Actualité artistique

Pieter de Hooch dans la lumière de Vermeer

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On a du mal à croire que les Pays-Bas ne lui aient jamais consacré une exposition. Mais c’est ainsi : Pieter de Hooch (1629- vers ou après 1679) est resté dans l’ombre de la star Johannes Vermeer (1633-1675). D’où l’intérêt de la rétrospective qui se déroule aujourd’hui, et pas n’importe où : au musée Prinsenhof de Delft, la ville où le peintre a réalisé ses plus beaux tableaux. Originaire de Rotterdam, il s’y est établi au début de la décennie 1650. À l’époque, la cité est un centre artistique particulièrement actif. Et même s’il y demeurera seulement une dizaine d’années, c’est là que sa technique atteint son apogée. L’exposition qui réunit une trentaine d’œuvres, prêtées par de prestigieuses institutions internationales, est essentiellement centrée sur la période. Dans un premier temps, de Hooch poursuit son travail, exécutant des scènes de corps de garde, genre alors en vogue. Puis il le délaisse et en invente un autre, les vues de cours de maison et d’intérieurs, qui lui ont valu sa réputation.

Pieter de Hooch, Une femme épouillant son enfant, vers 1660-1661, huile sur toile, 52,5×61 cm, Amsterdam, Rijksmuseum ©Rijksmuseum Amsterdam, on loan from the City of Amsterdam (bequest A. van der Hoop)

Ces tableaux dépeignent la vie ordinaire, montrant des femmes en train de vaquer aux tâches domestiques. Construits en plans successifs, ils donnent l’impression de la profondeur, percés d’échappées lumineuses, que procure le jeu de portes ou fenêtres ouvertes. En arrière-plan, se dessinent souvent les silhouettes des bâtiments emblématiques de la ville, les tours d’Oude Kerk, la Vieille Église, ou de Nieuwe Kerk, la Nouvelle Église. Des changements apparaissent peu après l’installation de l’artiste à Amsterdam, non dans le style mais dans les sujets traités. Il s’adapte en effet à son environnement. Et les modestes intérieurs delftois laissent place à ceux, luxueux de ses nouveaux commanditaires… Tout au long de la visite, on remarque l’élégance de la muséographie, qu’accompagnent de judicieux dispositifs pédagogiques ou numériques, éclairant le propos de l’exposition. Ils expliquent la technique du peintre, sa façon d’élaborer la perspective et de concevoir ses compositions, notamment grâce à la réutilisation de motifs. On comprend également que si certains de ses contemporains l’ont influencé, il en a inspiré d’autres, à commencer par Vermeer. Bien qu’aucun document n’atteste qu’ils se soient fréquentés, c’est néanmoins probable. Tous deux étaient inscrits à la Guilde de Saint-Luc. On peut en tout cas penser que Vermeer a vu les œuvres de son confrère, comme le suggèrent de troublantes similitudes dans les motifs ou les personnages représentés… De toute évidence, Pieter de Hooch mérite de figurer en bonne place dans le panthéon du Siècle d’or hollandais.

Pieter de Hooch, Joueurs de cartes dans une pièce ensoleillée, 1658, huile sur toile, 76,2×66 cm, Londres, The Royal Collection ©Royal Collection Trust/Her Majesty Queen Elizabeth II 2019

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Fine Arts Paris face à son avenir

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Jusqu’ici c’est un sans faute. Fine Arts Paris, salon dédié aux tableaux, aux dessins et aux sculptures, avec un tropisme vers l’art ancien, s’est taillé en deux éditions une réputation flatteuse. Cette année, quarante-six galeries s’alignent au départ, dont dix nouvelles, sélectionnées parmi de nombreuses candidatures. Surprise, trois de ces heureux élus sortent de l’axe « beaux-arts » : les galeries Gilgamesh et Cahn International sont spécialistes de l’archéologie, et la galerie Chevalier des tapisseries. Cette diversification est tout à fait au goût de Xavier Eeckhout, spécialiste de la sculpture animalière du XXe siècle qui signe sa seconde participation. « Fine Arts Paris a vocation à s’ouvrir à plus de spécialités et d’exposants. L’an dernier, de très nombreux musées internationaux et tous les grands collectionneurs français étaient là. Les organisateurs font un travail remarquable. » Il présente des artistes à la réputation établie, tels Lucien Guyot ou Marcel Sandoz, mais aussi de moins connus, ce qui permet de proposer des œuvres à moins de 5000 €. « Je cherche à fidéliser de nouveaux clients, qui parfois n’ont même pas 30 ans », ajoute-t-il. Un renouvellement des générations que constate aussi Franck Baulme, qui présente un tableau XVIIe caravagesque de Georges Lallemant, La Rixe, aux côtés de toiles XIXe de la collection de l’historien d’art Bruno Foucart, disparu l’an dernier. Ses tableaux ont attiré l’an dernier une nouvelle clientèle de cadres. « L’art ancien retrouve son attrait. La bulle spéculative autour de l’art contemporain inquiète. Ces clients découvrent, stupéfaits, que l’on peut acheter pour 10 000 € une œuvre de Jean-François de Troy. »
Est-ce pour attirer cette nouvelle frange de collectionneurs potentiels que le salon mise sur une performance in situ du Street Artist italien Andrea Ravo Mattoni, qui peint à la bombe des détails agrandis de tableaux du Caravage ou de Delacroix ? « C’est un moyen d’attirer de nouveaux visiteurs au salon. Je pense qu’il y a un renouveau du classique, un retour aux valeurs sûres », commente le président de Fine Arts Paris, Louis de Bayser, qui n’est pas hostile à l’idée de faire prendre de l’ampleur à l’événement. De nombreux marchands déclarent miser sur l’avenir de la jeune foire face à une Biennale au destin d’autant plus incertain que le Grand Palais ferme ses portes pour travaux en 2020. Avec davantage d’exposants, il faudrait trouver un jour ou l’autre un site autre que les sous-sols du Carrousel du Louvre. Les organisateurs y réfléchissent déjà.

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