Actualité artistique

Le Maharajah d’Indore, prince des arts décoratifs

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Le Maharajah d’Indore est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands mécènes du design moderne. Son intérêt pour l’art du commence dès son plus jeune âge. En 1929, il a 21 ans lorsqu’il a l’idée de construire et d’aménager son palais à Indore. Au palais Manik Bagh, toute première construction moderniste de l’Inde, il conçoit un décor avant-gardiste qui rompt avec le décor traditionnel des palais utilisés pour les cérémonies officielles. Luxe, confort et modernité sont les maîtres mots de ce projet confié à l’architecte berlinois Eckart Muthesius. Vingt créateurs, parmi lesquels Eileen Gray, Le Corbusier ou encore Jean Puiforcat, sont sollicités pour créer son décor.

Souvenirs d’une œuvre d’art totale

Aujourd’hui, le Palais est propriété de l’État Indien. Seuls les administratifs sont invités à pouvoir le contempler de l’intérieur. Il est quasiment entièrement dépossédé de son mobilier et de sa décoration, à l’exception de quelques éléments dont certains luminaires de Muthesius et le panneau en verre d’André Hunebelle créé pour la salle de bal. Le temps d’une exposition, le Musée des Arts décoratifs à Paris redonne vie à cette demeure mythique et met en lumière ses œuvres iconiques.

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Toulouse-Lautrec : 4 œuvres pour plonger au cœur des nuits parisiennes

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Paris, ses théâtres, ses cabarets, ses maisons closes, est le monde au cœur duquel s’épanouit l’art de Toulouse-Lautrec, auquel le Grand Palais consacre actuellement la première exposition monographique en France depuis 25 ans. Entouré d’un groupe d’amis, l’artiste découvre les séductions de la nocturne, des Champs Élysées aux Grands Boulevards et à Montmartre. Le monde interlope de la Butte devient son univers d’élection. Il est l’ami d’Aristide Bruant, chansonnier à la voix rauque qui rudoie les clients de son cabaret Le Mirliton. Il fréquente les cafés-concerts, les bals, le cabaret du Chat noir fondé par le chansonnier Rodolphe Salis, avec son fameux théâtre d’ombres. Il fréquente le cirque Fernando, plus tard le Nouveau-Cirque où se produisent Footit et Chocolat. On va « à l’Élysée », le bal de l’Élysée-Montmartre, pour voir La Goulue dans le quadrille naturaliste, danse canaille qui fait lever haut ses jupons, révélant la blondeur de son anatomie à peine voilée d’une mousseline aérienne… Feux de la rampe, volutes de tabac, absinthe, visages et corps de femmes, danses endiablées, nuits blanches, l’univers de l’artiste se construit au gré de ses rencontres.

1. Au Moulin Rouge avec La Goulue, la reine du french cancan

En 1895, la reine du french cancan commence à décliner. De son vrai nom Louise Weber, La Goulue quitte le Moulin Rouge, où elle connut son here de gloire, pour proposer un spectacle de danse à la Foire du Trône. Elle sollicite alors Toulouse-Lautrec et lui commande deux panneaux décoratifs destinés à orner sa baraque foraine. En résultent ces deux œuvres monumentales, dont le graphisme évoque celui de ses plus belles lithographies. Intitulée La Danse au Moulin Rouge (dite aussi La Goulue et Valentin le Désossé), la composition de gauche est librement inspirée de celle de la toute première affiche de Toulouse-Lautrec produite pour le Muoulin Rouge en 1891 (avec le couple principal au centre, les spectateurs en arrière-plan, mais dans un style moins japonisant). L’œuvre est dominée par des camaïeux de gris et de beiges, que viennent rehausser le vert et le rose des vêtements de La Goulue, le blanc de ses froufrous faisant écho à celui des lampions. À son côté, la silhouette dégingandée de Valentin le Désossé, presque transparente, a quelque chose de spectral. Entre La Goulue et l’homme corpulent positionné complètement à gauche, main derrière le dos, apparaît la danseuse Jane Avril, coiffée d’un chapeau à plumes.

Toulouse-Lautrec, La danse au Moulin Rouge ou La Goulue et Valentin le Désossé, panneau pour la baraque de La Goulue à la Foire du Trône de Paris, 1895, huile sur toile, 298 x 316 cm, Paris, musée d’Orsay © Rmn-Grand Palais (musée d’Orsay)/Hervé Lewandowski

Le second panneau décoratif, La Danse mauresque (dit aussi Les Almées) est une évocation du spectacle de danses orientales proposé par La Goulue à la Foire du Trône (en levant la jambe si haut, elle semble pourtant plus proche du quadrille que de la danse du ventre…). L’ex-star du Moulin Rouge est entourée de musiciens, dont un vigoureux pianiste à gauche et une joueuse de tambourin assise à droite. Certains spectateurs du premier plan ont pu être identifiés, dont Oscar Wilde (de dos, esquissé en quelques traits et coiffé d’un haut-de-forme), et le critique d’art Félix Fénéon (de trois quarts, en bas à droite de la composition, vêtu d’une chemise à carreaux). Destinées à être éphémères, ces deux œuvres ont été sauvées de la destruction par le collectionneur Georges Viau, qui en fit l’acquisition en 1900.

2. La chanteuse Yvette Guilbert croquée sur le vif

Celle qui se disait « timide à la ville et audacieuse à la scène » a été « croquée » à de multiples reprises par Toulouse-Lautrec, lui inspirant ses seules œuvres véritablement à la frontière de la caricature. « Pour l’amour du ciel, ne me faites pas si atrocement laide ! Un peu moins !… », dira Yvette Guilbert (1865-1944) à l’artiste, après avoir vu son projet d’affiche annonçant le programme 1894-1895 du café-concert Les Ambassadeurs. Toulouse Lautrec observe et dessine la chanteuse depuis 1890, date à laquelle il la voit pour la première fois en scène, au Divan japonais. Curieusement, il ne la rencontrera que deux ans plus tard, par l’entremise du compositeur et écrivain Maurice Donnay. Alors au faîte de sa gloire, elle s’est déjà produite, entre autres, à l’Eldorado, à l’Éden-Concert, et au Moulin Rouge. Il la représente sous toutes ses coutures, de face, de profil, debout, en buste, la tête levée…, et lui consacrera même deux albums de lithographies, l’un, composé de seize planches, pour accompagner un texte du critique Gustave Geffroy (1894), l’autre, riche de neuf lithographies, illustrant les plus grands succès de la chanteuse (en 1898).

Toulouse-Lautrec, Yvette Guilbert chantant Linger, Longer, Loo, 1894, peinture à l’essence sur papier marouflé sur toile, 58 x 44 cm, Moscou, Musée d’État des beaux-arts Pouchkine © Musée d’Etat des beaux-arts Pouchkine, Moscou

Dans Yvette Guilbert chantant Linger, Longer, Loo, Toulouse-Lautrec atteint un sommet de réalisme expressif, en usant d’un minimum de moyens et d’effets. Le personnage est réduit à l’essentiel : sa tête, ses longs gants noirs qui le rendent immédiatement reconnaissable, quelques traits pour esquisser son corps et matérialiser l’idée de son vêtement, en suggérer les volumes. Le décor est inexistant, la figure se détachant d’un support laissé vierge. Seul le visage de la chanteuse semble pleinement abouti. Comme à chaque fois qu’il la dépeint, les traits sont accusés, le teint très pâle – qui contraste avec les mains croisées sous le menton – sous l’importante chevelure, les mimiques soulignées, exagérées comme le rouge de ses lèvres. Plus qu’un portrait, Toulouse-Lautrec peint une posture, l’instant fugace d’une attitude.

