Actualité artistique

Alexander Calder : dialogue avec Picasso #2 [podcast]

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Pour écouter le premier épisode, consacré aux regards croisés de Calder et Picasso, cliquez ici.

Une émission réalisée à l’occasion de l’exposition « Calder-Picasso », organisée par le Musée national Picasso Paris du 19 février au 25 août 2019.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Les années parisiennes de Calder

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L’Escaut en amont d’Anvers par Théo Van Rysselberghe : focus sur chef-d’œuvre

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Membre actif de l’avant-garde bruxelloise au sein du groupe des XX fondé en 1883, Théo Van Rysselberghe (1862-1926), peintre, graveur et illustrateur d’origine belge, rencontre Seurat en 1886 et adopte la technique du divisionnisme dès 1888. Avec elle, il exécute au début de la décennie suivante un ensemble de tableaux dont l’économie de moyens n’a d’égal que le raffinement.

Crépuscule en bleu et jaune

Ainsi cette vue de l’Escaut repose-t-elle uniquement sur la combinaison de deux couleurs, le jaune et le bleu, déclinées en différentes nuances. Réparties sur l’ensemble de la surface, dans des proportions variables suivant les zones, elles traduisent une lumière douce et chaude de fin de journée, quand l’ombre et la lumière s’équilibrent harmonieusement. Avant que la première ne l’emporte, le soleil brille de ses derniers feux, éclairant la surface miroitante de l’eau qui se fait alors pur éclat lumineux, un éclat d’autant plus intense que le fleuve occupe ici plus des deux tiers de l’espace pictural et que la bande de terre de la rive opposée ne marque qu’une fine ligne de partage entre le ciel et l’eau.

Théo Van Rysselberghe, L’Escaut en amont d’Anvers, 1892, huile sur toile, 68 x 90 cm, collection particulière.

Rysselberghe construit une harmonie visuelle

Comme pour contenir cette dissolution du paysage dans la lumière, quelques éléments confèrent à l’harmonie visuelle et au sentiment de plénitude exprimé ici leur charge de réel : la maison et le voilier indiquent des présences humaines, sur la terre ferme comme sur l’eau ; le mouvement qui anime le second rend l’eau et l’air palpables ; les quatre poteaux lui impriment un rythme ; sortant de l’eau, ils en marquent la surface et la profondeur, la densité physique.

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Le Salon du dessin chez vous : Auguste Herbin ou la libération de la couleur

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C’est en 2013, au musée Matisse du Cateau-Cambrésis qu’a eu lieu la dernière rétrospective de l’œuvre d’Auguste Herbin (1882-1960). Quoi de plus naturel pour un enfant du pays car, même s’il est né à Quiévy, à 10 kilomètres du Cateau-Cambrésis, c’est dans cette ville qu’il passe son enfance. Ses études artistiques, il les fait à l’Académie des Beaux-Arts de Lille de 1898 à 1901 dans l’atelier de l’artiste académique Pharaon de Winter, auteur de grands tableaux d’église et de portraits graves.

La révélation cubiste et au-delà

Très vite, Auguste Herbin file à Paris. Il peint dans le style postimpressionniste, courant à l’époque. Il expose au Salon des indépendants en 1906 et, trois ans plus tard, c’est le choc. Il vient de rencontrer Picasso et Braque, tous deux encore étonnés de l’impact de leurs propositions cubistes sur la jeune génération. « Cette simplification terrible qui a porté le cubisme sur les fonts baptismaux, rappelle Bernard Zurcher avec clairvoyance, est responsable en grande partie d’un véritable mouvement dont ni Braque, ni Picasso ne voulaient assumer la responsabilité. Un mouvement dont les théoriciens (Albert Gleizes et Jean Metzinger) ne dépasseront guère les bizarreries cubiques stigmatisées par Vauxcelles ». Dans ces années 1910, tout le monde fait du cubisme, décompose et recompose la réalité, se joue des facettes et des volumes éclatés. Herbin fait comme les autres post-cubistes. Il est soutenu par le critique d’art allemand Wilhelm Uhde, qui collectionne Braque et Picasso et défend Marie Laurencin.

Aguste Herbin dans l’atelier de Picasso en 1911. Wikimedia Commons

Du camouflage à l’abstraction

En 1912, Herbin participe à l’exposition de la Section d’or à la galerie La Boétie avec les membres du groupe de Puteaux, réunis dans l’atelier de Marcel Duchamp et de son frère ainé Jacques Villon. Tous viennent du cubisme mais ils veulent s’en distinguer, élaborant un principe harmonique où les formes sont régies par le nombre d’or de la Renaissance, d’où le terme de Section d’or, et par des tracés régulateurs. Dès que la Première Guerre mondiale éclate, Herbin est affecté à la décoration d’une chapelle militaire à Mailly-le-Camp, dans l’Aube, puis dans l’atelier camouflage, dirigé par le peintre Lucien-Victor Guirand de Scevola, pour imaginer des toiles bariolées capables de se fondre dans la nature. Ces recherches tendant vers l’abstraction vont-elles influencer son travail personnel ? Dès 1917, Herbin produit ses premières toiles abstraites que Léonce Rosenberg, le directeur de la galerie de L’effort moderne, va exposer dans les années suivantes.

Auguste Herbin, Sans titre (1926), crayon, gouache, gouache et aquarelle sur papier. Proposé à la vente par la galerie Rosenberg & Co. Estimation : 28 000 euros.

