Actualité artistique

Charlie Chaplin et les avant-gardes : entre Body Art et performance

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Si le travail de Chaplin se construit, en apparence, loin de la culture savante, il rencontre pourtant les avant-gardes, voire les devance dans le rôle donné au corps même de l’artiste, autant que dans le processus de création. « Il est son peintre propre, soulignait le critique Louis Delluc dès 1921. Il est l’œuvre et l’auteur à la fois. Il a fait cette chose qui n’est possible qu’au cinéma – le dandysme m’excuse ! – c’est-à-dire peindre, modeler, sculpter à même sa propre chair et son visage, une transposition d’art. » Chaque film de Chaplin – mais on pourrait dire la même chose de Buster Keaton ou d’autres burlesques – donne lieu à une performance physique, où le corps est frappé, plié, tordu, projeté, écartelé, écrasé, où il tourne, court, vole, titube dans une invraisemblable chorégraphie.

Fernand Léger, La Joconde amoureuse de Charlot, in 14 rue du Dragon, n°1 mars 1933, photo : © Musée d’arts de Nantes – C. Clos © ADAGP, Paris, 2019

Et celle-ci est conçue sur le plateau dans l’interaction entre les comédiens et les décors. Chaplin improvisait ses films d’une scène à l’autre, s’affranchissant souvent en route du fil narratif. « Pour une large part, le secret du burlesque n’est autre que celui de la création spontanée, de l’improvisation réduisant à un minimum la distance entre l’idée créatrice et sa réalisation, note le critique Petr Král. Le « contenu » d’un slapstick [court-métrage burlesque], en ce sens, se confond avec le processus même de son tournage : le cheminement où il prend progressivement corps, et dont le film conserve le témoignage. » Ce « sens du spontané et du génie créateur de la réalité » entretient ainsi plus de liens avec le surréalisme ou le jazz qu’avec le tout-venant de la production cinématographique. Il n’est pas jusqu’à l’usage d’objets à contre-emploi, fondés sur l’ambiguïté du langage, qui ne renvoie aux œuvres de Marcel Duchamp ou de Man Ray.

Marc Chagall, À Charlot Chaplin, 1929, Musée National d’Art Moderne, photo : © Centre Pompidou, MNAMCCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat, oeuvre : © ADAGP, Paris, 2019

Signe de la vénération portée au célèbre vagabond, la silhouette de Charlot ouvre le Ballet mécanique, le film réalisé par Fernand Léger en 1924. Celui-ci met en scène un univers de machines, de mouvements rythmiques, où s’affirment, indique l’artiste, « l’objet et sa suffisance plastique ». En opposition avec la vision de Léger, Chaplin fera plus tard, dans Les Temps modernes, la critique acerbe de l’asservissement de l’homme à la machine.

À VOIR

« Charlie Chaplin dans l’œil des avant-gardes »
du 18 octobre au 3 février
Musée d’arts, 10, rue Georges-Clemenceau, 44000 Nantes
www.museedartsdenantes.fr

« Charlie Chaplin, l’homme-orchestre »
du 11 octobre au 26 janvier
Philharmonie de Paris, 221, avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris
www.philharmoniedeparis.fr

Chaplin’s World
2, route de Fenil, 1804 Corsier-sur-Vevey (Suisse)
www.chaplinsworld.com

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Paris accueillera bientôt un nouveau lieu dédié à la photographie historique

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Il n’y a pas photo, les clichés ont le vent en poupe ces derniers temps. Après l’ouverture de l’Institut pour la photographie à Lille et une programmation culturelle forte en expos photo, c’est à présent à Paris qu’un nouveau haut lieu de la discipline fait son apparition. Suite au vote du Conseil de Paris, la Ville a concédé aux agences photographiques fusionnées NDLR/Groupe Photononstop, dirigées par Gilles Taquet et Christian Delannoy, la valorisation et l’exploitation commerciale de deux fonds de photographies historiques pour une période de cinq ans. Le premier concerne le fonds Roget-Viollet, créé en 1938 par Hélène Roger-Viollet et son mari Jean Fischer, qui comporte près de 6 millions de clichés. Légué à la Ville en 1985, il est conservé depuis à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP). Le second est le fonds France-Soir, riche de 6,5 millions d’images également conservées à la BHVP, récupéré par Paris, dans un premier temps, en 1987, lors du déménagement du journal de la rue Réaumour, puis en 2012, au moment de la liquidation du média. Dès 2020, NDLR/Groupe Photononstop mettra en lumière ces fonds dans l’iconique boutique bleue de l’agence Roger-Viollet, située au 6 rue de Seine (Paris VIe), pour y présenter notamment deux expositions thématiques par an, vendre des tirages et proposer des activités de médiation au public.

