber

Les deux chênes de Fabrice Hyber au Beaupassage (© Guy Boyer/Adagp Paris 2020).

  • Gilles Aillaud, un très bon peintre dont le thème de prédilection était la représentation des animaux au sein des zoos et des réserves.
  • Pavel Pepperstein, un artiste russe qui a été sélectionné pour notre Prix de dessin contemporain en 2015 et qui était dans le pavillon russe de la Biennale de Venise en 2009.
  • Javier Perez, un très bon sculpteur et dessinateur espagnol qui a été sélectionné pour notre Prix de dessin contemporain en 2007. Nous lui avons acheté notre première grande série d’œuvres, 52 dessins autour du dédoublement du corps.
Quel est votre musée préféré ?

Le musée nordique de l’aquarelle (Nordiska Akvarellmuseet) à Skärhamm près de Göteborg (©Wikimedia)

Quelle exposition, plutôt récente, vous a marqués ?
  • La rétrospective Cy Twombly au Musée national d’Art moderne. Une exposition dont l’accrochage irréprochable, était signée par Jonas Storsve, le conservateur du département Art graphique au Centre Pompidou.

Cy Twombly, Blooming, 2001-2008, acrylique, crayon à la cire sur 10 panneaux de bois, 250 x 500 (Collection particulière. © Cy Twombly Foundation, courtesy Archives Fondazione Nicola Del Roscio © Photo: Studio Silvano, Gaeta).

Pour vous, à quoi sert l’art ?

À passer les périodes difficiles, comme celle que nous traversons actuellement, en trouvant le temps trop court.

Chaque mois, recevez Connaissance des Arts
dans votre boîte aux lettres
accédez au magazine numérique sur notre liseuse
&
continuez de lire en illimité nos articles sur le Web

Cet article Le musée idéal de Daniel et Florence Guerlain est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Midi et quart, histoire de l’art : En Angleterre. Eugène Manet à l’île de Wight par Berthe Morisot

Tous les jours, du lundi au vendredi à 12h15, Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts, vous lit et commente la notice d’une œuvre d’art. En s’appuyant sur les textes de conservateurs de musée, d’historiens de l’art ou de critiques, « Connaissance des Arts » vous permet de mieux comprendre les chefs d’œuvre et certaines œuvres oubliées.

En Angleterre. Eugène Manet à l’île de Wight (1875) par Berthe Morisot, conservé au musée Marmottan Monet, Paris

Pour la présentation des tableaux de figures de Berthe Morisot au musée d’Orsay en 2019, Sylvie Patry a voulu souligner l’importance des fenêtres et seuils dans l’œuvre de cette artiste impressionniste. L’un de ses textes du catalogue (éd. Flammarion/éditions du musée d’Orsay) explique comment un personnage est souvent confiné à l’intérieur et regarde le jardin à la végétation abondante. « Ces dispositifs spatiaux, ces fenêtres qui s’ouvrent vers l’extérieur et « cadrent », introduisent autant de tableaux dans le tableau qui sont aussi des métaphores de l’acte de voir ».

À LIRE

« Berthe Morisot », musée d’Orsay du 18 juin au 22 septembre 2019, catalogue Flammarion/éditions du musée d’Orsay (300 pp., 39,90 euros).

Cet article Midi et quart, histoire de l’art : En Angleterre. Eugène Manet à l’île de Wight par Berthe Morisot est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Coronavirus : Tajan reversera une part de ses honoraires à la Croix-Rouge