Nouvelles recherches dans l’esprit de Miro

Mais en 1919, Herbin se lance dans des peintures sur bois géométriques en relief. Il veut faire des objets monumentaux. Incompréhension de la part du public et de la critique. Il se retire au Cateau-Cambrésis, épouse Louise Bailleux en 1922 et revient, côté peinture, à un style plus figuratif. Ces années de retrait vont être également l’occasion pour Herbin de faire des recherches graphiques à partir de formes simples, d’aplats de couleurs pures et de lignes souples.
De cette période date sans doute ce dessin aux tonalités joyeuses, où les formes s’entrecroisent avec des plans de couleur. Un peu comme dans certaines toiles de Miro du milieu des années 1920, peuplées de disques, cônes, équerres et ondulations. Ici, rien d’aussi précis. Pas d’éléments pris au réel. Ce ne sont que des plans colorés, parfois d’une égale intensité pour les aplats à la gouache, parfois avec de subtiles variations dues à l’emploi de l’aquarelle. Les couleurs sont savamment réparties, même si les bleus dominent. Quelques effets de volumes apparaissent avec l’emploi de hachures au pinceau. Restent les deux mystérieuses zones blanches, scandées de traits gris, qui rappellent des partitions musicales. Mais Herbin, en ces années 1910-20, n’était-il pas proche d’Henry Valensi, le peintre musicaliste, fou de rythme et de couleurs ?

Cette oeuvre d’Auguste Herbin est proposée à la vente par la galerie Rosenberg & Co. et estimée environ 28 000 €.
Contact : (info@rosenberg.com)

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Art aborigène : spiritualités contemporaines à la Fondation Opale

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Le 9 juin 2019, il régnait une atmosphère des plus surréalistes dans la petite ville suisse de Lens, à un battement d’ailes de la station chic de Crans-Montana. Dans le beau bâtiment de verre dessiné par l’architecte suisse Jean-Pierre Emery (qui abritait autrefois la Fondation Pierre Arnaud), une délégation féminine de peintres aborigènes issues des sept centres d’art des APY Lands avait fait le voyage pour accompagner l’accrochage de leur toile sur les cimaises de la Fondation Opale, tout juste inaugurée.

Un embrasement de couleurs et de tourbillons psychédéliques

La toile cristallisait alors tous les regards, déroulant, dans un embrasement de couleurs et de tourbillons aux accents psychédéliques, l’histoire des Sept Sœurs, l’un des récits mythologiques qui ont façonné la mémoire et l’identité de leur communauté. « Bien plus qu’un tableau au sens de notre jugement occidental, c’est une prière commune, un chant cérémoniel », expliquait Bérengère Primat, au moment même où l’une des artistes exécutait une danse en brandissant un bâton, selon un rituel exprimant la joie du retour… L’émotion des retrouvailles était alors palpable entre la présidente de la Fondation Opale, tombée amoureuse de la culture et de l’art aborigènes qu’elle collectionne depuis plus de quinze ans, et ces femmes peintres dont la jubilation créatrice et l’intense spiritualité sonnaient comme une évidence.

Vue du bâtiment de la Fondation Opale ©DR

« J’ai découvert cet art pour la première fois en 2003 lors d’une exposition au Passage de Retz, à Paris, intitulée « Wati : Les Hommes de Loi ». Cela a été un choc immense… Je me suis mise aussitôt à lire un nombre impressionnant de catalogues pour essayer de comprendre ces concepts de création, si différents des nôtres. J’ai rencontré le commissaire de cette exposition, Arnaud Serval, qui est devenu mon époux, et j’ai décidé de partir avec lui en Australie, dans le Désert central. J’ai alors commencé à acheter des œuvres, notamment celles des trois frères Tjapaljarri que l’on a appelés “ les derniers nomades ” car ils ne sont sortis du Bush qu’en 1986 : Thomas, Walala et Warlimpirrnga », raconte avec simplicité celle qui n’est autre que l’arrière-petite-fille de l’industriel Marcel Schlumberger et la petite-nièce de la collectionneuse Dominique de Ménil…

Le désir de créer sa Fondation

Bien des années plus tard, au moment où prend forme le désir de créer sa Fondation, Bérengère Primat repart en Australie avec ses enfants pour une longue odyssée sur les terres aborigènes. « Au-delà d’une découverte esthétique, ma relation au peuple aborigène est une aventure humaine. Au contact de ces hommes et ces femmes, je me sens connectée à moi-même, à leur terre, aux autres, au cosmos. Je ne me définis d’ailleurs pas véritablement comme une collectionneuse ; cela me paraîtrait irrespectueux. Je trouve bien plus intéressant de participer et d’aider à la création », explique ainsi cette femme généreuse et passionnée.

Vue de l’exposition « Before Time Began. Aux origines de l’art aborigène contemporain », présentée à la Fondation Opale jusqu’au 29 mars 2020 ©O.Maire

Une ambassade de l’art aborigène

Car pour cette grande amatrice d’art contemporain, les peintres et sculpteurs aborigènes sont aussi et surtout des artistes à part entière, qu’il serait absurde d’enfermer dans une grille de lecture anthropologique et de couper de leurs homologues contemporains. Tirant son nom d’une pierre particulièrement prisée des Aborigènes, la Fondation Opale entend ainsi faire connaître et rayonner cet art en dehors de ses frontières. « J’aimerais offrir aux artistes une plate-forme, un endroit où ils se sentent chez eux, une sorte de pied-à-terre où ils puissent s’exprimer. Avec Georges Petitjean, le conservateur de la collection qui compte quelque huit cents œuvres, nous caressons ainsi le rêve que cette fondation devienne un centre culturel de l’art aborigène, son ambassade en quelque sorte », surenchérit la collectionneuse.

Loin d’être un simple lieu d’exposition, la Fondation Opale accueillera ainsi chaque année un artiste en résidence, organisera des conférences afin que les peintres aborigènes puissent parler eux-mêmes de leur travail, et tissera des collaborations avec des écoles d’art suisses. « Notre ambition est de créer aussi une bibliothèque et, dans le futur proche, un centre de recherche », ajoute Bérengère Primat, fière de voir dialoguer sur les cimaises de sa fondation d’éclatantes compositions qui reflètent l’extraordinaire inventivité formelle des plasticiens aborigènes.