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Idée lecture : Au pays du prêtre Jean

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Tout au long de la lecture de « Moi, Jeronimo Lobo », on hésite sur la question du statut de ce récit à la première personne du singulier. S’agit-il de la traduction d’un texte du XVIIe siècle racontant l’épopée d’un jésuite portugais partant de Lisbonne à bord d’une caravelle et arrivant, après plusieurs tentatives, à Dancaz pour rencontrer l’empereur Susenyos et participer à la conversion des populations locales ? Ou bien est-ce un roman historique d’aujourd’hui dont l’auteur aurait si bien intégré l’écriture ancienne avec ses expressions désuètes et ses circonvolutions de la pensée qu’on se casse le nez en lisant l’épisode du contournement de l’Afrique par le Cap de Bonne Espérance, la description du port de Goa, la Rome de l’Orient, et l’arrivée au camp élevé du souverain ? L’ouvrage relève bien sûr de la deuxième catégorie mais, en puisant à d’innombrables sources (relations d’époque, cartes, études scientifiques), l’auteur nourrit de maints détails un récit qui aurait pu être trop factuel et nous permet de retrouver la curiosité et le point de vue d’un missionnaire chrétien d’alors. La qualité majeure du récit est l’empathie qui se dégage des paroles ou réflexions de cet « homme de foi torturé entre sa mission et la vie simple et profonde de ces pays africains et orientaux », comme le décrit l’ethnologue José-Marie Bel dans la préface de l’ouvrage. Du coup, on se plonge sans retenue dans cette dangereuse expédition jusqu’aux sources du Nil bleu, on se lie d’amitié avec l’interprète maure Moââd au « nez droit et fort donnant à l’ensemble un air de virilité batailleuse », on frémit au passage du cap de Babelmandel ouvrant sur la mer Rouge. Puis, arrive la rencontre avec l’empereur, qui « s’était attaché à faire vivre ensemble tous ses peuples si différents et avait longtemps veillé à faire respecter une réserve religieuse très politique, tentant de concilier d’un côté le clergé de la religion abyssine et de l’autre la présence catholique dans ce qu’elle représentait d’idées nouvelles et de possibles soutiens armés » avant de se convertir totalement à la parole du Christ. Mais, après de nombreuses batailles pour imposer sa nouvelle religion, l’empereur Susenyos se met à douter. Son rapide rejet de la foi romaine, puis sa mort, s’accompagnent de persécutions lancées par les hommes du vice-roi, son rival, et de sanglantes exactions. Le héros Jeronimo Lobo doit fuir et, après avoir été rançonné, rentre à Lisbonne où il meurt vingt ans plus tard. Avec ses interrogations sur la vie et la mort, sur l’évangélisation et le respect de l’autre, l’ouvrage se révèle être un formidable récit d’aventures, doublé d’une réflexion profondément humaniste.

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L’autre passion de monsieur Pei chez Christie’s

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Pour les Français, le nom de l’architecte Ieoh Ming Pei est synonyme de Pyramide du Louvre. Mais l’architecte, décédé en mai dernier, avait aussi signé le musée d’Art islamique de Doha et l’extension de la National Gallery of Art de Washington. Et Pei était également amateur d’art. Le couple qu’il a formé pendant soixante-douze ans avec sa femme Eileen avait réuni une collection. IIs aimaient l’art impressionniste et moderne, l’art d’après-guerre et contemporain, et l’art chinois du XXe siècle. Leur fille Liane Pei rappelle qu’ils étaient amis avec de nombreux artistes, des architectes, des galeristes et des directeurs de musées. « À chaque fois que nous étions à Paris, nous rendions visite à̀ Zao Wou- ki, que j’appelais toujours  » Oncle Wou-ki « , afin de voir ses dernières peintures. » Christie’s, en charge de disperser ce fabuleux ensemble (qui devrait dépasser les 25 M$), va distiller les œuvres dans ses différents lieux de vente. Paris mettra aux enchères l’art contemporain et d’après-guerre, comme cette œuvre unique, La Brouette, de 1964 (de 350 000 € à 550 000 €) de Dubuffet, réalisée à la demande de ses amis Pei. Figurent aussi un Barnett Newman de 1950, présenté à New York, autour de 10 M$, et Zao, de Zao Wou Ki, proposé à Hong Kong entre 38 et 48 M$HK.

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[Art Tech] Culture, patrimoine et innovations technologiques : quel est le regard des Français ?

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Les principaux enseignements de l’étude

Plus de deux tiers des Français considèrent la culture comme importante dans leur quotidien. Un chiffre plus élevé encore chez les diplômés et les personnes âgés. Mieux, 80 % s’y intéressent et y sont attachés. Chacun reconnaît la diversité de l’offre – théâtres, monuments, expositions, lectures, etc. – même si les activités pratiquées régulièrement restent classiques. Elles ciblent principalement la lecture (livres ou magazines), le visionnage de contenus (films, séries, documentaires) et l’écoute de musique. Des loisirs qu’ils préfèrent pratiquer à plusieurs, en dehors de la lecture. Les Français ont un attachement fort à leur patrimoine. En témoignent les 90 % qui visitent des monuments historiques, dont 22 % près de chez eux et 38 % autour de leur lieu d’habitation et à l’étranger.