Le monde des ventes aux enchères se mobilise contre le coronavirus. Après la vente de lingots d’or de la maison de ventes Ader du 2 avril, dont une partie des honoraires est reversée aux Hôpitaux de Paris, il y a eu la spectaculaire vente de Piasa des 3, 4 et 5 avril, pour laquelle des galeries, collectionneurs et artistes ont donné des œuvres qui ont recueilli 2,4 millions d’euros, au profit du collectif #ProtegeTonSoignant.
Demain, mercredi 8 avril, la maison Tajan va procéder à une vente d’Arts décoratifs et de design. Prévue initialement le 18 mars, dans ses locaux parisiens de la rue des Mathurins, elle a été transformée, confinement oblige, en vente Live à huis clos, et une partie des honoraires perçus reviendra à la Croix-Rouge pour son dispositif de conciergerie solidaire « Croix-Rouge chez vous », qui permet à des personnes isolées d’appeler 7 jours sur 7, de 8h à 20h, pour avoir du soutien moral de professionnels formés à l’écoute, ou pour commander des produits de première nécessité, alimentaires ou d’hygiène, ensuite livrés par des volontaires de l‘association.

Lampe « Métronome » de Yonel Lebovici , 1984, estimée de 18 000 à 22 000 euros, incluse dans la vente Live à huis clos de Tajan du 8 avril ©Tajan

Un commissaire-priseur en Live

Romain Monteaux-Sarmiento, directeur de la Communication de Tajan, explique comment les choses vont se passer : « Demain, un collaborateur de la maison Tajan va donc venir dans les locaux, seul, pour préparer la console de vente de Tajan Live. Puis, sans le croiser, le commissaire-priseur Pierre-Alban Vinquant, également directeur du département Art moderne de Tajan, viendra tenir le marteau. Il adjugera les lots en fonction des enchères portées en ligne et de celles que les collaborateurs de la maison, confinés chez eux, recevront par téléphone et lui relaieront sur Zoom. »
La part des honoraires qui sera donnée à la Croix-Rouge n’est pas définie d’avance, elle dépendra des résultats obtenus. Ces résultats pourront être conséquents car la vente réunit de beaux lots d’Art Déco et de design. Notamment une commode demi-lune de Ruhlmann, aussi dite « argentier demi-ventre », estimée autour de 50 000 euros, une table basse de Jean-Michel Frank attendue autour de 30 000  euros, une lampe « Métronome » de Yonel Lebovici évaluée autour de 20 000 euros, et deux commodes « Leopardo » de Fonasetti qui devraient partir chacune entre 12 000 et 15 000 euros.

Une des deux commodes « Leopardo » de Piero Fornasetti , années 1990, estimées de 12 000 à 15 000 euros pièce, qui passeront dans la vente Tajan Live à huis clos du 8 avril ©Tajan.

Les miracles du scanner 5D

Le 14 avril, Tajan transformera une autre vente classique en vente Live à huis clos, cette fois consacrée à l’art moderne. Ses deux top lots, un Renoir et un Van Dongen, ont bénéficié d’une technologie avancée, le scanner 5D Artmyn, qui permet d’établir un rapport d’état très précis sur les œuvres en deux dimensions, avec de très bonnes images de détails, en 5D, infrarouge & UV, et des vidéos. « Cette technologie va s’avérer très précieuse à l’avenir, avec le besoin croissant d’envoyer des informations précises à l’autre bout du monde », souligne Romain Monteaux-Sarmiento. Elle est d’ailleurs à l’œuvre pour les « Time sales » de la maison, ces ventes entièrement dématérialisées, qui se déroulent sur plusieurs jours. En particulier la vente de bandes dessinées en cours jusqu’au 15 avril, dont 80% des lots avaient été scannés, ce qui est très apprécié des acheteurs potentiels.

La vidéo au service de l’expertise

Afin de préparer la sortie du confinement et les prochaines ventes, Tajan va bientôt lancer des vidéo-expertises. La période étant propice au tri dans les maisons, voire au rangement des caves et des greniers, les propriétaires d’objets d’art pourront ainsi montrer leurs trouvailles en direct à des experts. Si besoin, il faudra envoyer en parallèle des photos des détails des œuvres, mais le biais de la vidéo permet d’établir un contact humain et de recueillir des anecdotes qui aident à comprendre l’objet ou à établir sa provenance. Un véritable plus.