Mick Kubarkku, L’ancêtre crocodile, 1925-2008, 55,5 x 21,5 cm, 1973, ocres naturelles sur écorce © 2019, ProLitteris, Zurich. Crédits photos © Vincent Girier-Dufournier

Ici, un panneau d’écorce de la Terre d’Arhnem, dans le Territoire du Nord, sur lequel le grand John Mawurndjul a réalisé une vision saisissante de la première cérémonie secrète de ses ancêtres : leurs faciès crayeux rappellent étrangement le visage spectral du Cri de Munch. Là, une composition cosmique de l’artiste Gulumbu Yunupingu (1945-2012) évoquant le Garma, ce lieu mythique où tout le monde peut venir se reposer en regardant les étoiles. Plus loin, une toile aux vibrations hypnotiques d’Emily Kame Kngwarreye (1910-1996) dont les points lumineux suggèrent le tracé des peintures corporelles. « On a comparé la touche d’Emily Kame à celle des impressionnistes. Mais les paysages qu’elle peint sont dans en état d’être permanent, et non dans un état fixé dans le temps », précise néanmoins Georges Petitjean, historien de l’art, lui aussi tombé amoureux de cette culture et de cet art trop souvent enfermés par les ethnologues dans ce concept si difficilement traduisible qu’est « Le Temps du Rêve ». Par cette expression trompeuse (Dreaming en anglais, Tjukurpa dans la langue pitjantjatjara), les Aborigènes désignent en réalité cette période lointaine et immuable durant laquelle des êtres mythiques, mâles ou femelles, surgirent de la terre pour façonner le paysage et le ciel, avant d’apparaître aux premiers hommes. C’est aussi, selon la jolie expression de l’historien de l’art australien Wally Caruana, un « espace-temps qui n’a rien à voir avec un état de rêve ou de sommeil », un corpus inépuisable de croyances et de concepts auxquels, depuis des millénaires, les Aborigènes ne cessent de se référer pour se « nourrir » physiquement et spirituellement.

Long Jack Phillipus Tjakamarra, Rêve d’eau à Kalipinypa, c. 1938-1992, 196 x 171 x 2,2 cm, 1974, acrylique sur toile de coton ©Fondation Opale

Squelettes et esprits

Ainsi, rien de moins dénaturé et de moins statique que cet art aborigène qui semble faire le grand écart entre pratiques millénaires et expériences avant-gardistes. Utilisant les supports les plus variés (panneaux d’écorce, toiles et pigments acryliques, mais aussi sculptures, poteries, tissages et, plus récemment, photographies), les artistes mettent en scène les plantes et les animaux totémiques de leur territoire, relatent les histoires de leur famille et de leur clan, transposent sur la toile les motifs secrets autrefois réservés aux parois rocheuses, aux peintures des corps et aux objets cérémoniels. Hantées de squelettes et d’esprits, peuplées de crocodiles et de kangourous, traversées d’éclairs et de boules de feu, scandées de trous d’eau et de rivières, leurs œuvres sont des prières visuelles, des opéras polyphoniques, des territoires picturaux et sacrés. Bérengère Primat, quant à elle, s’autorise ce joli rêve : « J’aimerais que le public qui se rend à la Fondation Opale éprouve, à son tour, l’émotion que j’ai ressentie moi-même il y a quinze ans. Au-delà des discours, l’art aborigène doit rester avant tout une expérience physique et sensorielle ».

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Coronavirus : Les galeries d’art passent en mode virtuel

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Comment visiter une exposition déjà montée dans une galerie privée sans vous lever de votre canapé ? De Paris à Londres ou New York, tous les marchands ont cherché à vous faciliter le travail pour vous convaincre de venir voir les dernières œuvres de leurs poulains, qui sont déjà sur leurs murs.

Trois expos d’artistes contemporains dématérialisées

Prenons les exemples de la galerie Jeanne Bucher Jaeger, qui devait ouvrir l’exposition « Seeing » de Michael Biberstein du 7 mars au 30 mai, de la galerie Templon avec les broderies de Billie Zangewa du 14 mars au 9 mai, et de la galerie Max Hetzler, qui avait annoncé une présentation des peintures d’Ida Ekblad du 21 mars à fin juin. Dans les trois cas, tout est en ligne. Photographies des accrochages, œuvres avec leurs cartels, fiche de l’artiste avec sa biographie, ses expositions personnelles à la galerie ou dans des musées, articles de presse et parfois même des vidéos leur donnant la parole (écoutez la passionnante interview d’Edmund de Waal sur le site de la galerie Max Hetzler) ou permettant de visualiser les œuvres dans l’espace (ne manquez pas celle du Arimafuji Park avec les sculptures de Susumu Shingu à Hyogo, au Japon sur le site de la galerie Jeanne Bucher Jaeger).

Accrochage virtuel de dessins pour vente en ligne

Autre possibilité, il n’y a pas d’exposition dans la galerie mais celle-ci invente un accrochage d’œuvres de manière virtuelle. En prônant sur son site « L’art est le seul virus à partager », la galerie Denise René, à Paris, donne le ton et crée des expositions en ligne. Sa première exposition est un accrochage d’œuvres sur papier, que l’on peut découvrir sur Artsy depuis le 25 mars et pendant trois semaines. Le système est simple : quatorze œuvres sont regroupées. Il s’agit de dessins d’artistes historiques comme Sonia Delaunay et Marcelle Cahn ou de plus jeunes comme Étienne Rey et Anne Blanchet.
Chaque dessin est accompagné de sa légende technique et de son prix, le tout bien aligné sur votre écran. Si vous voulez en savoir davantage sur l’artiste, des renseignements biographiques et la liste de ses dernières expositions apparaissent facilement. Vous pouvez obtenir également les photographies des autres œuvres du même artiste à vendre ainsi que leurs prix. Cerise sur le gâteau, en appuyant sur la photographie de l’œuvre, vous découvrirez une icône magique intitulée « View in room », qui vous permettra de visualiser l’œuvre dans l’espace, estimer ainsi sa taille sur un mur de la galerie et d’imaginer ce que cela donnera chez vous.