Quelle consommation culturelle pour les jeunes ?

Contrairement aux idées reçues, les 18-24 ans sont 75 % à s’intéresser à la culture et au patrimoine et 74 % y sont attachés. Ils manifestent même un intérêt plus conséquent que leurs aînés pour la gastronomie, la décoration, la création audiovisuelle et la mode. Une autre différence majeure avec les générations précédentes est leur consommation de contenus numériques. Ils sont 55 % à écouter de la musique en streaming – dématérialisée sur des plateformes ou applications numériques – contre 28 % pour leurs aînés. Côté contenus vidéos, 39 % affirment regarder régulièrement des séries en streaming contre seulement 8 % pour les plus de 50 ans.

Moulage augmenté à la Cité de l’architecture et du patrimoine ©Jean-Pierre Dalbéra

L’avènement des innovations technologiques

L’étude révèle deux limites à l’accès à la culture : l’éloignement géographique (principalement pour les non parisiens, surtout ruraux) et le coût d’entrée. Deux contraintes que le numérique pourrait pallier. 71 % des Français estiment d’ailleurs que les innovations technologiques en faveur de la culture et du patrimoine sont positives. La majeure partie des 29 % restant déclare ne pas être réfractaire au numérique dans ce domaine mais qu’il tient une place trop importante dans notre quotidien.
Certaines technologies remportent une adhésion plus forte. La réalité augmentée – qui enrichit l’expérience initiale – agrège 61 % d’enthousiastes contre seulement 38 % pour une exposition uniquement digitale. Pour la tranche 18-24 ans, cette demande de nouvelles expériences est plus conséquente : les trois quarts émettent le souhait de participer à une exposition immersive et une visite de monument en réalité augmentée. Toutes générations confondues, la perception envers les nouvelles technologies est d’autant plus positive qu’elle sert l’accessibilité et la compréhension de la culture.

Mona Lisa : Beyond the Glass – XP captures, Courtesy Emissive and HTC Vive Arts

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Podcast : L’art du parfum selon Mathilde Laurent

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Mathilde Laurent est tellement plus qu’un nez. Elle est un cerveau qui sait trier, cataloguer analyser et inventer les odeurs. Elle est ses pieds nus qui dansent dans son bureau au sommet de la Fondation Cartier. Elle est ses cheveux peroxydés de punk raffinée. Mathilde Laurent parle la langue des artisans d’art. Une langue technique et poétique. Une langue de liberté et parfois d’inconscience, une langue d’exigence et parfois d’intransigeance, une langue de passion viscérale et parfois d’abnégation. Mathilde Laurent a le nez au vent et un esprit en escalier. Et ça a commencé par une tasse de thé.

Chaque mois, Connaissance des Arts vous propose
de découvrir un nouvel épisode de
THE CRAFT PROJECT.

Propose des conversations intimes avec des artisans d’art, « The Craft Project » est un Podcast produit par Métiers Rares, studio parisien qui crée des ponts entre les artisans d’art et les marques. Raphaëlle Le Baud, entrepreneur des métiers d’art, va dans les ateliers, à la rencontre ceux qui choisissent de faire apparaître de nouveaux objets sur la planète et consacrent à cette tâche leur corps, leur âme et leur esprit avec technique et poésie.
Du dernier des Mohicans au néo-artisan, The Craft Project cherche à comprendre comment se construit et se vit une vie d’artisan pour parler à nos cœurs de faiseurs, de chercheurs de sens et de rêveurs.

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Un tableau de Botticelli redécouvert à Cardiff

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Il est encore possible aujourd’hui de découvrir des trésors de l’histoire de l’art. Dernièrement, une Vierge à l’Enfant de Sandro Botticelli (1445-1510) a été redécouverte au National Museum Cardiff (Pays de Galles) par l’historien de l’art Bendor Grosvenor et son équipe. Après avoir fait l’objet d’un épisode de la série documentaire anglaise Britain’s Lost Masterpieces sur la chaîne BBC Four la semaine dernière, le tableau peint dans les années 1480 a été installé dans les salles du musée avec pour attribution « Botticelli et son atelier ». Après le legs du tableau à l’institution galloise en 1952 par une certaine Gwendoline Davies, une des plus grandes collectionneuses d’art du Pays de Galles, les experts ont douté de son authenticité et ont rétrogradé l’œuvre au rang de copie. En effet, la présence d’une arche peu ordinaire dans l’arrière-plan de la composition et l’altération des couches de peinture et du vernis assombrissant l’œuvre annihilaient le chef-d’œuvre. Cependant, le tableau, une fois nettoyé puis analysé par le restaurateur et historien de l’art Simon Gillespie, a présenté quelques surprises aux spécialistes. Tout d’abord, il s’est avéré que la tête de la Madone a été peinte spécifiquement à la manière de Botticelli. Les photographies infrarouges ont ensuite révélé des dessins similaires à ceux de l’atelier du maître italien, montrant de nombreux changements au niveau de la position des mains, ainsi que le dessin d’un visage d’homme de profil, resté caché jusqu’alors, réalisé avant que la peinture ne soit terminée. Ces traits dissimulés sous la peinture prouvent que l’œuvre n’est pas une simple copie. « Nous avons dû procéder millimètre par millimètre étant donné la fragilité du panneau et des couches de peinture originelles. Retirer la poussière et l’ancien vernis pour révéler la beauté des traits de la Madone, était comme assister à la renaissance d’un chef-d’œuvre », décrit Simon Gillespie.