3. Scène de maison close

Toulouse-Lautrec, Au salon de la rue des Moulins, 1894, fusain et huile sur toile, 110 x 130,5 cm, Albi, musée Toulouse-Lautrec © Musée Toulouse-Lautrec, Albi, France

Toulouse-Lautrec a réalisé plus d’une cinquantaine d’œuvres, peintures, dessins et lithographies, sur le thème des maisons closes, qu’il fréquente assidûment jusque vers 1895, période où s’amorce le déclin de ce type d’établissements. Il se rend fréquemment aux bordels des rues de Steinkerque et d’Amboise, et surtout à celui du 24 de la rue des Moulins. Il connaît la patronne, et les filles qui y travaillent. Il est client, mais pas seulement. Il noue des liens affectifs, amicaux avec certaines des pensionnaires.
Ce tableau de 1894 constitue sans doute son grand chef-d’œuvre sur le sujet, en tout cas le plus abouti. Il résulte d’une multitude de croquis et d’études préparatoires, dont une esquisse au pastel. À la différence de la série lithographique Elles, où il réalise des portraits individuels et intimistes des jeunes femmes, Toulouse-Lautrec se livre à une composition de groupe. Dans le faux luxe d’un salon au décor de miroirs, de lambris et de moulures, des filles attendent. L’artiste fixe un moment précis, presque figé. On ne voit aucun client. Décentrée, la composition associe deux groupes de personnages, avec deux femmes à l’arrière-plan, à gauche, et trois autres qui occupent l’essentiel de la partie droite de la toile. L’effet de profondeur est donné par la ligne diagonale qui traverse le tableau, des deux figures du fond à l’extrémité de la jambe gauche tendue de la jeune femme assise sur le divan du premier plan.
Cette dernière – une prostituée dénommée Mireille – est tournée vers la tenancière de la maison, figure hiératique, vêtue d’une longue robe fermée jusqu’au col, qui semble elle aussi perdue dans ses pensées. Toulouse-Lautrec dépeint une somme de solitudes. Les personnages ne se parlent pas, ne se regardent pas. Le seul véritable mouvement de cette composition silencieuse est insufflé par la figure féminine debout à l’extrême droite, à demi-coupée, qui soulève ses jupons. Même si elle semble avoir été saisie sur le vif, cette scène au cadrage photographique a été longuement travaillée en atelier.

4. La danse envoûtante de Loïe Fuller

Dans l’iconographie de Toulouse-Lautrec, les femmes occupent la plus belle place. Jane Avril, La Goulue, Yvette Guilbert bien sûr, mais aussi l’Américaine Loïe Fuller (1862-1928). D’abord comédienne et chanteuse, elle révolutionnera la danse en créant un spectacle inédit aux Folies Bergère, en novembre 1892. Selon la principale intéressée, l’idée de ce tourbillon hypnotique de voiles pris dans la lumière électrique des projecteurs serait née par hasard, en essayant un costume de théâtre : « Ma robe était si longue que je marchais constamment dessus, et machinalement je la retenais des deux mains et levais les bras en l’air, tandis que je continuais à voltiger tout autour de la scène comme un esprit ailé. Un cri jaillit soudain de la salle : un papillon ! un papillon ! Je me mis à tourner sur moi-même en courant d’un bout de la scène à l’autre et il y eut un second cri : une orchidée ! », racontera plus tard Loïe Fuller dans ses mémoires (Quinze ans de ma vie, 1908).

Toulouse-Lautrec, Miss Loïe Fuller, 1893, lithographie, quatrième pierre de la robe tirée en jaune et rouge, 36,8 x 26,8 cm, Paris, Bibliothèque nationale de France © Bibliothèque nationale de France

Aux Folies Bergère, Toulouse-Lautrec est fasciné par l’originalité, la liberté, la modernité de ce que propose la danseuse américaine. Son corps et les voiles qu’elle agite au bout de longues tiges ne font qu’un. Tout n’est que mouvements, jeux de transparences, effets de lumière et de couleurs, démultipliés par un dispositif de miroirs. Le spectacle va lui inspirer trois peintures, réalisées en 1892-1893 : deux huiles sur papier et une huile sur carton, intitulée Miss Loïe Fuller aux Folies Bergère. Cette dernière préfigure une série de lithographies exceptionnelles. Toulouse-Lautrec cherche alors les moyens plastiques qui lui permettront de traduire la magie de cette envoûtante danse serpentine. Pour en rendre les effets colorés et lumineux, il décide de retravailler chaque tirage de son estampe à l’aquarelle. La couleur est apposée sur le papier à l’aide d’un coton, de la poudre d’or est ensuite ajoutée. Au final, chaque lithographie est différente de la précédente, et constitue une œuvre unique, au même titre qu’un tableau.

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11 records de ventes aux enchères en 2019

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Dans les salles de ventes aux enchères, les années se suivent et ne se ressemblent pas. Si 2018 avait été marqué par le record historique du Salvator Mundi, oeuvre présumée de Léonard de Vinci, et par le happening rafraîchissant de Banksy avec l’autodestruction programmée de son oeuvre Petite fille au ballon rouge, 2019 brille par la variété de ses belles découvertes. De la peinture byzantinisante de Cimabue avec son tableau Dérision du Christ, vendu par Actéon, au Street Art de Banksy et son Parlement des Singes, en passant par l’inénarrable kitsch-pop de Koons dont Christie’s a vendu le célèbre Rabbit : tous les styles et toutes les époques ont connu de mémorables coups de marteau. La rédaction de « Connaissance des Arts » vous livre sa sélection des records de ventes à retenir pour 2019.

1. 98,9 millions d’euros pour Meules de Claude Monet chez Sotheby’s

En mai dernier, une peinture de Monet (1840-1926) a fait énormément monter les enchères. Meules, huile sur toile de la série peinte par l’impressionniste durant l’hiver de 1890 à 1891, dans sa maison à Giverny en Normandie, s’est vendue à 110,7 millions de dollars (soit 98,9 millions d’euros) chez Sotheby’s à New York. Au-delà du record de vente pour une œuvre de l’artiste, c’est également la première fois qu’un tableau impressionniste franchit le seuil des 100 millions de dollars.

Vente record pour une toile de Monet chez Sotheby’s : Les Meules, huile sur toile, 1890, estimé plus de 55 millions de dollars © Sotheby’s

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♦ 2. 81 millions d’euros pour le Lapin de Jeff Koons chez Christie’s

Le mois de mai fut décidément riche en belles surprises du côté des salles d’enchères. Le 15 mai, chez Christie’s à New York le Rabbit du plasticien américain Jeff Koons, une sculpture en acier inoxydable réalisée en 1986, s’est vendu 91,1 millions de dollars, soit près de 81 millions d’euros. Il a ainsi battu le record de vente pour un artiste vivant détenu jusque là par Portrait of an Artist (Pool with Two Figures) de David Hockney, qui avait atteint 90,3 millions de dollars en 2018, également chez Christie’s à New York.

Vente record pour le « Rabbit » de Jeff Koons chez Christie’s New York © Christie’s New York.