Vue avec simulation d’accrochage d’une oeuvre graphique sur le site de vente Artsy – Galerie Denise René

L’art brut abstrait à 360°

Enfin, certaines galeries vont encore plus loin. Pour preuve, la galerie Christian Berst à Paris qui présente « in abstracto #2 », le second volet d’une exposition collective regroupant des artistes comme Josef Hofer, Beverly Baker ou Leopold Strobl. La galerie étant fermée depuis le 15 mars, elle propose une visite virtuelle à 360°, qui permet de visiter cette exposition sur l’art brut abstrait à son rythme, sans gêne ni bruit. On peut circuler à sa guise, zoomer sur les œuvres, aller à gauche, aller à droite, revenir sur ses pas. Et sur le côté droit de l’écran, une série de photographies fixes vous permettent d’avoir les œuvres avec une définition parfaite. « Nous y avons introduit pour la première fois, explique Christian Berst, les dessins ondulatoires de Julius Bockelt, les tracés giratoires de Séverine Hugo ou les graphiques elliptiques d’Alexandre Vigneron, auxquelles viennent s’ajouter d’autres pépites remarquables comme ces « divines marques » de Frédéric Bruly-Bouabré, ces étoiles bleues siamoises de Johann Hauser, cette composition hiératique de Vlasta Kodrikova ou encore ce magnétique assemblage du Philadelphia wireman ». Une formidable visite de substitution.

Visite virtuelle de l’exposition « in abstracto #2 » à la galerie Christian Berst

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Boucher, Cézanne, Poussin en dessins, l’âme de la collection Prat

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La vie des dessins est semée de périls. Consultés, copiés, calqués dans l’atelier, ils s’estompent, se maculent, se froissent, se déchirent. Leur survie tient du miracle. Il est pourtant des dessins heureux : ceux qui, croisant le regard amoureux d’un amateur, trouvent asile dans une collection. Nous avons rencontré de ces dessins heureux chez Véronique et Louis-Antoine Prat.

Une passion partagée

Pour les Prat, l’aventure a commencé dans les années 1970. Docteure en histoire de l’art, rédactrice en chef Culture du « Figaro Magazine », Véronique a fait sensation par ses articles sur les plus grandes collections privées internationales. Quant à Louis-Antoine, après des études littéraires et Sciences Po, il s’est tourné lui aussi vers l’histoire de l’art. Admirée au Cabinet des dessins dans le cadre feutré d’un séminaire de l’École du Louvre, la Vue du val d’Arco de Dürer a éveillé leur passion. Le couple achète ses premières feuilles. Commencent les visites chez les grands marchands parisiens comme Paul Prouté ou De Bayser et la fréquentation de l’Hôtel Drouot. Pour Louis-Antoine, devenu l’un des meilleurs spécialistes de son domaine, cette passion débouche sur une étroite association avec le musée où tout a commencé : chargé de mission au Cabinet des dessins du musée du Louvre, il publie des inventaires, participe aux grandes expositions. Enseignant pendant dix ans l’histoire du dessin à l’École du Louvre, il préside aujourd’hui la Société des amis du Louvre.

De l’instinct et beaucoup de travail

Le travail du collectionneur est celui d’un enquêteur, qui doit vérifier son intuition par un travail d’analyse, de documentation, de comparaison. Pour un dessin paraphé par l’artiste, comme ce Satyre de François Boucher, combien de feuilles anonymes ! Dessinateur prolixe, Boucher retouchait aussi les dessins de ses enfants. Au connaisseur de mettre de l’ordre dans ce fatras ! « Le duc d’Aumale pensait posséder cent Poussin, achetés avec la collection de dessins anciens formée par Frédéric Reiset, conservateur au Louvre, raconte Louis-Antoine Prat. Mais l’histoire de l’art a fait des progrès. Lorsque Pierre Rosenberg et moi avons fait le catalogue raisonné des dessins de Poussin, nous n’en avons gardé qu’une trentaine. Aujourd’hui nous arrivons à identifier la main des satellites de Poussin, Claude Mellin, Jean Lemaire, Charles-Alphonse Dufresnoy… »

Prat appartient à cette lignée de grands collectionneurs érudits, tels Pierre-Jean Mariette au XVIIIe siècle, Reiset ou Philippe de Chennevières, conservateur du musée du Luxembourg, au siècle suivant. La fréquentation du Louvre a placé la barre très haut. Dans l’enthousiasme des débuts, les Prat achetaient « tout », toutes les écoles, tous les siècles (ils ont possédé jusqu’à mille dessins) mais aussi des peintures, des sculptures. Puis leur ambition s’est concentrée : la France, parce que le terrain était plus familier, du XVIIe au XIXe siècle, parce que les grands noms du XXe font « des prix fous ». Ces limites posées, ils ne retiennent que la quintessence. On ne sera pas étonné de savoir que douze de leurs dessins appartiennent déjà au Louvre, légués sous réserve d’usufruit. Malgré quelques beaux paysages, leur goût les mène vers la représentation de la figure humaine, avec une prédilection pour les esquisses de peintures : rien moins que le dessein de l’artiste.

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Le Songe d’Ossian, XIX
e siècle, plume et encre brune, aquarelle,
mis au carreau au graphite, trait d’encadrement à la plume et encre brune, 30,5 × 30,2 cm ©collection Prat

Le prix de l’excellence

Ce florilège de trois siècles d’art français, de Jacques Callot à Georges Seurat, compte à peine plus de deux cents feuilles aujourd’hui. Il n’a cessé de s’affiner. Des sacrifices ont été consentis. Pour un Poussin majeur, L’Enlèvement de Proserpine, les Prat ont vendu tous leurs dessins du XXe siècle ! Un seul WatteauFemme auprès d’un berceau, a « coûté » une autre centaine de dessins. Les Cézanne, les Seurat ont eux aussi déclenché des coupes sombres. L’excellence est à ce prix. Tous les plus grands sont ici réunis. Le poétique Laurent de La Hyre, Callot et ses gueux, Poussin, Le Brun et les maîtres du décor versaillais, Watteau, Boucher et Fragonard, Greuze mais aussi les adeptes du néoclassicisme naissant.