Détails des dessins sous les couches de peintures révélés par les photographies infrarouges ©DR

Le restaurateur a également découvert que l’arrière-plan arqué avait été ajouté au début du XIXe siècle par un faussaire, certainement pour dissimuler le fait que ce tableau avait subi une réduction de son format. Après discussion avec le musée, il a été décidé de garder ce fond anachronique pour illustrer l’histoire du tableau. À présent, le National Museum Cardiff espère que les recherches et travaux scientifiques à venir autour de Botticelli aideront à confirmer l’attribution de cette Vierge à l’Enfant. « Clairement, ce merveilleux tableau vient de l’atelier de Botticelli. Botticelli lui-même est probablement responsable de plus qu’une petite partie de l’œuvre. Des études supplémentaires sont nécessaires pour déterminer à quel point et quelles zones de l’œuvre sont de la main du maître », explique Laurence Kanter, conservateur à la Yale University Art Gallery, spécialiste du peintre.

Sandro Botticelli et son atelier, Vierge à l’Enfant, v. 1480, National Museum Cardiff ©DR

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6 expos à découvrir à Londres

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Le monde radicale de Paik

La Tate Modern présente une exposition majeure de l’œuvre de l’artiste coréen Nam June Paik (1932-2006) reconnu pour son utilisation pionnière des technologies émergentes, qui réunit plus de deux-cents œuvres, des premières performances aux installations vidéo à grande échelle. À cette occasion, le musée réactive sa première exposition personnelle, « Exposition of Music – Electronic Television » (1963) et recrée son installation Sistine Chapel, exposée à la Biennale de Venise en 1993.

« Nam June Paik », Tate Modern, jusqu’au 9 février

TV Garden 1974-1977 (2002) installation vidéo d’une unique chaîne installée avec des plantes et des télévisions en couleurs, son Courtesy Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Dusseldorf ©Estate of Nam June Paik

Modèles de Gauguin

Cinquante toiles pour aborder pour la première fois Gauguin côté portraits. À la National Gallery de Londres. Présentée initialement au Musée des Beaux-arts du Canada, cette exposition met en lumière la façon dont ce chef de file de l’avant-garde a renouvelé la pratique traditionnelle du portrait, usant avec beaucoup d’inventivité de techniques diverses : peinture, dessin, gravure, sculpture et  céramique. L’exposition chronologique rassemble des œuvres des années 1880 jusqu’à la fin de la vie de l’artiste, du village du Pouldu en Bretagne à Tahiti et aux Marquises. Elle fait la part belle à ses images (tableaux et sculptures), du célèbre Autoportrait au Christ jaune (1889) à Autoportrait (1903) probablement réalisé peu avant la fin de sa vie à 55 ans.

« Gauguin Portraits », National Gallery, jusqu’au 26 janvier

Paul Gauguin, Les aïeux de Teha’amana (Merahi metua no Tehamana), 1893, huile sur toile, 76.3 × 54.3 cm, The Art Institute of Chicago © The Art Institute of Chicago

Gormley, le corps à l’œuvre

Antony Gormley (né en 1950) investit la Royal Academy of Arts avec une série d’œuvres se mesurant à son architecture, explorant à grande échelle des matériaux organiques, industriels et élémentaires tels que le fer, l’acier, le plomb, l’eau de mer et l’argile. L’exposition met aussi en lumière des œuvres rares des années 1970 et 1980, dont certaines ont amené le sculpteur anglais à utiliser son propre corps comme outil de création, ainsi qu’une sélection de ses carnets de croquis et dessins.

« Antony Gormley », Royal Academy of Arts, jusqu’au 3 décembre

Antony Gormley, Matrix III, 2019, approximativement 6 tonnes de 6 mm de treillis d’armature en acier doux, 7,1 x 9,3 x 15,15 m. Vue de l’exposition « Antony Gormley », Royal Academy of Arts, London © the Artist. Photo: David Parry/©Royal Academy of Arts

William Blake, le rebelle

La Tate Britain de Londres nous plonge dans l’univers du peintre et dessinateur William Blake (1757-1827) et reconstitue la pièce dans laquelle l’artiste dévoila ses œuvres en 1809. Avec plus de 300 pièces, incluant des aquarelles, des tableaux et des gravures, cela faisait vingt ans qu’il n’y avait pas eu une rétrospective aussi vaste consacrée à l’artiste.