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♦ 3. 24,2 millions d’euros pour La Dérision du Christ de Cimabue chez Actéon

Elle ne cesse de faire parler d’elle. La Dérision du Christ de Cimabue (1240-1302), un des plus grands peintres florentins du XIIIe siècle, est au cœur de l’actualité culturelle depuis sa présentation au public en octobre dernier. Découverte dans une cuisine à Compiègne dans l’Oise, l’œuvre est devenue le tableau primitif le plus cher du monde. Dernièrement, La Dérision du Christ a été classée trésor national par le ministère de la Culture. En conséquence, l’œuvre ne peut pas sortir du territoire français durant 30 mois, donnant du temps aux institutions françaises telles que le musée du Louvre, pour rassembler les fonds nécessaires pour l’acquérir.

La Dérision du Christ de Cimabue devient le tableau primitif le plus cher du monde chez Actéon Senlis, vente 27 octobre 2019.

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♦ 4. 23 millions d’euros pour la collection Ribes chez Sotheby’s

Les 11 et 12 décembre, la vente de la collection Ribes chez Sotheby’s Paris a recueilli près de 23 millions d’euros. Parmi les pièces vendues, plusieurs œuvres ont été préemptées et rejoignent les collections de la Bnf, du Louvre, du château de Versailles et de la Bibliothèque Mazarine. Parmi les 300 lots d’œuvres sélectionnées par la comtesse de Ribes, plusieurs records ont été réalisés. L’Enlèvement d’une Sabine (1590-1610) d’Antonio Susini (1558-1624) préemptée par le château de Versailles est l’enchère la plus haute de la vente avec 4 493 200 euros, et le record mondial pour une œuvre de l’artiste.
Le musée du Louvre a, quant à lui, acquis pour 1 032 500 euros une superbe toile de Marguerite Gérard (1761-1837), L’Élève intéressante également attribuée à son beau-frère et maître, Jean-Honoré Fragonard. La vente de cette peinture de 1787 est un record mondial pour l’artiste. La peinture du Chien obéissant (1772) de Nicolas-Bernard Lépicié, vendue à 287 500 euros, et la tabatière en or sertie de pierres dures faite à Dresde (vers 1770) de Johann Christian Neuber, adjugée à 1 812 500 euros, représentent de même des records de vente. Il est possible de souligner aussi la paire de monumentales pyramides en faïence de Delft de la fin du XVIIe siècle, que les Ribes conservaient depuis la fin du XIXe siècle, estimée entre 150 000 et 250 000 euros, acquise par une institution pour 1 032 500 euros, soit le record mondial pour une faïence de Delft.

La vente de la collection Ribes chez Sotheby’s Paris a recueilli près de 23 millions d’euros, ici : Marguerite Gérard et Jean-Honoré Fragonard, L’Élève intéressante (détail), 1787, huile sur toile, 64,6 x 55 cm, ©Sotheby’s

À lire aussi : Bnf, Musée du Louvre, château de Versailles : toutes les belles acquisitions de la vente Ribes de Sotheby’s

♦ 5. 20 millions d’euros pour le Parc des Princes de Nicolas de Staël chez Christie’s

Créée à l’apogée du travail pictural de Nicolas de Staël (1914-1955), cette œuvre a été présentée au Salon de Mai de 1952 et immédiatement saluée par la critique. Le Parc des Princes a été adjugé à 20 millions d’euros le 17 octobre chez Christie’s à Paris. Pierre-Emmanuel Martin-Vivier, directeur international des Arts du XXe siècle de la maison de ventes, se réjouit : « Nous avons pratiquement doublé le record mondial que nous détenions depuis mai 2018 à New York. Un prix justifié par la qualité de ce tableau, symptomatique des enjeux picturaux de l’après-guerre. De Staël y réalise une synthèse de la figuration et de l’abstraction ».

Record de vente pour le Parc des Princes (Les grands footballeurs), 1952, de Nicolas de Staël , adjugé 20,000,000 € chez Christie’s à Paris

♦ 6. 11,1 millions d’euros pour Devolved Parliament de Banksy chez Sotheby’s

Les records de vente ne sont pas réservés uniquement à l’Art classique ou moderne. Le 3 octobre dernier, Devolved Parliament du Street Artiste Banksy s’est vendu à près de 11,1 millions d’euros chez Sotheby’s à Londres au terme de 13 minutes d’enchères. Cette toile anti-Brexit représentant la chambre du Parlement britannique peuplée de chimpanzés constitue le plus grand format connu de l’artiste. Un an après la vente de la Petite fille au ballon rouge, déchiquetée dans la salle de ventes alors qu’elle venait d’être adjugée pour près d’1,2 million d’euros et renommée depuis Love is in the Bin (L’Amour est à la poubelle en français), Banksy faisait son grand retour sans encombre dans la maison de ventes londonienne.

Vente record pour le Parlement des singes de Banksy chez Sotheby’s – Banksy, Devolved Parliament, 2009, huile sur toile, 267 x 446 cm ©Sotheby’s

À lire aussi : Vente record pour le Parlement des singes de Banksy

♦ 7. 9,6 millions d’euros pour Peinture, 200 x 162 cm, 14 mars 1960 de Pierre Soulages chez Tajan

Alors que Soulages fête ses 100 ans au musée du Louvre, l’une de ses toiles au pedigree prestigieux s’est vendue à près de 9,6 millions d’euros chez Tajan le 27 novembre. Peinture, 200 x 162 cm, 14 mars 1960 a été initialement acquise par James Johnson Sweeney, alors directeur du Guggenheim Museum à New York et exposée en 2009-2010 au Centre Pompidou à Paris, à l’occasion de la grande rétrospective que l’institution parisienne consacrait au maître de l’outrenoir.

Record de vente pour une toile de Pierre Soulages chez Tajan – Pierre Soulages, Peinture, 200 x 162 cm, 14 mars 1960, huile sur toile, 200 x 162 cm © Tajan, Paris

À lire aussi : Record de vente pour une toile de Pierre Soulages chez Tajan

♦ 8. 6,2 millions d’euros pour une Vierge à l’Enfant du maître de Vissy Brod chez Cortot et Associés

Estimée entre 400 000 et 600 000 euros, l’œuvre du Maître de Vissy Brod a fait s’envoler les enchères durant la vente de Cortot et Associés à Dijon le 30 novembre. La Vierge et l’Enfant en trône, réalisée vers 1350 par le peintre pour un commanditaire particulier, était au cœur d’une bataille d’enchères. Le panneau de dévotion a été disputé entre neuf enchérisseurs (quatre en salle et cinq au téléphone) avant d’être remporté par la galerie Benappi Fine Art pour le compte du Metropolitan Museum of Art de New York. La vente du tableau, expertisé par le cabinet Turquin, est la deuxième enchère la plus importante de l’année enregistrée en région, après celle de l’œuvre du Cimabue.

Ventre de la Vierge et l’Enfant en trône du Maître de Vissy Brod (vers 1350) pour 6,2 millions d’euros ©Studio Sebert

À lire aussi : Le Met acquiert une Vierge à l’Enfant du XIVe siècle du Maître de Vissy Brod pour 6,2 millions d’euros

♦ 9. 5,5 millions d’euros pour Interior, Strandgade 30 de Vilhelm Hammershøi chez Bruun Rasmussen

Mardi 26 novembre, la vente de Interior, Strandgade 30 d’Hammershøi (1864-1916) a fait l’événement. Adjugée à 5,5 millions d’euros lors de la dispersion de tableaux du peintre danois par la maison scandinave Bruun Rasmussen, l’huile sur toile est devenue l’œuvre d’art la plus chère jamais vendue au Danemark et le tableau de l’artiste le plus cher jamais vendu au monde. 2019 fut une année riche pour Hammershøi, quatre mois avant la vente se déroulait l’exposition « Hammershøi, le maître de la peinture danoise » au musée Jacquemart-André à Paris.