En savoir plus sur cette action de la Croix-Rouge

Cet article Coronavirus : Tajan reversera une part de ses honoraires à la Croix-Rouge est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Selfie à la Van Gogh ou Klimt dans votre salon : jouez avec l’art sur Google Arts and Culture

Marre du Cluedo, du Monopoly et du Trivial Poursuit ? Laissez un peu de côté les jeux de société pour vous divertir virtuellement avec de l’art. En cette période de confinement, l’application mobile de Google Arts & Culture (disponible gratuitement sur iOS et Android) propose plusieurs possibilités pour s’amuser intelligemment avec des œuvres d’art. Il vous suffit d’un smartphone équipé d’un appareil photo et le tour est joué. Passage en revue des fonctions ludiques qui permettent d’explorer les œuvres des grands maîtres de la peinture tout en passant le temps.

1. Art Transfer : faites d’une photo un chef-d’œuvre

« Prenez une photo et transformez-la en œuvre classique », telle est la promesse de la nouvelle fonction Art Transfer de l’application. En deux temps trois mouvements, votre cliché se pare des caractéristiques d’une peinture iconique de l’histoire de l’art pour devenir une véritable œuvre d’art. Le Cri de Munch, un autoportrait de Van GoghLa Vague d’HokusaiThe Heart of the Univers de Kusama, la Joconde de Léonard de Vinci ou L’Autoportrait d’Andy Warhol, une dizaine de chefs-d’œuvre issus de collections de musées, tels que le MoMa ou la National Gallery à Londres, s’offre à vous.

View this post on Instagram

Expressing my artistic side with #Google's new #artsandculture app and #arttransfer feature! #art #painting #dogsofinstagram #shihtzusofinstagram #shihtzu #edwardmunch #shihtzulove #instashihtzu #dogoftheday #fuzzy

A post shared by Pigg the Shih Tzu (@piggsthetzu) on Apr 2, 2020 at 5:08pm PDT

Plus proche de l’algorithme que d’un simple filtre Instagram, Art Transfer vous réserve de très belles surprises picturales. Le tableau que vous avez sélectionné transforme votre cliché en ajoutant la touche de l’artiste choisi. Le résultat est parfois tant réussi que l’on pourrait prendre votre photo modifiée pour en faire une œuvre du peintre sélectionné. Pour les plus créatifs, il est possible de ne sélectionner qu’une partie de votre photo avec l’outil ciseaux. Cerise sur le gâteau, durant le temps de chargement, l’application vous partage une anecdote sur l’œuvre et son peintre.

2. Art Selfie : à la rencontre de votre double en peinture

Vous avez toujours secrètement rêvé de connaître votre sosie en peinture ? Google Arts & Culture a exaucé votre souhait. Avec Art Selfie, prenez une photo de votre visage et découvrez des portraits qui vous ressemblent plus ou moins. Pour obtenir plus d’informations sur votre sosie, il suffit de cliquer sur l’œuvre pour afficher sa fiche technique. Lors de sa sortie en 2018, de nombreuses personnalités américaines s’étaient prêtées au jeu, comme l’actrice Kristen Bell ou encore le chanteur Josh Groban. L’occasion de faire la connaissance de votre doppelgänger artistique sans quitter votre canapé.

3. Color Palette : une galerie d’art virtuel pour les maniaques des couleurs

Vous trouvez cela trop banal de chercher une œuvre par son titre ou son auteur ? Et si vous recherchiez des œuvres d’art à partir des couleurs d’une photo ? Les curieux et les artistes apprécieront la fonction Color Palette qui permet de classer toutes les œuvres de la base de données de Google Arts & Culture par colorimétrie. Créez ainsi votre musée virtuel à partir de vos couleurs favorites et allez au-delà des cadres spatio-temporels habituels.

4. Art Projector : Le Baiser de Klimt au-dessus de votre cheminée

À l’instar de l’expérience en réalité augmentée de l’opération #ExpoPompéi du Grand Palais, faites entrer les œuvres d’art dans votre salon avec Art Projector. Cette fonction vous permet de contempler les œuvres en taille réelle sans bouger de chez vous, confinement oblige. Le Portrait de Paul Guillaume de ModiglianiLe Baiser de Klimt ou encore La Jeune Fille à la perle de Vermeer, un régal numérique.