« William Blake », Tate Britain, jusqu’au 2 février

William Blake, Newton, 1795-1805 © Tate

Shana Moulton, la Desperate Housewife New Age

Pour sa première exposition institutionnelle au Royaume-Uni, l’artiste américaine Shana Moulton investit la Zabludowicz Foundation, à quelques encablures de Primrose Hill, dans le nord-est de Londres. Dans l’ancien temple protestant qui abrite aujourd’hui la Fondation, Moulton a installé trois zones immersives, qui donnent la mesure d’une pratique mêlant sculptures, installations, vidéos et performances.

« Shana Moulton », Zabludowicz Collection, jusqu’au 15 décembre

Shana Moulton, The Pink Tower and The Waterfall of Grief, 2019., vue de l’exposition à la Zabludowicz Collection, London. Courtesy the artist and Zabludowicz Collection. Photo © Tim Bowditch

De 1939 à 2011, Lucian Freud s’est régulièrement pris pour modèle. La Royal Academy de Londres réunit cinquante autoportraits dans lesquels l’artiste britannique donne un aperçu de sa psyché et de son parcours en tant que peintre.

« Lucian Freud: The Self-portraits », Royal Academy of Arts, jusqu’au 26 janvier

Lucian Freud, Reflection with Two Children (Self-portrait), 1965, huile sur toile, 91 x 91 cm , Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid © The Lucian Freud Archive/Bridgeman Images

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Laurent Le Bon, nouveau président de l’Atelier Calder

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Une pas si nouvelle tête prend la présidence de l’Atelier Calder, situé à Saché en Indre-et-Loire. Laurent Le Bon a été élu par le conseil d’administration de l’association pour l’animation du lieu de résidence et de création artistique. Le conservateur général du patrimoine cumulera ainsi son poste de président du Musée Picasso-Paris, qu’il occupe depuis la réouverture de l’institution en 2014 avec celui à l’Atelier Calder. Avant cela, Laurent Le Bon a été inspecteur de la création artistique à la délégation aux arts plastiques du ministère de la Culture puis conservateur au Centre Pompidou en 2000. En 2008, il a pris la direction de l’association de préfiguration du Centre Pompidou-Metz avant de devenir le directeur du Centre national d’art et de culture décentralisé à Metz deux ans plus tard. Laurent Le Bon succède à Alfred Pacquement, l’ancien président du musée national d’art moderne, qui reste toutefois président d’honneur de l’Atelier Calder.

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Idée lecture : Derrière les œuvres

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Ce n’est ni le premier ni le dernier livre voulant nous faire découvrir le sens caché de la peinture… Mais il est bien fait. Dans un format agréable, il regroupe deux cents œuvres formant un « panorama  de l’art » du Moyen Âge à la fin du XXe siècle, de Giotto à Jean-Michel Basquiat. Presque chaque œuvre est traitée de la même manière : un texte resituant l’artiste et l’œuvre dans la carrière de celui-ci, une explication du tableau, accompagnée de détails commentés ou de photographies d’œuvres antérieures ou à mettre en relation. Où l’on apprend que l’homme blessé qui gît au sol dans la Bataille de San Romano d’Uccello (vers 1438-1440) serait le premier raccourci de l’histoire de la peinture, que la Nature morte au Cupidon de Cézanne fourmille de symboles sexuels, que les couleurs kaki et gris des Bosquet de Brice Marden viennent de feuilles d’olivier observées à Hydra. Parfait pour les longues soirées d’automne.

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Archi-seuls à la Biennale d’Orléans

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Pour sa deuxième édition, la Biennale d’architecture d’Orléans explore à travers le prisme du construit les paysages de la solitude. Et rarement solitude aura été si peuplée, puisque se déploient en divers lieux de la ville une pléthore de propositions articulées autour de deux grandes expositions au Frac Centre-Val-de-Loire. La première résulte d’une invitation lancée à la collection du MAXXI, le musée d’architecture italien. Une sélection de projets est mise en regard du travail de Martino et Karen Lohrmann, intitulé Waiting Land, où ils documentent le paysage de l’Italie dessiné par des constructions inachevées réalisées sans règlementations, ni « règles de l’architecte ». La seconde exposition, « Homo faber : un récit », révèle Günther Günschel (1928-2008). Infatigable expérimentateur, l’architecte allemand a laissé d’innombrables esquisses, où les volumes géométriques issus de ses maquettes ou études architectoniques, étaient transposés dans des paysages sauvages. La Biennale se projette aussi sous d’autres latitudes : en Algérie avec la monographie consacrée à Fernand Pouillon (1912-1986), au Mexique ou encore au Brésil. À côté de l’exposition de l’œuvre de Lina Bo Bardi (1914-1992), le travail du groupe Arquitetura Nova, dans les années 1960, rappelle l’implication de ces architectes dans la construction d’un projet émancipateur face à la dictature. Un autre collectif brésilien, USINA_Ctah, engagé depuis les années 1990 dans la planification communautaire, poursuit à sa façon ce combat… collectif.