Voici, pour le XIXe siècle, Prud’hon dans toute sa grâce souriante, avec Psyché ou La Fortune, Gros, Girodet, Géricault et le saisissant Assassinat de Fualdès, le plus tragique de ses dessins consacrés à ce crime célèbre, Ingres qui occupe tout un pan de mur, Delacroix, entre l’évanescente Amoureuse au piano et le Cheval ruant, qui appartint à Degas, Chassériau, Corot, Millet, une rarissime étude de Manet pour un tableau religieux disparu, et encore Rodin, Toulouse-Lautrec

Eugène Delacroix,
L’Amoureuse au piano, pinceau et lavis brun ©collection Prat

Trois siècles de chefs-d’œuvre

Ce qui rend la collection si émouvante, c’est que ces grands noms, loin d’être isolés dans leur splendeur, sont replacés dans la trame vivante de leur temps. Le Grand Siècle de Poussin et Le Brun se clôt avec Antoine Dieu, artiste méconnu avant que Louis-Antoine Prat ne s’y intéresse, chaînon manquant entre ces grands aînés et l’art d’un Watteau qu’il influença.

Le XVIIIe siècle réserve également de splendides surprises, de Trémolières à Dandré-Bardon, ou encore cette Jeune Femme de Claude Hoin, vivace et fraîche comme une rose au matin. Les dessins magistraux de Jacques-Louis David voisinent avec La Mort d’Alceste de Peyron, pionnier du retour à l’antique et rival malheureux de celui-ci au Salon de 1785, ou une étonnante feuille d’Armand-Charles Caraffe, artiste puissant et rare. Les « pompiers » vous ennuient ? On découvre parmi les académiciens jadis honnis de la seconde moitié du XIXe siècle de merveilleux dessinateurs comme Alexandre Cabanel ou Paul Baudry, décorateur inspiré du foyer de l’Opéra de Paris.

Alexandre Cabanel, Un homme et deux femmes dansant dans les airs, sanguine ©collection Prat

Dans une de ses nouvelles, car il est aussi écrivain, Louis-Antoine Prat imaginait le supplice d’un collectionneur, obligé après sa mort de revivre éternellement la vente de sa collection. Souhaitons-lui, et à son épouse, un supplice plus doux, celui de revivre cette exposition. Par-delà les écoles, les styles, les manières, elle révèle la cohérence de leurs choix, elle éclaire ces liens indicibles tissés entre les œuvres, qui font l’âme d’une collection.

Découvrez les autres articles parus dans notre numéro d’avril. « Christo emballe Paris » « La Samaritaine : renaissance d’un chef-d’œuvre de l’Art Nouveau » « Sublime Nature : Turner du dessin à la toile »

Accessible également en version PDF

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En attendant le Salon du dessin : Le Pho, quand l’art vietnamien rencontre Fra Angelico

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Depuis quelques années, on voit apparaître au gré des ventes aux enchères, ou en galeries, nombre d’œuvres de Le Pho, cet artiste vietnamien né dans la région de Ha Tay en 1907 et mort à Paris en 2001. Aux côtés de Vu Cao Dam, Hoang Tich Chu et Le Thi Luu, entre autres, Le Pho est l’un des importants créateurs vietnamiens modernes. Il fait le pont entre l’Orient et l’Occident et rappelle l’importance de l’école de Hanoï.

L’Ecole d’Hanoï : au croisement de l’Asie et de l’Europe

L’essor de la peinture à l’huile au Vietnam est effectivement lié à la création de l’École supérieure des Beaux-Arts de l’Indochine à Hanoï. Deux personnages en sont à l’origine. D’un côté Victor Tardieu, qui avait été formé à l’École des Beaux-Arts de Lyon, était parti s’installer en Indochine et y avait peint une toile de 180 m², intitulée La Métropole, pour le grand amphithéâtre de l’université. D’autre part, le peintre Nguyen Nam Son, formé à la calligraphie chinoise, illustrateur pour divers journaux locaux, et qui rencontre Victor Tardieu en 1921. Tous deux créent l’école et Tardieu en reste l’administrateur jusqu’en 1936. Celle-ci a joué un rôle important dans la formation des artistes mais aussi dans le rapprochement avec la peinture européenne car son directeur, Victor Tardieu, avait étudié dans l’atelier de Gustave Moreau en compagnie de Matisse et de Rouault. Plusieurs artistes français sont partis enseigner là-bas, comme Alix Aymé et Joseph Inguimberty, qui enseignent la laque.

Victor Tardieu devant sa fresque La Métropole dans l’amphithéâtre de l’Université d’Hanoï, 1924-1925. DR

Début de carrière en Indochine

Mais venons-en à Le Pho. Né en 1907 près de Hanoi, Le Pho est le fils du tông-dôc, le gouverneur de la province de Ha Tay. Son enfance a été marquée par la disparition de sa mère alors qu’il n’était âgé que de trois ans. Il est élevé par son frère aîné, suit les cours traditionnels de calligraphie et de peinture avant d’entrer au lycée. En 1923, il entre à l’école professionnelle créée à Hanoi pour former les Vietnamiens aux métiers d’art et dirigée par Gustave Hierholtz. Il y suit des cours de peinture sur soie et l’art du laque mais apprend également les techniques européennes.
Dès la création de l’École des Beaux-Arts d’Indochine, il y est admis et en sort diplômé en 1930. Il réalise alors une huile sur toile représentant une scène vietnamienne, toile qui est installée ensuite à la Maison des étudiants de l’Indochine à la Cité internationale universitaire de Paris. Au même moment, il enseigne le dessin au Lycée du Protectorat et au Lycée Albert Sarraut. Il reçoit même des commandes privées (paravents de laque) et publiques (grandes décorations pour le Palais du Gouverneur).