Records de vente aux enchères pour l’oeuvre de Vilhelm Hammershøi, Interior, Strandgade 30, 1900, huile sur toile, 52 x 45 cm ©Bruun Rasmussen Auctioneers

À lire aussi : Un tableau d’Hammershøi bat des records de vente aux enchères

♦ 10. 4,8 millions d’euros pour Lucrèce d’Artemisia Gentileschi chez Artcurial

Les artistes femmes ne sont pas absentes du classement. Estimée entre 600 000 € et 800 000 €, la Lucrèce de la plus célèbre femme peintre de l’école caravagesque a été adjugée 4,8 millions d’euros chez Artcurial à Paris le 13 novembre. Redécouverte récemment à Lyon, l’œuvre bat ainsi le précédent record de vente, établi en 2017 à l’Hôtel Drouot par la Sainte Catherine d’Alexandrie (vers 614-1616) de l’artiste qui a par la suite rejoint les collections de la National Gallery de Londres.

Record de vente aux enchères pour l’oeuvre d’Artemisia Gentileschi : Lucrèce, vers 1630, huile sur toile, 95,50 x 75 cm

À lire aussi : Record aux enchères pour un tableau d’Artemisia Gentileschi

♦ 11. 2,2 millions d’euros pour Choupatte de Claude Lalanne chez Sotheby’s

Fin octobre, Sotheby’s a fait salle comble pour disperser les œuvres de la maison-atelier des Lalanne. Le grand Choupatte de 2012 a obtenu le record du monde pour Claude Lalanne (1925-2019). Florent Jeanniard, directeur Europe pour le design chez Sotheby’s, légitime ce très beau prix : « C’est le premier très grand format à passer aux enchères. Claude Lalanne a commencé les Choupatte dans les années 1970, de vrais choux traités par galvanoplastie et tenant dans une main. Les Lalanne étaient encore dans une période surréaliste, fascinés par Man Ray et ses baguettes de pain ».

Record de vente pour le grand Choupatte de 2012 de de Claude Lalanne chez Sotheby’s

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Chefs-d’œuvre de l’art japonais de l’estampe : les surimono

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En quoi les surimono (littéralement « choses imprimées »), produits au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, pendant quelques brèves décennies de l’époque Edo (1603-1868), diffèrent-ils des autres gravures sur bois ? Edmond de Goncourt admirait les surimono plus que tout. Dans sa monographie sur Hokusai, publiée en 1896, l’écrivain évoque « des images n’ayant rien de similaire dans la gravure d’aucun peuple de la terre ». Une passion partagée par d’autres thuriféraires de l’art japonais, et non des moindres : Frank Lloyd Wright, Sir Alfred Chester Beatty et, plus récemment, Georges Leskowicz. La collection de l’architecte américain est conservée dans sa Fondation de Scottsdale, en Arizona, celle du magnat de l’industrie minière dans la bibliothèque de Dublin en Irlande. Quant à l’ensemble réuni depuis une vingtaine d’années par l’entrepreneur franco-polonais, il est en partie exposé, jusqu’au 23 mars, à l’Hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence, au milieu d’estampes ukiyo-e signées Hokusai, Hiroshige ou Utamaro (lire encadré). Qu’ont donc de si exceptionnel les surimono, pour que même au Japon, où l’on ne collectionnait guère les « images du monde flottant » avant la fin du XIXe siècle, ils soient très tôt devenus objets de convoitise ?

De luxueux « poèmes fous » en images

Premier signe distinctif : un format carré, dit shikishiban (21 x 18 centimètres), très exceptionnellement doublé en hauteur ou allongé. Cette standardisation pourrait s’expliquer par la nature des textes, presque toujours associés aux images : de courts poèmes, sans rimes obligées, truffés de références littéraires et de mots d’esprit, parodiant parfois des œuvres classiques et  appelés kyôka (« poèmes fous »). Autre particularité : la facture luxueuse. Le raffinement des matériaux et des techniques n’avait pas échappé à Edmond de Goncourt qui décrivit « le soyeux du papier, la qualité des couleurs, le soin du tirage, et des rehauts d’or et d’argent et encore […] ce complément de gaufrage ».

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Décès du sculpteur chinois Cheung Yee

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Né à Guangzhou en 1936 dans une famille de céramistes, Cheung Yee s’est installé à Hong Kong après la guerre sino-japonaise. Il suit ensuite des cours à la National Taiwan Normal University à Taipei. Sa passion pour l’archéologie et les inscriptions sur bronze le poussent à reproduire ces signes anciens sur pierre et sur métal. Il fait également des empreintes sur papier. Il développe tout un ensemble d’œuvres autour des carapaces de tortues et des figures humaines, sans oublier des crabes que l’on retrouve dans ses reliefs en bronze installés au parc de Kowloon à Hong Kong ou dans un timbre sorti en France en 2012. En 1963, il fonde le Circle Art Group avec le sculpteur Van Lau et le peintre Hon Chi Fun. L’année suivante, il est honoré d’une première rétrospective à Hong Kong. Enseignant à la Potytechnic University et à la Chinese University de Hong Kong, il devient le chef du département des Beaux-Arts de cette dernière. Il déménage en Californie en 1998.

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Ma langue au chat : François Boucher était collectionneur d’objets d’art chinois. Combien en avait-il à sa mort ?

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Jusqu’au 2 mars, le musée des Beaux-Arts de Besançon analyse les chinoiseries de François Boucher dans son exposition « Une des provinces du Rococo ». Près des esquisses de la Tenture chinoise, sont réunies les tapisseries de Beauvais ainsi que des gravures, peintures et objets d’art liés à la Chine rêvée du peintre français du XVIIIe.

QUESTION

François Boucher était collectionneur d’objets d’art chinois. Combien en avait-il à sa mort ?


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RÉPONSE

Le catalogue de la vente post-mortem, qui se déroula en 1771 dans l’appartement de François Boucher au Louvre, compte 701 numéros. Dans cet immense cabinet de curiosité, il y avait des peintures, dessins, estampes, terres cuites, laques, porcelaines et bronzes chinois et japonais ainsi que des minéraux et autres coquillages.

Toutes les réponses figurent dans le catalogue publié par In Fine Éditions d’art,
disponible sur Amazon ou dans les librairies dont les noms figurent le site www.leslibraires.fr

La Chine rêvée de François Boucher,
Une des provinces du rococo
In Fine Éditions d’art, 288 pp., 29 €
Cet ouvrage est publié à l’occasion de l’exposition présentée au musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon
du 8 novembre 2019 au 2 mars 2020.