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L’abstraction boréale d’Anna-Eva Bergman à Caen

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En 2011, Anna-Eva Bergman (1909-1987), artiste abstraite et épouse du peintre Hans Hartung, est propulsée à nouveau sur la scène internationale grâce à une monographie publiée par Les Presses du Réel. Depuis, sa production est régulièrement montrée en France comme à l’étranger sous l’impulsion de Christine Lamothe, experte de Bergman. Cette fois-ci, et après l’exposition d’Éric de Chassey( au château de Fontainebleau dans le cadre du Festival d’histoire de l’art 2019), le choix de révéler au public des œuvres de Bergman inspirées par les territoires limitrophes de l’Océan glacial arctique revient à Emmanuelle Delapierre, conservatrice-directrice du musée des beaux-arts de Caen. L’enjeu de cette exposition (qui n’est pas une rétrospective) est passionnant, autant sur le plan de l’histoire de l’art, de l’abstraction, des artistes femmes, que sur le plan des territoires sauvages perçus comme sources majeures de création.

Vue de l’exposition du musée des beaux-arts de Caen ©Fondation Hartung Bergman

Le voyage initiatique

Dans le cas de Bergman tout commence en 1950. Cette année-là, en célibataire, l’artiste entreprend un voyage au nord de la Norvège, du 24 juin au 8 juillet, à bord du navire le Brand V. Son périple la conduit successivement à Bodø, à Svolvær, dans le détroit de Risø, aux îles Lofoten, à Tromsø, au cap Nord, puis dans le Finnmark, en camion jusqu’à Karasjok, à la frontière finlandaise. Soit un voyage de rêve pour tous ceux et celles, comme Bergman, aimantés par la beauté de la nature grandiose et par le soleil de minuit. Là-haut, Bergman se contente d’observer. Elle ne peint pas sur place, ce qu’avait réussi à faire cinquante ans plus tôt une autre femme de tempérament, précisément aux Lofoten, la Suédoise Anna Boberg (1864-1935), adepte de post-impressionnisme. Comme tous les peintres abstraits des années 1950, Bergman, elle, peint de mémoire, à son retour, dans un atelier.
Contrairement encore à la peinture d’Anna Boberg, celle de Bergman des années 1950-1951 ignore tout effet de sidération face à la nature du grand Nord. Bergman nous plonge, elle, dans un monde imaginaire chaotique bien que suscité par un environnement boréal. On y découvre pêle-mêle des images surréalistes relevant de l’inconscient, d’autres font penser aux gravures rupestres préhistoriques (allez savoir si Bergman connaissait déjà celles d’Alta, au Finnmark ?). Dans toute la série de tempera et encre de Chine sur papier sans titres et datée 1950 par exemple, Bergman illustre un monde originel, empli d’esprits, de croyances et de rites mystérieux. Sa fantaisie « ésotérique » semble illimitée. Elle adopte comme champ d’expérience la nature âpre et dévastée par la Seconde Guerre mondiale du Finnmark pour en faire une sorte de cataclysme atmosphérique. À moins qu’il ne s’agisse volontairement de la genèse d’une planète inconnue pour une peinture à réinventer ? Ainsi, ses tableaux de petits formats laissent-ils parfois deviner des paysages lunaires où la mer escalade les crêtes couvertes de nuées, où le ciel s’entrouvre comme déchiré par une succession d’éclairs multicolores. Bergman semble nous raconter ailleurs la création de l’univers ou bien une solitude inviolée où l’on est surpris de voir apparaître des formes immatérielles non identifiables à quelques exceptions près : ces dernières œuvres sont réalisées un an après son retour : N°27-1951 Phare (Conventions) et N°20-1951 Citadelle noire macabre. De cette production issue de son premier voyage dans le nord de la Norvège, on retiendra encore des motifs qui deviendront obsessionnels chez Bergman (la lumière, l’horizon, l’astre, le rocher, le signe cabalistique) et une couleur surtout : l’or (N°4-1951 Inconscient cosmique. Statique).

La lumière de l’infini

Quatorze ans plus tard, en couple avec son mari Hans Hartung, Bergman entreprend un second voyage en Norvège du Nord par l’Express Côtier, jusqu’à la frontière soviétique, au-delà du cap Nord (10-29 juin). Une partie du périple se fait dans un petit avion, d’où il est possible de photographier les îles le long du littoral. Quelles stratégies visuelles et plastiques Bergman saura-t-elle mettre en place cette fois-ci pour réactiver le genre du paysage, alors que le minimalisme apparu aux États-Unis au début des années 1960 s’impose dans le champ de l’art contemporain en réaction au lyrisme pictural ? L’emploi de feuilles de métal or et argent dans ses peintures est une réponse essentielle. Cette nouvelle pratique aboutie notamment – aidée de photographies et de carnets de voyages remplis de notes et de dessins – à une série d’horizons de grand format.