Le Pho et le marchand d’art Wally Findlay à la galerie Findlay, vers 1960. Wikimedia Commons/Musée Annam

L’appel des grandes expositions

Sur l’invitation de Victor Tardieu qui lui demande de devenir son assistant, Le Pho participe à l’Exposition coloniale de 1931 à Paris. Il travaille sur le Salon de laque du Pavillon d’Angkor avec d’autres jeunes artistes comme Le Van De, Thang Tran Penh, Do Du Thun et To Ngoc Van. Au sein de ce pavillon, ils peuvent également présenter leurs œuvres personnelles dans un espace réservé aux élèves de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine. Le Pho en profite pour suivre des cours aux Beaux-Arts de Paris et voyage en Belgique, Pays-Bas et Italie. Il tombe en admiration devant les peintres primitifs. À son retour au Vietnam en 1933, il tire les leçons de ses découvertes en Europe mais veut encore compléter sa formation en séjournant à Pékin l’année suivante pour étudier la peinture traditionnelle chinoise. En 1937, il s’installe définitivement à Paris car cette fois-ci, pour l’Exposition Internationale, c’est lui qui est en charge de superviser la section d’Indochine. Le critique d’art Waldemar-George le repère (« L’œuvre de Le Pho n’est pas un compromis entre l’art vietnamien d’origine chinoise et l’art occidental. C’est une fusion de deux mentalités, de deux mondes et de deux continents ») et Le Pho peut enfin exposer en galerie. André Romanet l’invite à présenter ses œuvres dans sa galerie d’Alger aux côtés de Marquet et Dufy (informations données par l’Association des Anciens du lycée Albert Sarraut de Hanoï grâce à l’aide de Paulette Le Pho, l’épouse de l’artiste).

Un art délicat qui se décline sur toile ou sur soie

Peignant tantôt à l’huile sur toile tantôt à la gouache et encre sur soie (il a dû abandonner le laque à cause d’une allergie), Le Pho se spécialise dans les natures mortes et les figures de femmes et d’enfants. Pas question d’abandonner son originalité à mi-chemin entre l’héritage occidental et l’art traditionnel vietnamien influencé par l’art chinois. Peu de perspective ni de relief dans ses œuvres mais une prédominance donnée à la ligne, sinueuse, douce et expressive. Il aime les sujets traditionnels comme les oiseaux, les bambous et les fleurs de lotus qu’il peint avec de longs pinceaux minces. Ses femmes reprennent les gestes des Madones de Fra Angelico, Simone Martini ou Sandro Botticelli. Avec grâce, elles tiennent une fleur ou ajustent un voile transparent au-dessus de leur tête ou de leurs épaules. On pense à la grâce parfois maniérée du Japonais Foujita.

Le Pho, Portrait de jeune femme, vers 1940, 35,5 X 28 cm, encre et gouache sur soie marouflée sur carton. Signé de deux sinogrammes, d’un cachet rouge ainsi que d’une signature à l’encre de chine, ‘Lepho’ en bas à droite. Estimation : 80 000 € – Galerie Brame et Lorenceau

Élégance et maniérisme à la croisée des traditions

Pensive et mélancolique, la jeune fille qui figure sur le dessin vendu par la galerie Brame et Lorenceau tient de ses doigts graciles quelques mèches de ses cheveux noirs. On dirait les mains des vierges maniéristes du Parmesan, longues et souples. Le fonds est constitué de bambous au feuillage argenté, qui se détachent sur d’autres aux feuilles plus sombres. Cette sorte de paravent végétal empêche toute profondeur. La jeune fille n’a pas de trait caractéristique. Son costume est à peine esquissé. Seule, l’élégance des gestes l’emporte.
Deux sinogrammes et un cachet rouge voisinent près d’une signature à l’encre de chine en bas à droite. Ils signent cette double appartenance de Le Pho dont parle souvent Waldemar-George, qui consacra une monographie à Le Pho en 1970 : « Ici, les routes de l’Asie et de l’Europe se croisent. L’art oriental et occidental engagent, une fois de plus, un dialogue fraternel. » Sylvie Brame annonce que cette encre et gouache sur soie est proposée autour de 80 000 euros.

Portrait de jeune femme par Le Pho est proposé à la vente par la galerie Brame et Lorenceau et estimée 80 000€
Contact : (contact@bramelorenceau.com)

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Les trois « Bleu » de Joan Miró : focus sur un chef-d’oeuvre

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« Je travaille comme un jardinier ou comme un vigneron. Les choses viennent lentement. Mon vocabulaire de formes, par exemple, je ne l’ai par découvert d’un coup. Il s’est formé presque malgré moi ».
Joan Miró

En 1925, alors que sa production compte de nombreuses compositions sur fond bleu, Joan Miró (1893-1983) peint Photo : Ceci est la couleur de mes rêves (conservé au Metropolitan Museum of Art) qui attribue explicitement à la couleur bleue, présente là sous la forme d’une tache sur fond blanc, une portée toute particulière.

Joan Miro, Photo : Ceci est la couleur de mes rêves, 1925, The Met, New York, présenté au Grand Palais en 2018 ©Sylvie Ragey

 

Immersion dans le Grand Bleu

Plusieurs décennies plus tard, Miro peut enfin s’installer dans le grand atelier dont il avait si longtemps rêvé. Construit pour lui en 1956 par son ami architecte José Luís Sert à Palma de Majorque, il lui permet, comme il y aspirait dans un entretien de 1938, de « dépasser, dans la mesure du possible, la peinture de chevalet » et de se « rapprocher, par la peinture, des masses humaines auxquelles [il n’a] jamais cessé de songer ». Et c’est dans ce vaste espace qu’il réalise, après une période d’adaptation peu productive, ces trois Bleu, toiles immersives s’il en est, aux dimensions monumentales, où résonnent tant son admiration pour l’expressionnisme abstrait découvert en 1947 aux États-Unis que son intérêt pour la calligraphie orientale.