+ d’infos

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Idée lecture : Dans le Paris d’Huysmans et des Goncourt

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Quelle bonne idée d’être allé exhumer une centaine de textes (d’un article de journal à un extrait de poème) faisant référence au Paris du XIXe siècle et de les publier arrondissement par arrondissement. Cette promenade littéraire se déguste par petites lampées, au gré de ses curiosités. Le gourmand poussera les portes de Fradin, un estaminet de la rue Saint-Denis décrit par Guy Tomel en 1894, ou celles du bal Bullier, croqué par Alexandre Privat d’Anglemont dans l’Almanach parisien. Le friant de Curiosa filera sur la Breda Street des lorettes du IXe et au Bal de l’Opéra rue Lepeletier (écrit ici avec deux l comme à Lille) où « des masques étranges et des démons roses glissent sur les parquets d’un foyer somptueux ». Quant à l’amateur d’art, il se précipitera sur les petits mystères du musée du Louvre, où Alexandre Brisson fait un faux entretien avec le gardien de la Joconde, et à l’Hôtel Drouot, où Paul Eudel décrit avec enthousiasme la vente enflammée d’un meuble du XVIIIe.

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EXCLU. La collection Mirabaud nous ouvre ses portes

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Dans notre numéro de janvier, nous vous invitons à une découverte exceptionnelle de la collection d’art contemporain du Groupe Mirabaud, installé à Genève. « Réfléchir à la place de l’homme dans le monde et s’engager aux côtés des artistes, voilà des valeurs qui guident Mirabaud depuis sa fondation, il y a bientôt deux cents ans », comme le souligne Lionel Aeschlimann, associé gérant de Mirabaud et directeur général (CEO) de Mirabaud Asset Management.

Mirabaud cultive des valeurs alliant discrétion et philanthropie

Mirabaud porte bien son nom, tel une oriflamme, ou une noble devise qui résume en trois syllabes cette passion de l’art qui n’a d’égal que celle du métier de la finance bien orchestrée. Fondée en 1819, cette respectable banque familiale genevoise a célébré cette année son deux centième anniversaire, fruit d’une remarquable transmission sur sept générations. Depuis sa création au début du XIXe siècle à Genève, elle a su cultiver ses valeurs protestantes, alliant discrétion et philanthropie. L’art a toujours été présent et le groupe Mirabaud est le premier collectionneur privé au monde du peintre genevois Pierre-Louis de La Rive (1753-1817), grand randonneur et inventeur du « paysage alpestre ».

« L’art est un facteur d’émotion, il nous aide à vivre », souligne de façon vibrante Lionel Aeschlimann, associé gérant de Mirabaud et directeur général (CEO) de Mirabaud Asset Management. Depuis son arrivée en 2010, il poursuit un objectif : la transmission à la génération suivante, en plaçant l’art et la culture au cœur de son projet, à travers plusieurs moyens d’action à temporalité variable.

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à lire dans notre numéro de janvier 2020

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Ma langue au chat : Chez quel marchand célèbre, Boucher s’approvisionne-t-il dès les années 1730 ?

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Jusqu’au 2 mars, le musée des Beaux-Arts de Besançon analyse les chinoiseries de François Boucher dans son exposition « Une des provinces du Rococo ». Près des esquisses de la Tenture chinoise, sont réunies les tapisseries de Beauvais ainsi que des gravures, peintures et objets d’art liés à la Chine rêvée du peintre français du XVIIIe.

QUESTION

Chez quel marchand célèbre, Boucher s’approvisionne-t-il dès les années 1730 ?


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RÉPONSE

Chez le marchand-mercier Edme-François Gersaint, pour lequel Watteau réalisa la célèbre Enseigne de chez Gersaint. Boucher se fournit ensuite chez les marchands Lazare Duvaux, Dubuisson, Rouveau et Poirier mais également en ventes publiques.

Toutes les réponses figurent dans le catalogue publié par In Fine Éditions d’art,
disponible sur Amazon ou dans les librairies dont les noms figurent le site www.leslibraires.fr

La Chine rêvée de François Boucher,
Une des provinces du rococo
In Fine Éditions d’art, 288 pp., 29 €
Cet ouvrage est publié à l’occasion de l’exposition présentée au musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon
du 8 novembre 2019 au 2 mars 2020.

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Idée lecture : Posada en noir profond

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Pour avoir longtemps observé les gravures sur bois du Belge Frans Masereel opposé à la guerre, l’auteur a su analyser celles du Mexicain José Guadalupe Posada (1852-1913) sous le signe de la mort. Pour en parler quoi de mieux que d’endosser la silhouette de l’artiste, « né pauvre au sein d’une fratrie de sept garçons et deux filles dans le quartier de San Marco à Aguascalientes ». Cerné de têtes de morts et de squelettes dégingandés, le texte biographique relate la formation de Posada dans les ateliers de José Maria Chavez et de José Trinidad Pedroza, qui l’initie à la lithographie. De ses premières publications dans le journal satirique « El Jicote » en 1871 à la sortie de son histoire illustrée du Mexique pour les enfants à partir de 1899, on sent que l’œuvre prend une tournure politique, pourfendant le sabre et le goupillon. Grâce au Français Jean Charlot et au surréaliste André Breton, les calaveras de Posada ont été connues de ce côté-ci de l’Atlantique pour leur humour noir et leurs noirs profonds.

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Erol Ok nommé à la direction de l’Institut français

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L’Institut français, établissement public chargé de l’action culturelle à l’international sous la tutelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et du ministère de la Culture, connaîtra bientôt une nouvelle direction. Lundi 23 décembre, Pierre Buhler, président de l’Institut français, a nommé Erol Ok directeur général délégué. À la tête du Musée national Picasso-Paris depuis près de six ans, Erol Ok succède à Anne Tallineau, directrice de l’Institut français depuis 2014. Cette dernière a été nommée secrétaire générale de l’Office franco-allemand pour la jeunesse.
Diplômé de l’École nationale d’administration, de Sciences Po Paris et de l’École des hautes études commerciales (HEC), Erol Ok a commencé sa carrière en 2003 au sein de la direction générale du Trésor au poste d’adjoint en charge des relations économiques avec l’Amérique latine. En 2007, il est devenu conseiller économique et financier à l’ambassade de France à Rome. Avant de prendre la direction générale du Musée national Picasso-Paris en septembre 2013, il a été directeur adjoint du cabinet de Fleur Pellerin, ministre de l’économique numérique, de l’innovation et des PME, de 2012 à août 2013.

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L’ancienne prison de Vilnius devient un lieu de création Spécial Noël

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L’histoire de Lukiskés n’est pas banale. Construite en 1902, cette ancienne prison, qui ressemble à la prison de Rakowiecka de Varsovie et à La Modelo de Barcelone, a servi de lieu de détention préventive et d’enfermement pour les opposants politiques jusqu’au tout début du XXIe siècle. Cette prison de briques pour mille détenus est située près du Seimas Palace, qui abrite le Parlement, et de la rivière Néris. Pendant plus de cent ans, elle a servi successivement au régime des tsars, à l’administration allemande pendant la Première Guerre mondiale, au gouvernement polonais de Vilnius, au gouvernement lituanien entre 1939 et 1940, aux Soviets, à nouveau aux Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, à nouveau aux Soviets puis finalement au gouvernement lituanien après la restauration de l’indépendance en 1990. Depuis quelques années, le gouvernement lituanien a décidé de fermer Lukiskés et de reloger ses prisonniers dans un nouveau bâtiment, qui a été terminé à l’été 2019. C’est pourquoi, maintenant que l’ancienne prison est libre, le maire de Vilnius a décidé de l’ouvrir au public : « L’esprit de Noël va envahir cette zone qui pendant longtemps a été coupée des habitants et des visiteurs de notre ville. La cour de l’ancienne prison pourra être utilisée comme un espace culturel en plein air pour des événements et d’autres projets citoyens ou liés à l’activité économique. L’Alternative Christmas Yard va donner une nouvelle impulsion à cette partie du centre-ville ». Il s’agit donc d’installations lumineuses artistiques symbolisant la transformation du lieu et sa recherche d’une nouvelle identité. Une sculpture jouant avec l’eau sert de sapin de Noël d’un nouveau genre. L’année dernière, la ville avait déjà cherché une alternative pour son traditionnel marché de Noël en utilisant la gare. Cette année, c’est une prison qui permet donc de sortir des sentiers battus et de transformer une architecture carcérale en cadre pour la création artistique contemporaine. L’accès à The Alternative Christmas Yard est gratuit (de 16 à 22h) et se poursuit jusqu’au 5 janvier 2020.