Hans Hartung, Minox 35-14, 1964, Cap Nord ©Fondation Hartung Bergman

Dans N°31-1965 Finnmark, ceux et celles qui ont fait l’expérience du nord de la Norvège reconnaîtront sans peine les rochers si caractéristiques de la région, où le sol n’est jamais ferme : il se soulève en âpres boursouflures dont les flancs spectraux se décomposent en fragments prismatiques et arêtes tranchantes. N°2-1966 Finnmark Hiver (Hiver horizon du Nord) est, lui, un paysage saupoudré d’une poussière de terre apportée par les vents du large, un semblant de végétation. La nuit est ici perpétuelle, mais les clartés lunaires ne la rendent pas totalement sombre. C’est magique. Accroché dans la même salle du musée, N°12-1967 Grand Finnmark rouge nous confronte à l’été boréal, période durant laquelle des plantes insolites se couvrent de végétations étranges aux couleurs violentes.
La feuille de métal est également utilisée par Bergman dans d’autres séries marquées d’un motif singulier. Inspirée des gravures rupestres peut-être, la barque apparaît comme un symbole fort. L’artiste en fait un vaisseau fantôme. Silencieusement, il glisse à travers des eaux invisibles à moins que nous ne nous trouvions carrément dans l’Espace ? N°12-1964 Barque II, symbole d’une traversée non accomplie, illustre l’évocation d’un passage vers un autre monde (d’où le titre de l’exposition à Caen). Ici, la barque étincelle comme une pépite d’or : elle se dirige vers la clarté d’une lumière mystérieuse. N°32-1971 Barque noire renvoie davantage à une exploration de l’inconscient. N°20-1978 Barque noir sur fond rouge, sous une lumière plus énigmatique, de son côté, laisse imaginer une traversée plus heureuse de l’existence.

Vue de l’exposition du musée des beaux-arts de Caen ©Fondation Hartung Bergman

Le parcours de l’exposition procède d’une même mise en scène aérée pour les séries consacrées à la montagne et à la mer, réalisées, comme toutes les autres, au retour du voyage. N°34-1965 Montagne sombre, sous la lourde terreur des menaces du ciel, évoque la désolation des frontières naturelles du monde terrestre, aux portes de l’inconnu, où cligne encore le soleil de minuit. Dans N°36-1965 Falaise, on perçoit la silhouette cristalline de l’iceberg ou du glacier vertigineux. N°4-1967 Montagne transparente, autre pièce maîtresse de l’exposition, fait songer à un glacier colossal qui miroite au soleil polaire teinté de rose. Par merveille, sa matière translucide s’irise en girandoles de cristaux gigantesques. Accroché tout près, N°46-1966 Mer avec rochers (Mer de Norvège avec îles) rassemble, lui, des îlots perdus où la nature a tout accumulé pour en repousser l’homme. N°65-1966 Petit océan, enfin, est l’interprétation abstraite d’une mer plus ou moins agitée, libre de glace en raison de courants sous-marins.

N°20-1979, Paysage nordique, acrylique et feuille de métal sur papier marouflé sur panneau de bois, 11.2 X 13.8 cm ©Fondation Hartung Bergman

Une abstraction métaphysique

Les différentes étapes de la recherche artistique de Bergman dépassent en fait la dimension purement technique de la feuille de métal. Ni minimaliste, ni lyrique, ni analytique, la tendance à l’abstraction de Bergman est d’ordre spirituel comme chez le peintre américain d’origine lettone Mark Rothko (1903-1970). L’abstraction métaphysique que représente la Norvégienne est directement inspirée par le monde boréal. Le second et dernier voyage au cap Nord est pour l’artiste l’occasion de combler une quête d’absolu. Pour preuve sa série des nocturnes. Si N°1-1967 Fjord nous confronte à un sommet inaccessible revêtu de glace frangée de neige, et N°2-1968 Fjord à une falaise majestueuse d’un bleu luisant, festonnée de dentelures presque géométriques, l’invitation à la contemplation est une évidence. Que ce soit d’ailleurs dans le silence des longues nuits (N°12-1968 Nuit arctique) ou aux heures le plus tragiques (N°16-1968 Paysage nuit).
N°23-1981 Entre les deux montagnes est sans doute le chef-d’œuvre de l’exposition qu’il faut absolument voir. Dans cette toile monumentale (150 x 300 cm), on peut y découvrir la féerie prodigieuse de la nuit arctique qui laisse deviner la grande lune pâle et son halo. Bergman éclaire sans ombre véritable le crépuscule lumineux. Le fjord évoque l’arène d’un Colisée grandiose sur les parois duquel erre la clarté diffuse issue des deux astres du jour et de la nuit. La lumière est partout et l’ombre nulle part. Le glacier brillant, pris entre les montagnes, s’échelonne à perte de vue, monte comme un escalier jusqu’à l’immensité du ciel. L’émerveillement est presque aussi fort devant le diptyque plus intime formé par N°17-1968 Paysage jour et N°16-1968 Paysage nuit, deux toiles accrochées côte à côte dans une salle mitoyenne.