View this post on Instagram

我が家のコレクションにフェルメールが加わりました、ってのは嘘でgoogleのarts&culture art projector っていうサービス。自宅に名画があるとこんな風、というお遊びができるAR。で、すごく高精細。ボッティチェリは大きすぎて入らないとかwクリムトも飾れるとかw買うなら手頃なコレとか妄想が広がるwww #いつまでも見てられるやつ #自宅待機にビッタリ #ステムのデザインも選べるといい #フェルメール #真珠の耳飾りの少女 #グーグル #アートアンドカルチャー #vermeer #girlwithapearlearring #google #artsandculture #artprojector

A post shared by Sukegawa Toru (@goroco) on Mar 10, 2020 at 4:01am PDT

5. Pocket Gallery : la Grotte Chauvet de votre chaise

Vous n’êtes pas sans savoir que Google Arts & Culture offre de nombreuses visites virtuelles de musées et sites historiques. Grâce à Pocket Gallery, parcourez des sites archéologiques, des institutions et des expériences en réalité augmentée pour observer au plus près les œuvres d’art. De la Grotte Chauvet à l’exceptionnelle exposition « À la rencontre de Vermeer », en passant par la Rundhaus de Carl Fieger, vivez une immersion artistique totale.

Cet article Selfie à la Van Gogh ou Klimt dans votre salon : jouez avec l’art sur Google Arts and Culture est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

« Être moderne : le MoMA à Paris » à la Fondation Louis Vuitton [Visite Live]

Suivez Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts, au fil des salles de l’exposition « Être moderne : le MoMA à Paris », présentée à la Fondation Louis Vuitton à Paris du 11 octobre 2017 au 5 mars 2018. Cette exposition mettait en lumière l’histoire de passions privées, celles de mécènes-collectionneurs engagés à œuvrer pour le bien public, à s’unir pour doter New York d’un musée d’art moderne digne d’une Amérique qui, au XXe siècle, accède à la première marche des puissances mondiales. Elle exprimait en 200 œuvres réunies la démarche du MoMA, depuis sa création en 1929 : intime et collective, intuitive et raisonnée, définitivement citoyenne, engagée et généreuse.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Dossier spécial : Le triomphe de l’art américain

Cet article « Être moderne : le MoMA à Paris » à la Fondation Louis Vuitton [Visite Live] est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Le musée idéal de Jean-Jacques Aillagon

Ancien ministre de la Culture et de la Communication entre 2002 et 2004, Jean-Jacques Aillagon a été directeur des Affaires culturelles de la Ville de Paris et président du Centre Pompidou. Après son passage rue de Valois, il devient président du Château de Versailles dans lequel il introduit les interventions d’art contemporain. Il est aujourd’hui conseiller de François Pinault dans ses activités artistiques et culturelles et nous livre un musée idéal dans lequel le contemporain se nourrit des œuvres du passé.

Découvrez, dès le 23 avril, le musée idéal de la rédaction dans le magazine de mai 2020 Quelles œuvres mettriez-vous dans votre musée idéal ?
  • Le Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Quarton. J’adore le musée Pierre de Luxembourg à Villeneuve-lès-Avignon car, hormis une Vierge d’ivoire du XIVe siècle, il y a très peu de tableaux.

Enguerrand Quarton, Le Couronnement de la Vierge, 1453-1454, détrempe sur bois, Villeneuve-lès-Avignon, Musée Pierre-de-Luxembourg.

Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans, huile sur toile, 315,45 × 668 cm, Paris, musée d’Orsay

  • LOlympia d’Edouard Manet. Un tableau qui récapitule toute l’histoire de l’art antérieure et ouvre les chemins de la modernité.
Cinq artistes préférés ?
  • Henri Matisse. Surtout celui de la fin et des papiers découpés.
  • Otto Dix. Et tout l’Expressionnisme allemand en général, que la France a longtemps boudé. Il a fallu attendre très longtemps pour que les musées français achètent des œuvres allemandes.
  • Martial Raysse. Dans sa période Pop et Nouveau Réalisme. Ses grands tableaux de plage, en particulier.
  • Raymond Hains. Le côté duchampien de l’art français. Une œuvre tout en jeux, en lettres et en mots.
  • Adel Abdessemed. Pour la force et la violence affectueuse de son travail.