Alternative Christmas Yard ©Go Vilnius

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Ma langue au chat : Quel souverain prestigieux a reçu en cadeau une série complète de la Tenture chinoise ?

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Jusqu’au 2 mars, le musée des Beaux-Arts de Besançon analyse les chinoiseries de François Boucher dans son exposition « Une des provinces du Rococo ». Près des esquisses de la Tenture chinoise, sont réunies les tapisseries de Beauvais ainsi que des gravures, peintures et objets d’art liés à la Chine rêvée du peintre français du XVIIIe.

QUESTION

Quel souverain prestigieux a reçu en cadeau une série complète de la Tenture chinoise ?


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RÉPONSE

En 1766, l’empereur chinois Qianlong reçut les six tapisseries de la Tapisserie chinoise tissées à Beauvais. Transportées par des missionnaires jésuites, elles avaient été offertes par Jean-Baptiste Bertin, le ministre en charge de la Compagnie française des Indes orientales, en vue de favoriser les échanges entre la France et la Chine.

Toutes les réponses figurent dans le catalogue publié par In Fine Éditions d’art,
disponible sur Amazon ou dans les librairies dont les noms figurent le site www.leslibraires.fr

La Chine rêvée de François Boucher,
Une des provinces du rococo
In Fine Éditions d’art, 288 pp., 29 €
Cet ouvrage est publié à l’occasion de l’exposition présentée au musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon
du 8 novembre 2019 au 2 mars 2020.

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Hans Hartung, de l’aquarelle abstraite à la peinture monumentale expérimentale

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Hans Hartung (1904-1989) a laissé une autobiographie, Autoportrait, qui se lit comme un roman, tant ce récit est plein d’événements extraordinaires. Il est né à Leipzig dans un milieu aisé de médecins amateurs de peinture et de musique. Dans son livre, Hartung rapporte un épisode de l’enfance qui prend valeur de « scène primitive », au sens freudien du terme. Terrifiée par les orages, sa grand-mère réunissait les enfants dans le couloir, loin des fenêtres. Un jour, le petit Hans décide de braver l’interdit et court ouvrir une fenêtre. Après cela, écrit-il, « sur un de mes cahiers d’école, j’attrapais des éclairs dès qu’ils apparaissaient. Il fallait que j’aie achevé de tracer leurs zigzags sur la page avant que n’éclate le tonnerre. Ainsi, je conjurais la foudre ». Lycéen, à Dresde, il s’adonne à la peinture, copiant librement certains maîtres anciens ou modernes comme Emil Nolde, et réalisant, dès 1922, une suite d’aquarelles abstraites. « La tache y devenait libre, elle s’exprimait par elle-même, par sa forme, par son intensité, par son rythme, par sa violence, par son volume. » Suit une série de fusains et de sanguines, abstraits aussi. « On trouve ici en prémices presque la totalité de mes éléments, de mes signes et rythmes futurs, les taches, les ‘poutres’, les courbes, les lignes. » Les historiens considèrent ces œuvres comme une préfiguration précoce de tout l’art informel et gestuel à venir dans le siècle. Mais il n’est qu’au tout début de son parcours. Il s’inscrit à l’école d’art de Dresde, découvre, ébahi, toute la peinture moderne française à l’Exposition internationale de 1926, s’installe à Paris, essaye sans s’y attarder l’académie d’André Lhote et l’atelier de Fernand Léger, voyage, et pour finir rencontre l’amour, en la personne d’Anna-Eva Bergman, jeune peintre norvégienne, qu’il épouse en 1929.

Hans Hartung, Sans titre, 1935, aquarelle sur papier, 47 x 61.3 cm, Fondation Hartung-Bergman, Antibes © ADAGP, Paris, 2019 Fondation Hartung-Bergman

Du paradis à l’enfer

Tous deux partent vivre aux Baléares, à Minorque, dans une maison qu’il a construite, un cube blanc, et dans des conditions de grande précarité. La population locale finit par soupçonner ces Nordiques d’être des espions et, en 1934, ils préféreront partir. Hartung revient en Allemagne. Mais, soumis par la Gestapo à un interrogatoire brutal, il se réfugie à nouveau à Paris. C’est une période féconde. Il participe à la vie artistique parisienne, expose, fréquente Hélion, Goetz, Kandinsky, Mondrian, Miró, Calder. Et il affine sa méthode, qualifiée de « spontanéité calculée ». On le sait peu : sa peinture fondée sur une gestualité expressive qu’on dirait spontanée et rapide, est en réalité le fruit d’un processus méthodique en deux temps. La phase de création et de recherche consiste en petits dessins au graphisme pulsionnel et automatique, qui sont ensuite minutieusement mis au carreau, agrandis et transposés sur toile, à l’huile. Mais son existence quotidienne est marquée par les affres de la pauvreté. Son épouse, malade, finit par le quitter. Une nouvelle compagne prend place dans sa vie, Roberta González, la fille du sculpteur. Cependant, la guerre éclate. Inscrit sur la liste des volontaires contre l’hitlérisme, il est pourtant arrêté, en tant que ressortissant allemand, et choisit l’alternative de s’engager dans la Légion étrangère, en Afrique du Nord. Après la signature de l’armistice, il revient en France, mais l’Occupation l’oblige à fuir en Espagne, dans des conditions très périlleuses. Il tombe dans les geôles franquistes, est battu, puis envoyé au camp de concentration de Miranda del Ebro, durant sept mois. Il ne parvient à en sortir que pour se réengager dans la Légion étrangère. En novembre 1944, durant l’attaque de Belfort, il est blessé à la jambe, non soigné pendant deux jours, gagné par la gangrène et finalement amputé, en dessous puis au-dessus du genou, sans anesthésie générale. Réformé en mai 1945, il revient à Paris et acquiert la nationalité française. La fin de cette décennie marque un tournant, sa peinture est de plus en plus montrée et reconnue par la critique, et sa carrière prend un essor formidable. Soutenu par la galerie de France, Hartung connaîtra la consécration internationale avec le Grand Prix de la Biennale de Venise, en 1960. Et sa vie sentimentale n’est pas moins heureuse. En 1952, après une quinzaine d’années, il a revu Anna-Eva. C’est le coup de foudre à nouveau ! Il la ré-épouse.