Joan Miro, Bleu 1, 4 mars 1961, huile sur toile, 270 x 355, Centre Pompidou-Musée national d’art moderne © Mnam /Centre de création industrielle

La musique muette de Miro

Les fonds en sont plus ou moins denses, plus ou moins vibrants et les formes noires et rouges qui les animent plus ou moins nombreuses et discrètes : fine ligne, ovoïdes semblables à des galets, traits épais ou larges points aux contours estompés par la brosse ou la diffusion de la peinture, ces formes surgissent dans les étendues bleues ; elles y établissent des chemins, elles leur impriment des rythmes, des scansions, elles y tracent des phrases qui tiennent autant de l’écriture que de la notation musicale. Voilà ainsi des espaces indéterminés et ponctués du « mouvement immobile », que le peintre recherchait et qu’il comparait à « l’éloquence du silence » ou à la « musique muette ». Autant d’oxymores qui situent l’expérience sur le versant de la spiritualité, voire de la mystique.

Les trois Bleu présentés au Grand Palais en 2018 ©Céline Lefranc

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[Visite Live] Exposition « Degas Danse Dessin » au musée d’Orsay

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Suivez Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts, au fil des salles de l’exposition « Degas Danse Dessin », présentée au musée d’Orsay en 2018, pour découvrir ces chefs d’oeuvre de l’Impressionnisme et aborder autrement l’oeuvre de Degas.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Le mystère Degas au musée d’Orsay

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Le siècle de Bruegel #1 [podcast]

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À l’occasion de l’Année Bruegel, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles nous plongeait en 2019 au cœur du XVIe siècle à travers deux expositions : « Bernard van Orley. Bruxelles et la Renaissance » et « L’estampe au temps de Bruegel » qui montrait comment l’invention de l’imprimerie a débouché sur quantité de nouvelles images.

Pour écouter le second épisode, consacré au siècle de Bruegel, cliquez ici.

Une émission réalisée à l’occasion de l’Année Bruegel en Flandres en 2019.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Bruegel, le géant des Flandres

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Le siècle de Bruegel #2 [podcast]

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À l’occasion de l’Année Bruegel, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles nous plongeait en 2019 au cœur du XVIe siècle à travers deux expositions : « Bernard van Orley. Bruxelles et la Renaissance » et « L’estampe au temps de Bruegel » qui montrait comment l’invention de l’imprimerie a débouché sur quantité de nouvelles images.

Pour écouter le premier épisode, consacré au siècle de Bruegel, cliquez ici.

Une émission réalisée à l’occasion de l’Année Bruegel en Flandres en 2019.

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Chambord, Notre-Dame, Tour Eiffel : les monuments à visiter virtuellement de chez soi

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À croire qu’il n’a jamais été aussi simple de se cultiver depuis chez soi. Durant cette difficile période, faisons rimer confinement obligatoire avec art et profitons d’un moment seul ou en famille pour redécouvrir des monuments sous un nouveau jour. Châteaux, maison d’artiste, cathédrale, édifices historiques, bâtiment de Street Art, Connaissance des Arts a compilé pour vous 10 monuments à visiter virtuellement, en attendant que la pandémie de coronavirus cesse.

1. Notre-Dame de Paris

En janvier dernier, le studio français Targo a lancé le documentaire en réalité virtuelle Revivre Notre-Dame. Près d’un an après l’incendie qui a frappé Notre Dame de Paris, le confinement est le moment idéal pour s’équiper d’un casque VR et vivre une expérience immersive bouleversante dans la cathédrale. Le documentaire est d’ores et déjà disponible dans l’application Oculus TV sur Oculus Quest, Oculus Go et Gear VR.

2. Vue sur Paris depuis la Tour Eiffel

Elle était l’un des premiers lieux à fermer ses portes aux prémices du confinement total. Construite par Gustave Eiffel à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889, elle accueille près de 7 millions de visiteurs par an. Avec Google Arts & Culture, seul ou en famille, gravissez virtuellement les marches de la tour Eiffel pour découvrir cet emblème de Paris et admirer l’une des plus belles vues de la capitale.

Visitez en réalité virtuelle la tour Eiffel.
Photo ©Pixnio

3. Le château d’Angers : à l’assaut de la forteresse

Dans le cadre d’un partenariat avec le Centre des monuments nationaux (CMN), Google Arts & Culture a réalisé une visite virtuelle du château d’Angers (Maine-et-Loire). Des traces d’une occupation datant du Néolithique à la célèbre tapisserie médiévale de l’Apocalypse, en passant par les remparts défensifs et les dix-sept tours de la forteresse de Saint-Louis, découvrez le château des ducs d’Anjou comme vous ne l’avez jamais vu.

4. Les secrets de l’Opéra Garnier

Dans la série des monuments parisiens iconiques, si vous faisiez une petite escale à l’opéra Garnier ? En plus de quelques expositions sur la naissance de l’opéra Bastille ou encore sur le passage de Noureev, le seigneur de la danse, au Palais Garnier, Google Arts & Culture propose quatre visites virtuelles permettant de se promener sur la scène, les toits, dans la bibliothèque-musée ou même dans le lac artificiel, situé sous l’édifice depuis sa construction en 1860. De quoi faire le plein de visites culturelles insolites.

Avec Google Arts & Culture, visitez en réalité virtuelle le Palais Garnier depuis votre salon.
Photo ©Wikimedia Commons/Cristian Bortes

5. Chambord : un emblème de la Renaissance

Également en partenariat avec Google Arts & Culture, le château de Chambord propose de nombreuses ressources aux visiteurs connectés. Le fleuron de l’architecture, construit à partir de 1519 à la demande de François Ier, offre notamment plusieurs expositions numériques sur Chambord et la Renaissance. Pour celles et ceux qui ne peuvent pas attendre la réouverture du château au public pour s’y rendre, Google Arts & Culture a mis en ligne deux visites en réalité virtuelle : une première du domaine et une seconde sur les terrasses de l’édifice. L’occasion de s’amuser à retrouver toutes les salamandres couronnées de François Ier et de contempler l’escalier à double révolution sans quitter son salon.