Adel Abdessemed, Shams, 2013 (©Adagp, Paris, 2020)

Votre musée préféré ?
  • Le Prado car c’est un musée de chefs d’œuvre, surtout Bosch, Ribera, Velazquez et Goya. Un musée qui est encore à échelle humaine, qui ne crée pas de frustration par sa taille. Il est également très original et n’est pas interchangeable. C’est là que j’ai croisé pour la première fois Francis Bacon et j’ai suivi sa visite du musée. Un moment inoubliable.

Musée du Prado © Jean-Pierre Dalbéra

Quelle expo, plutôt récente, vous a marqué ?
  • Une exposition du musée Matisse de Nice qui n’a pas été ouverte qu’un mois et que j’ai visitée par catalogue interposé ! « Matisse. Métamorphoses », réalisée avec le Kunsthaus de Zürich autour des sculptures de Matisse. A propos du musée Matisse de Nice, je suis fasciné par le Kouros de plâtre, aux pieds coupés, et que l’on peut relier avec les Dos de Matisse.

« Matisse Métamirphoses », catalogue de l’exposition présentée à la Kunstalle de Zürich et au musée Matisse de Nice.

Pour vous, à quoi sert l’art ?
  • L’art sert à être humain, à exprimer les émotions. L’expérience artistique est inhérente à la condition humaine.
Chaque mois, recevez Connaissance des Arts
dans votre boîte aux lettres
accéder au magazine numérique sur notre liseuse
&
continuez de lire en illimité nos articles sur le Web

Cet article Le musée idéal de Jean-Jacques Aillagon est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Midi et quart, histoire de l’art : L’Origine du dessin par Joseph-Benoît Suvée

Tous les jours, du lundi au vendredi à 12h15, Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts, vous lit et commente la notice d’une œuvre d’art. En s’appuyant sur les textes de conservateurs de musée, d’historiens de l’art ou de critiques, « Connaissance des Arts » vous permet de mieux comprendre les chefs d’œuvre et certaines œuvres oubliées.

L’Origine du dessin (1776-1791) par Joseph-Benoît Suvée, conservé au musée Groninge de Bruges

Comment est né le dessin ? Pline l’Ancien raconte qu’une jeune fille de Corinthe dessina les contours de l’ombre de son bien-aimé, qui se projetait sur un mur, pour en garder une image avant leur séparation. À la fin du XVIIIe siècle, le peintre néoclassique Joseph-Benoît Suvée, contemporain et concurrent de Jacques-Louis David, imagine cette scène mythique en exagérant l’ombre portée des deux amants au point que Victor Stoichita, le commissaire scientifique de l’exposition « Ombres » à la Fondation de l’Hermitage de Lausanne en 2019, la qualifie d’étrange « ectoplasme bicéphale »…

À LIRE

Le catalogue de l’exposition « Ombres. De la Renaissance à nos jours » (éd. Bibliothèque des Arts), présentée du 28 juin au 27 octobre 2019 à la Fondation de l’Hermitage, à Lausanne

Cet article Midi et quart, histoire de l’art : L’Origine du dessin par Joseph-Benoît Suvée est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Le Salon du dessin chez vous : La Goulue de Toulouse-Lautrec