Hans Hartung, P1973-B71, 1973, acrylique sur carton baryté, 74.5 x 104.5 cm, Fondation Hartung-Bergman, Antibes © ADAGP, Paris, 2019 Fondation Hartung-Bergman

Vers le monumental

Son art connaît alors une évolution assez spectaculaire. L’artiste décide d’agir désormais directement sur la toile, sans en passer par les phases de l’esquisse préparatoire et de la mise au carreau. D’autre part, il délaisse les traditionnelles couleurs à l’huile pour des médiums industriels et pour la peinture acrylique, tout en expérimentant de nouveaux outils, grattoirs, balais, rouleau de lithographe, tyrolienne de chantier, pulvérisateur… Dès lors, son art prend le tour d’une grande geste expérimentale, sur des formats de plus en plus grands, et avec une grande richesse de propositions formelles. Les toiles de cette dernière période sont un des temps forts de l’exposition parisienne qui, par ailleurs, explore toutes les facettes de l’œuvre : ainsi découvre-t-on un Hartung photographe inspiré et prolixe, et un Hartung architecte, auteur de sa remarquable maison-atelier d’Antibes qui, depuis 1994, abrite la Fondation Hartung-Bergman.

Hans Hartung, T1989-K36, 1989, acrylique au pistolet sur toile, 162 x 100 cm © Musée d’Art Moderne de Paris / Roger-Viollet © ADAGP, Paris, 2019 Julien Vidal / Parisienne de Photographie

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Le Louvre lance un appel aux dons pour acquérir une statue en bronze rescapée de Pompéi

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Cette année encore, vous pouvez devenir mécène du Louvre. Pour le 10e anniversaire de « Tous mécènes ! », le musée lance une campagne de mécénat participatif pour acquérir un Apollon citharède (joueur de cithare) d’une valeur de 6,7 millions d’euros. La Société des Amis du Louvre ayant déjà version 3,5 millions d’euros, l’objectif minimum de la souscription est de 800 000 euros, avant le 28 février 2020.
Connue depuis 1922 dans la collection Durighello, la statuette en bronze (hauteur 68 cm) représentant le dieu grec des arts date du IIe ou Ier siècle avant notre ère. D’après le Louvre, elle appartenait au décor d’une villa romaine des environs de Pompéi. Ensevelie sous les cendres de l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C., l’œuvre est l’une des rares à avoir échappé aux refontes des bronzes grecs et romains pratiquées dès l’Antiquité et durant le Moyen-Âge pour récupérer le métal. L’institution conserve déjà deux sculptures similaires, un Mercure et un Hercule découverts à Herculanum, illustrant le programme statuaire des villas romaines. L’acquisition de cette œuvre, en mains privées depuis près d’un siècle sans avoir été présenté au public, permettrait de compléter le corpus de bronzes antiques du Louvre. Pour l’heure, le crowdfunding a rassemblé plus de 23 000 donateurs.
« Tous mécènes ! » est la première opération de mécénat lancée par un musée national français. La campagne a notamment permis au Louvre de réunir 1 260 000 euros pour finaliser l’acquisition du tableau Les Trois Grâces de Lucas Cranach en 2010, ou encore près de 1,5 million d’euros pour le Livre d’Heures de François Ier en 2017. Pour cette édition, les donateurs peuvent payer via la plateforme de dons donate.louvre.fr, ou sur place dans une urne à espèces ou sur une borne de paiement sans contact, ou par SMS en envoyant LOUVRE au 92004.

Apollon Citharède, seconde moitié du IIe siècle av. J.-C., bronze, h. 68 cm © Christie’s

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Le mystère Félix Vallotton, peintre de la trahison et de la vérité travestie

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Par pudeur ou par désillusion, certains êtres à vif ont oublié de sourire. Le masque de la gravité leur sert de rempart, dissimulant un monde intime, au trouble tangible. Sobre et souvent sombre, Félix Vallotton (1865-1925) est de ces brouilleurs de pistes. La joie, la spontanéité, la légèreté ne viennent éclairer ni ses paysages, ni ses autoportraits, pas plus que ses nombreux tableaux de commande. S’il croque dans ses nus la réalité avec sincérité, il s’empresse, dans ses gravures, de la draper de mystère. D’un trait incisif, soutenu, d’aplats sûrs, il projette sans affect son ironie grinçante. Dès lors, son abondante production, qui compte 1704 œuvres, semble refléter l’inquiet questionnement d’un homme n’ayant jamais cessé d’être son propre spectateur, souvent désenchanté, toujours réservé, parfois aimant, mais habité peut-être de cette inépuisable mélancolie qui hante ceux dont le désir est trop grand.

Félix Vallotton, Le Suicide, 1894, gravure sur bois ©Wikimedia Commons/Cyrille Largillier

Entre deux eaux

La vie pour Vallotton s’apparente à un duel constant. Il est modeste mais ambitieux, séducteur mais misogyne, contemplatif mais acerbe, engagé mais rangé. Ses sympathies anarchistes se mêlent à des aspirations bourgeoises. Malgré sa naturalisation française, en 1900, il conserve la nationalité suisse, tel un exilé attaché à ses racines et à sa mémoire. De Lausanne, où il est né en 1865, à Paris, où il va se révéler dès 1882 en tant que peintre, graveur, mais également en littérateur et en critique d’art, l’artiste s’emploie à consigner avec méthode et minutie les images et les sensations éprouvées depuis son enfance, opérant un permanent aller-retour entre présent et passé. Cherchant peut-être à fixer les strates et les traces de son existence, Félix Vallotton voue un culte à ses souvenirs, les explore, les ressasse, les amplifie, les codifie, nourrissant grâce à eux son vocabulaire de peintre et de dramaturge. Aussi, la chute accidentelle d’un jeune ami, Vincent, survenue dans son enfance au cours d’un jeu au bord d’une rivière suisse, semble l’avoir particulièrement marqué. Tenu pour responsable de cet accident pourtant sans suite, confronté à une injustice, Vallotton en nourrit son imagination fertile. L’épisode trouvera d’ailleurs un prolongement dans son roman autobiographique La Vie meurtrière, paru en 1907. Le narrateur y révèle une malédiction dont il se croit la victime, pensant porter malheur à tous ceux qu’il approche, y compris à la femme qu’il aime. L’eau, la noyade, l’asphyxie seront ses obsessions. Elles impriment son rapport à la vie et imprègnent l’atmosphère de ses tableaux. Menaçantes, elles s’immiscent dans ses toiles et ses gravures. En témoignent notamment le Portrait de Juliette Lacour, Le Suicide, L’Épave, L’Enlèvement d’Europe ou La Marée montante à Houlgate. Dans son Journal, le peintre confie avoir un jour été happé par les eaux. Ce souvenir, réel ou imaginaire, le hante comme un mauvais rêve, fait de lui un rescapé, survivant d’infortune, qui observe le monde depuis le royaume des morts et tente de se convaincre de sa propre existence. C’est probablement la raison pour laquelle ses autoportraits portent en eux une tragique et intraitable lucidité, suggérant sans ménagement une part d’ombre envahissante et corrosive.

Félix Vallotton, Monsieur Ursenbach, 1885, huile sur toile, 97 x 130 cm, Kunsthaus de Zurich ©Wikimedia Commons

De singuliers pas de côté

Malgré un premier succès en 1885, au Salon des artistes français avec le portrait de Monsieur Ursenbach (Zurich, Kunsthaus), il vit à Paris dans une grande précarité. C’est pourtant à cette époque qu’il précise son approche et sa méthode. Paysages et portraits répondent aux mêmes principes, empreints de souvenirs lointains ou immédiats, cherchant au-delà de la représentation une expression intérieure. Tel un comptable appliqué, Vallotton n’a pas encore vingt ans lorsqu’il décide d’ouvrir, le Livre de raison qui ordonnera chronologiquement toute sa production jusqu’à la fin de sa vie. Mais le jeune homme, formé à l’Académie Julian demeure insatisfait, se mésestime, trouve ses progrès insuffisants. Il se désespère devant les toiles des maîtres anciens qu’il admire, de Léonard de Vinci à Albrecht Dürer « qui, à quinze ans, étonnaient déjà le monde », écrit-il à son frère Paul.