N°23-1979 Cap II, acrylique et feuille de métal sur papier marouflé sur panneau de bois, 11.2 X 13.8 cm ©Fondation Hartung Bergman

Les dernières œuvres de Bergman exposées dans l’Atrium du musée produisent-elles le même effet mystique ? Si l’on scrute la série des « Mini-peintures » (15,5 x 11,5 cm) sous un éclairage favorable (ce qui n’est pas toujours le cas à cause d’une présentation de type « White Cube » systématique), on y découvrira encore la marque de fabrique d’une artiste liée à la nature et au spirituel : une mystérieuse phosphorescence par-delà les brumes et les brouillards, les lueurs fugitives, les premiers rayons du jour, l’approche d’une éclaircie, les limpidités de l’atmosphère, l’air glacé d’un crépuscule arctique… N°21-1978 Hiver, jour 1 nous replonge dans la désolation des neiges, N°54-1978 Trois soleils III renvoie l’image d’astres rosés comme de la chair, N°20-1979 Paysage nordique, diablement romantique, apparaît comme le clin d’œil le plus probant à Caspar David Friedrich. À moins que ce ne soit N°23-1979 Cap II, rocher fantôme suspendu au-dessus d’une mer d’argent, où l’aurore boréale irise ses derniers feux sur une muraille de lazulite.
De 1950 à sa mort, c’est donc bien dans l’intimité et dans la contemplation de la nature que Bergman prend conscience de sa place à côté des plus grands dans l’histoire de la peinture abstraite occidentale.

N°21-1978 Hiver – Jour I, acrylique et encre sur carton marouflé sur panneau de bois, 11.7 X 15.4 cm ©Fondation Hartung Bergman

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Nouveau Talent : Les jeux d’écritures de Guillaume Pinard

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Au commencement était le verbe ! Avec humour, Guillaume Pinard y voit aussi une fin (entendons une finalité). Passionné du langage, l’artiste nantais établi à Rennes en décortique les sens à demi cachés, les faux-semblants… Conjuguant peinture et écriture, il éditera de nombreux ouvrages tel un livre pour enfants aux savants coloriages, un texte traitant du faux en art, jusqu’à sa première monographie, Du Fennec au Sahara, qui traverse son œuvre en déployant la pensée et la pratique d’un artiste qui ne s’enferme ni dans une touche ni dans un genre. Ainsi découvre-t-on un peintre qui fuit les styles, ou plutôt les adopte tous pour mieux s’en affranchir. Portraitiste et paysagiste, vidéaste et sculpteur, copiste virtuose, Guillaume Pinard organise, dans les aplats colorés de ses toiles, un jeu d’échos et d’associations faisant de sa production un immense cadavre exquis. « Les premières choses que j’ai regardées, ce sont les pages illustrées des dictionnaires », confie-t-il comme on avoue un forfait. Car si les mots sont au centre de ses intérêts, ils sont également les clés d’une liberté rabelaisienne, revendiquée, sexuée et omniprésente dans son œuvre. Une multitude de références s’y croisent sans hiérarchie, s‘appuyant sur ses « objets » de désir : des encyclopédies aux bandes dessinées, des héros de l’enfance aux maîtres du passé… « Ce qui me plaît avec la peinture, c’est que c’est un travail de couches », lance, ironique, l’artiste et enseignant à Rennes, qui semble délivrer pour leçon de ne jamais se prendre au sérieux. Ses provocants nus à la Renoir en sont l’exemple cru. Réfutant toute possible répétition, Guillaume Pinard se livre à un travail introspectif, critique et radical. « Toute œuvre est un visage et c’est à ce vis-à-vis que je veux pouvoir me confronter », conclut-il. Aveu ou devise ?

Guillaume Pinard en bref…

1971
Naissance de Guillaume Pinard à Nantes.

1996
Diplôme de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Rennes.

2009
Résidence au Domaine départemental de Chamarande.

2010
Exposition « Fantasmagoria » au musée des Abattoirs de Toulouse. Présente OTTO au Portique, lors de la Biennale d’art contemporain du Havre.

2012
Enseigne à l’École européenne supérieure d’art de Bretagne, Rennes.

2015
Expositions « Du Fennec au Sahara » à la Chapelle du Genêteil de Château-Gontier, et « Un trou dans le décor », au Quartier de Quimper.

2018
Lauréat du prix de la Fondation Colas avec une œuvre qui sera exposée en novembre 2019.

2019
Expositions à la galerie Anne Barrault à Paris, et aux Ateliers Madoura de Vallauris.

À VOIR

Exposition « Nina Childress & Guillaume Pinard »
du 19 novembre au 18 janvier
École des Beaux-Arts, 2, allée Frida-Kahlo, 44263 Nantes
www. beauxartsnantes.fr
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Site Web de l’artiste
ddab.org/fr/oeuvres/Pinard

À LIRE

Du Fennec au Sahara, Les Presses du Réel, 2019 (144 pp., 25 €), monographie sous forme d’un entretien mis en regard de ses œuvres.
Un art sans destinataire, par Guillaume Pinard, 2012, éd. Semiose/Le Parvis (24 pp., 5 €).

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