La dernière rétrospective Toulouse-Lautrec, qui s’est tenue au Grand Palais du 9 octobre 2019 au 27 janvier 2020, était intitulée « Toulouse-Lautrec résolument moderne ». Elle voulait insister sur le caractère novateur du travail du peintre et dessinateur originaire d’Albi : « Si l’artiste a merveilleusement représenté l’électricité de la nuit parisienne et ses plaisirs, il ambitionne de traduire la réalité de la société contemporaine dans tous ses aspects, jusqu’aux moins convenables ». Parmi les quelque 225 œuvres exposées, place était faite aux scènes de bordels, aux femmes dénudées et aux scènes de spectacle. Aux côtés des prostituées du Salon de la rue des Moulins et des modèles peu avares de leurs avantages, figuraient les portraits de la danseuse de french cancan Jane Avril (surnommée Jane la folle ou la Mélinite, du nom d’un explosif), la chanteuse Yvette Guilbert (qui se produisait à l’Eden-Concert et au Moulin-Rouge) et Louise Weber. Celle-ci est connue sous le nom de La Goulue, un pseudonyme qui viendrait soit de sa propension à vider tous les verres qui se trouvaient sur son passage, soit au nom de son ami, Goulu Chilapane, qui a découvert son talent.

La Goulue, la blanchisseuse devenue une star du Moulin rouge

En fait, c’est son père qui la pousse, dès l’âge de six ans, à se produire sur la table des invités des noces et banquets. Là, elle danse le chahut, une danse inspirée de la cachucha andalouse, qui devient le chahut-cancan à cause de la ressemblance de certains pas à la démarche du canard, puis le scandaleux french cancan car les danseuses relèvent leurs jupes à mi-mollet et, à partir des années 1890, font « le coup de pied à la Lune » ou « le grand écart debout ».
En 1882, la petite Louise Weber, qui est blanchisseuse de son état, se fait remarquer comme danseuse au Moulin de la Galette. Elle débute au cirque Fernando, puis à l’Elysée-Montmartre, au Bal Bullier et à la Closerie des Lilas, à L’Alcazar. Avec Valentin le Désossé, elle se produit ensuite au Moulin Rouge. Octave Mirbeau en fait une description peu amène : « La Goulue, il faut lui rendre cette justice, est une assez belle grosse fille, épaisse, colorée qui exerce son sacerdoce avec une tranquillité remarquable. Elle plane imperturbable au-dessus de la foule maladive de ses fanatiques ».

Toulouse-Lautrec, La Goulue, mine sur papier, 1892, cachet de l’artiste en bas à gauche, 16.3 x 10 cm, annoté au dos « La Goulue » ©Galerie AB

Croquée par Toulouse-Lautrec

Toulouse-Lautrec la peint alors arrivant au Moulin-Rouge en grande tenue, accompagnée de la Môme Fromage ou en compagnie du photographe Paul Sescau. Décidée à se mettre à son compte dans les fêtes foraines, elle passe commande à Lautrec en 1895 de deux grands panneaux peints pour orner sa baraque de danseuse orientale. Sur ceux-ci, conservés aujourd’hui au musée d’Orsay, on reconnaît Valentin le Désossé, Jane Avril, l’écrivain britannique Oscar Wilde et le critique Félix Fénéon, souvenirs de sa gloire déjà passée.

Henri de Toulouse-Lautrec, Moulin Rouge : La Goulue, lithographie. Wikimedia Commons

Une étude préparatoire 

Le dessin de la galerie AB, daté de 1892, frappé du cachet rouge reprenant les trois initiales de l’artiste en bas à gauche, et passé dans la collection du neveu de Toulouse-Laturec, Gabriel Tapié de Celeyran, a servi à la préparation de la célèbre lithographie de La Goulue, utilisée pour la couverture du recueil de musique du compositeur montpelliérain Auguste Georges Bosc, « La Goulue, valse pour piano », édité en 1894. Celui-ci connaissait bien les deux artistes, La Goulue et Toulouse-Lautrec, puisqu’il a dirigé successivement l’orchestre de l’Elysée-Montmartre et celui du Moulin de la Galette.
Contrairement au dessin initial, où La Goulue figure seule, de dos et en buste, dans la lithographie elle est représentée quasiment en pied, déhanchée et elle est accompagnée de Valentin le Désossé, coiffé d’un haut-de-forme qui verse vers l’avant. Ces deux silhouettes nerveuses sont d’une incroyable modernité. Ils forment un couple soigneusement enlacé, observé de près par un public étonné. Agnès Aittouarès, la directrice de la galerie AB, rappelle d’ailleurs les mots de Jules Lemaître écrits dans « L’Écho de Paris » : « L’harmonie de leurs mouvements est si parfaite que, si vous espérez jamais voir une grâce plus précise unie à une force plus souple, inutile de chercher, vous ne trouverez pas ».