À travers l’étude de Hans Holbein, Vallotton poursuit sa quête d’un réalisme sans concession que révèle l’intérêt psychologique porté à ses figures et la force descriptive de ses natures mortes. Et bientôt, en 1886, sa rencontre avec le graveur Jasinski, dont il réalisera un portrait, l’entraîne vers une reconnaissance soudaine. La Gazette de Lausanne lui ouvre ses colonnes en 1890 et, quatre ans plus tard, La Revue blanche, dirigée par Thadée Natanson, lui offre une salutaire voie de traverse. En collaborateur attitré, il laisse libre cours à son impulsion, abandonnant dans la presse la retenue protestante qui l’engonce. Il écrit et grave, publiant des critiques d’art mordantes – il s’enthousiasmera pour Degas, défendra Meissonnier, Toulouse-Lautrec, le douanier Rousseau – et inventant un genre de portrait gravé au style épuré, à l’impact graphique instantané.

Félix Vallotton, Le mensonge Intimités I, 1897, gravure sur bois ©Wikimedia Commons

Une vie et son double

Quand l’affaire Dreyfus éclate en 1894, Vallotton a déjà épousé des idéaux libertaires. Il fustige la vie bourgeoise, l’hypocrisie des apparences, la fausseté des sentiments convenus dans ses Intimités, gravées en 1898. Entre fascination et répulsion, il est sans pitié. « Qu’est-ce que l’homme a fait de si grave qu’il lui faille subir cette terrifiante ‘ associée ‘ qu’est la femme ? » déclare-t-il. Pourtant, il n’a cessé d’enchaîner les conquêtes, des modèles aux élégantes rangées. Sa posture misogyne lui permettrait-elle d’accepter par le mépris ses faiblesses sensuelles de séducteur ? Vallotton continue là encore d’élever des paravents. On le croit craintif, il est radical. On le voit amer, il plonge dans la nostalgie. Il se veut goujat mais sa tendresse le désarme. Il réinvente sa vie dans l’écriture et la peinture. Ingres, qu’il porte aux nues, l’y aide, lui offrant l’érotisme glacé dont il pare le corps des femmes. Ses « morceaux de nus », comme son Étude de fesses sans complaisance, proche de Courbet, laissent exploser ses contradictions. Ainsi, en témoin impartial des imperfections de la chair, il se plie pourtant, dans Le Bain turc, à l’exercice « classique » du nu allongé, en écho à Ingres ou Manet. Eros et Thanatos, pulsions croisées de libido et de morbidité : Vallotton suggère un spleen baudelairien qui semble échapper à son entourage, à l’exception de sa collectionneuse et confidente Hedy Hahnloser : « On vous reproche d’être froid. Mais cette observation ardente, ce scrupule, cette pudeur dans l’expression, n’est-ce pas de l’amour, celui qui se condense et se ramasse pour mieux étreindre et ne se satisfait jamais ? ».

Félix Vallotton, Étude de fesses, 1884, huile sur toile, 38 x 46 cm, collection privée ©Wikimedia Commons

Le peintre coucherait-il ses peurs sur la toile pour tenter de leur échapper ? Un espace aquatique angoissant, des intérieurs déshumanisés ne livrant que des indices de vie – ici un haut-de-forme, là une canne –, des couples en huis clos, une relecture acerbe et caricaturale de la mythologie, une vision obsessive et dévorante de la mort… les masques du peintre tombent un à un, au fil de ses œuvres. L’homme cherche bientôt le repos. Il le trouvera vite, doublé d’une position sociale assurée, en la personne de Gabrielle Rodrigues-Henriques, issue de la famille des grands marchands Bernheim, qu’il épouse en 1899. Le voyage de noces de ce mariage raisonnable le ramène à sa Suisse natale. La riche veuve, mère de trois enfants lui apporte une douceur familiale « préfabriquée », dans la quiétude de ce qui ressemble à un renoncement. Se détournant alors des affres du créateur solitaire et tourmenté Vallotton, rassuré, assemble et recompose dans une paix feutrée des paysages et des instants éternisés qu’illustrent Le Ballon ou Sur la plage (1899, Zurich, Kunsthaus). Pourtant, toujours lui-même, il n’hésitera pas, plus tard, à en livrer ce commentaire : « J’ai horreur de cette fausse vie, en marge de la vraie, j’en souffre des premiers jours et malgré vingt ans de ménage aussi cruellement qu’au début. » Au tournant du XXe siècle l’artiste poursuit son cap. « L’Ingres réaliste », comme le décrit le poète et critique d’art Joachim Gasquet, s’est imprégné en observateur attentif de toutes les positions avant-gardistes du moment. D’un symbolisme éthéré à un radicalisme nabi, il a intégré les techniques de ses contemporains, s’est à la fois approprié leurs méthodes et les courants d’idées qu’elles véhiculent. Vallotton traduit. Ainsi, sa vision érotisée de la femme, renforcée d’accessoires – rose épanouie, cigarette, bâton de rouge à lèvres – coïncide avec un mouvement d’émancipation qui bouleverse les idées reçues. Aux femmes lascives, il oppose des figures corsetées, comme prisonnières de leur propre image. Danger attirant, menace mortelle pour le créateur, la femme est le lieu privilégié du duel que Vallotton entretient, exhibe et dissimule.

Félix Vallotton, Verdun, 1917, huile sur toile, 114 x 146 cm, Musée de l’Armée ©Wikimedia Commons

L’œil photographique

Pourtant, quand survient la Première Guerre mondiale, lorsque la menace est tangible et immédiate, le peintre abandonne ses défenses et tente de s’engager physiquement dans le conflit. Son âge lui fait obstacle et sa demande est refusée. Militant, il édite en 1915-1916 une série de bois gravés intitulée C’est la guerre ! Estampes violentes, chargées d’effroi. En 1917, dépressif mais opiniâtre, il participe à une mission artistique et se rend sur le front. Ses toiles résonnent du « grondement lointain du canon » dont il rapporte un Verdun oppressant, lumineux et abstrait. Après la guerre, il peindra une nature déshumanisée. Il met son œil de photographe clinicien, empreint de vérisme, au service de couchers de soleil dont il s’attache à saisir l’inattendu et l’étrangeté, confinant le spectateur dans la posture de l’indiscret. Ses volumes transformés en surfaces, ses fragments recomposés, ses tons locaux réagencés, son univers asphyxié trouveront suiveurs et adeptes. Avec retenue et discrétion, pessimisme et puissance, radicalisme et constance, le complexe Félix Vallotton aurait-il su transmettre cette impulsion qui, quelques générations plus tard, surgira chez les surréalistes, jaillira dans le Pop Art, traversant l’Atlantique jusqu’à Edward Hopper ? « La vie est une fumée, on se débat, on s’illusionne, on s’accroche à des fantômes qui cèdent sous la main, et la mort est là », écrit-il en 1921. Celle-ci le fauchera à Paris en 1925. Peintre de la trahison, de la vérité travestie, d’une sincérité bafouée et désabusée, Félix Vallotton a dépeint le monde tel qu’il le pensait et l’analysait plus qu’il ne le voyait. Au-delà d’une œuvre silencieuse il serait l’artisan de l’image du non-dit.

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