Cette mine sur plomb de Toulouse-Lautrec représentant La Goulue est estimée 65 000€ et proposée à la vente par la galerie AB.
Contact : galerieab@gmail.com

Pour aller plus loin, découvrez notre article exclusif Au plus près de Toulouse-Lautrec

Cet article Le Salon du dessin chez vous : La Goulue de Toulouse-Lautrec est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Le Déjeuner sur l’herbe de Monet : focus sur un chef-d’œuvre

À vingt-cinq ans, au printemps 1865, Claude Monet commence à peindre une toile monumentale (4,65 x 6,40 m), intitulée Déjeuner sur l’herbe, qui devait s’imposer comme le manifeste de la peinture « plein-airiste », neuf ans avant la naissance officielle de l’impressionnisme. L’objectif de Monet est alors double : peindre un sujet moderne (une scène de pique-nique en forêt réunissant douze figures grandeur naturelle) dans un format réservé normalement à la peinture d’histoire et rendre hommage au peintre Édouard Manet, auteur du Bain (rebaptisé Le Déjeuner sur l’herbe en 1867) et qui avait été l’objet de sarcasmes de la part du public en général et de la critique en particulier lors de son exposition à Paris, au Salon des refusés, en 1863.

Claude Monet, Le Déjeuner sur l’herbe, 1866, huile sur toile, 130 × 181 cm. Moscou, musée d’État des beaux-arts Pouchkine.

Les vestiges d’un tableau mythique

Finalement, en 1866, Monet abandonne son projet téméraire et coûteux (trois fois plus grand que Le Déjeuner sur l’herbe de Manet). Il n’en reste que quelques fragments conservés au musée d’Orsay et quelques études faites sur le motif à Chailly (près de Fontainebleau), dont l’une, très poussée, mais de dimensions réduites (1,30 x 1,81 m), conservée à Moscou, au musée Pouchkine. Celle-ci est fidèle au tableau qu’avait imaginé Claude Monet, à quelques détails près.

Deux fragments du Déjeuner sur l’herbe de MOnet conservés au musée d’Orsay à Paris ©Caroline Dubois

Une démonstration impressionniste

Dans la toile définitive, le jeune homme imberbe assis tout au bord de la nappe devait être remplacé par un homme barbu, ressemblant étrangement au peintre Gustave Courbet. L’étude de Moscou donne parfaitement l’impression de la vie en plein air : la lumière agit sous forme de taches — la nappe blanche au milieu de la toile est éblouissante —, les feuilles des arbres vibrent et scintillent. Pour arriver à ses fins, Monet emploie une facture large et libre, créant des contrastes de valeurs inédits. Les personnages (ce sont les amis de Monet qui ont servi de modèles, dont les peintres Frédéric Bazille et Auguste Renoir, ainsi que la compagne du peintre, Camille Doncieux, pour les personnages féminins) s’intègrent à merveille dans le paysage animé par le jeu des ombres et des lumières. La cohérence de la composition est également assurée par la simplicité des poses : les têtes sont délicatement inclinées, les regards se croisent, les gestes communiquent entre eux naturellement. L’effet de spontanéité qui fera le succès des tableaux impressionnistes, est déjà là.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Comment Monet révolutionna la peinture

Cet article Le Déjeuner sur l’herbe de Monet : focus sur un chef-d’œuvre est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Egon Schiele, un trait de génie #1 [podcast]

Dessins érotiques, angoisses existentielles, désir et mort. Avec ses nus impudiques pétris d’angoisse, qui semblaient annoncer, par leur tonalité morbide, les atrocités de la guerre, Egon Schiele  traduisait son refus du carcan moral de la société autrichienne. Retour sur la vie et l’oeuvre de celui qui a su s’imposer comme l’un des grands maîtres de l’expressionnisme.

Pour écouter le second épisode consacré à la vie et l’oeuvre d’Egon Schiele, cliquez ici.

Une émission réalisée à l’occasion de l’exposition « Egon Schiele », présentée à la Fondation Louis Vuitton à Paris du 3 octobre 2018 au 14 janvier 2019. 

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Egon Schiele, fragments d’une vie

Cet article Egon Schiele, un trait de génie #1 [podcast] est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Egon Schiele, un trait de génie #2 [podcast]

Dessins érotiques, angoisses existentielles, désir et mort. Avec ses nus impudiques pétris d’angoisse, qui semblaient annoncer, par leur tonalité morbide, les atrocités de la guerre, Egon Schiele  traduisait son refus du carcan moral de la société autrichienne. Retour sur la vie et l’oeuvre de celui qui a su s’imposer comme l’un des grands maîtres de l’expressionnisme.

Pour écouter le premier épisode consacré à la vie et l’oeuvre d’Egon Schiele, cliquez ici.

Une émission réalisée à l’occasion de l’exposition « Egon Schiele », présentée à la Fondation Louis Vuitton à Paris du 3 octobre 2018 au 14 janvier 2019. 

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Egon Schiele, fragments d’une vie

Cet article Egon Schiele, un trait de génie #2 [podcast] est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

La Loge de Renoir : focus sur un chef-d’oeuvre

C’est l’un des tableaux historiques de l’impressionnisme, présenté dans la célèbre exposition parisienne de 1874 qui donna son nom au mouvement. En novembre de la même année, la toile fut présentée au public londonien par Paul Durand-Ruel mais ne trouva pas preneur.

Élégance au balcon

Quel magnifique double-portrait, pourtant, qui représente une élégante (peut-être une cocotte ?) et un homme, tous deux installés dans une loge de théâtre. Ce divertissement était très à la mode dans la seconde moitié du XIXe siècle, et offrait une occasion au beau monde de se montrer et de se rencontrer. Pour réaliser cette scène, Renoir a fait poser son frère, Edmond, et Nini (parfois cruellement surnommée Gueule-de-Raie) : un modèle montmartrois que le peintre affectionnera. C’est la première fois qu’elle apparaît dans l’un de ses tableaux. Le point de vue adopté est purement fantaisiste car le spectateur se trouve comme de plain-pied avec la loge, pourtant en hauteur puisqu’il s’agit d’un balcon (le bord de la balustrade est bien visible au premier plan).

Pierre-Auguste Renoir, La Loge, 1874, huile sur toile, 80 x 63,5 cm, Galerie Courtauld, Londres ©The Samuel Courtauld Trust

Un manège social

Le peintre joue aussi des oppositions entre les deux personnages : la jeune femme, très jolie et élégamment vêtue d’une robe blanche à rayures noires, pose pour être admirée. C’est elle l’objet de tous les regards, au cœur de l’attention de la société du théâtre. Son compagnon, quant à lui, a porté ses jumelles au visage car il doit être occupé à observer d’autres élégantes dans l’assistance ou les danseuses sur scène. Hypocrisie des mœurs ? Renoir semble se moquer de ce manège social. L’impressionniste, en tout cas, témoigne qu’il est un très grand portraitiste, inscrit dans la tradition des peintres du XVIIIe siècle français qu’il admirait. Tout dans le teint et le vêtement apparaît évanescent et subtil, comme les roses que la jeune femme porte dans les cheveux et au corsage. Cette œuvre fut acquise par Samuel Courtauld en 1925 pour un prix considérable pour l’époque (vingt-deux mille six cents livres). Elle est depuis l’une des pièces majeures de la collection.

Cet article La Loge de Renoir : focus sur un chef-d’oeuvre est apparu en premier sur Connaissance des Arts.

Pages