6. Le Moyen Âge fantasmé au château de Pierrefonds

Vous l’avez certainement vu dans Peau d’Âne (1970), de Jacques Demy, ou plus récemment dans Les Visiteurs 2 (1998), de Jean-Marie Poiré, mais l’avez-vous déjà visité ? Le château de Pierrefonds, géré par le CMN, est un château fort édifié à la fin du XIVe siècle par Louis d’Orléans, le frère du roi Charles VI, et reconstruit au XIXe siècle, sous l’Empereur Napoléon III, par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc. Avec la visite virtuelle accessible depuis le site du monument, vous pourrez déambuler dans les couloirs du château afin de l’observer dans ses moindres détails.

7. Sous la verrière du Grand Palais

En plus d’être accessibles lors des fermetures de musées, les visites virtuelles ont l’avantage de se prévenir de la foule. Chaque année, le Grand Palais attire près de 2,5 millions de visiteurs dans ses expositions, sans compter la cinquantaine d’événements hébergés par l’édifice Art nouveau, construit pour l’Exposition universelle de 1900. En 2min30 top chrono, le Grand Palais et l’Institut Culturel de Google vous offrent une visite virtuelle documentée de ce monument exceptionnel.

Avec Google Arts & Culture, visitez la nef du Grand Palais.
Photo ©Wikimedia Commons/Ibex73

8. Chez Monet à Giverny

Les aficionados de Claude Monet (1840-1926) vont être ravis. La Fondation Monet, installée dans l’iconique maison de Giverny de l’impressionniste, vous invite à pénétrer dans la dernière demeure de Claude Monet pour une balade virtuelle bucolique. Entrez dans l’intimité du peintre de nymphéas et découvrez la surprenante salle à manger jaune, dont les murs sont recouverts d’estampes japonaises, ou encore le salon-atelier de l’artiste reconstitué.

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La Fondation Monet, c'est aussi la maison chaleureuse et colorée où vécut le maître impressionniste de 1883 à 1926. Venez la découvrir ! #ClaudeMonet #Giverny #impressionnisme #maison #atelier #theplacetovisit

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9. Les allées du pouvoir

Et si vous profitiez du confinement pour visiter certains monuments dont vous avez peu l’habitude de passer les portes ? Toujours grâce à un partenariat avec Google Arts et Culture, il est possible d’admirer l’intérieur de l’hôtel de ville de Paris, et notamment sa salle des fêtes, conçue comme la réplique républicaine de la galerie des Glace du château de Versailles, ainsi que ses plafonds richement ornementés.

Découvrez le plafond richement orné de la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville.
Photo ©Wikimedia Commons/patrick janicek

10. Street Art à la Tour 13

Connaissiez-vous la Tour 13, ce monument de Street Art, si l’on peut dire ? En 2013, plus d’une centaine de Street Artistes venus du monde entier ont investi 36 appartements pour réaliser une exposition collective éphémère dans un bâtiment situé au 5 rue Fulton, à Paris (XIIIe arrondissement). Avec le soutien de la mairie du XIIIe, la galerie Itinerrance a organisé l’événement qui s’est déroulé un mois, après quoi, la tour a été détruite pour laisser place à de nouveaux logements sociaux. Google Arts & Culture a immortalisé l’exposition dans une visite virtuelle, pour notre plus grand bonheur.

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En attendant le Salon du dessin : Eugène Delacroix à la galerie De Bayser

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Quelle occasion unique que de pouvoir contempler deux dessins du voyage qu’effectue Eugène Delacroix au Maroc en 1832 ! À la fin de l’année précédente, le gouvernement du roi Louis Philippe, désireux de vérifier la neutralité du Maroc au moment de l’occupation algérienne par la France, décide d’envoyer une délégation conduite par le comte Charles de Mornay. L’objectif : rencontrer le sultan Moulay Abd er-Rahman. Comme lors des expéditions napoléoniennes en Egypte, des scientifiques et des artistes accompagnent les soldats ou les diplomates. Dans cette cohorte variée, le comte a choisi son ami le peintre Eugène Delacroix à la place d’Isabey, qui devait partir initialement.

Saisir l’exotisme sur le vif

Pour Delacroix, c’est l’occasion d’observer tous les moments du voyage, de dessiner tout ce qu’il voit. Il noircit sept carnets de notes qu’il rehausse d’aquarelles le soir ou sur lesquels il écrit les couleurs précises pour être sûr de respecter ses impressions lorsqu’il sera rentré dans son atelier à Paris. Il dessine des paysages, des animaux, des monuments, des vêtements, des armes, des instruments de musique. Tout lui semble exotique et il a besoin de retenir jusqu’aux moindres détails. Parfois, ses feuilles de notes rassemblent des éléments croqués avec fébrilité. Ainsi d’un dessin où voisinent une cour arabe avec colonne et balustrade de bois peint en vert et une tête de jeune femme de dos avec deux nattes, l’une imbriquée dans l’autre sans logique si ce n’est la rapidité d’exécution et le besoin de garder en mémoire des détails pris sur le vif. « Je suis dans ce moment, écrit Delacroix, comme un homme qui rêve et qui voit des choses qu’il craint de voir lui échapper ».

Eugène Delacroix, Portrait de jeune homme au turban, crayon noir et estompe, 27,5 x 20,5 cm, proposé à la vente par la galerie De Bayser

Souvenir d’Algésiras ?

Le Paysage marocain semble avoir été saisi alors que Delacroix est en mer, à bord de la frégate-aviso La Perle. L’artiste donne une grande importance à la ligne côtière avec les maisons blanches regroupées au pied de collines vertes et brunes. Pour jouer des contrastes, la montagne à l’arrière-plan est plus sombre de ses arbres mais également de l’ombre de gros nuages qui sont amoncelés en haut de la feuille. Au loin, d’autres reliefs témoignent de la sécheresse de l’arrière-pays par leur blancheur aride. On sent que ce dessin a été terminé rapidement par Delacroix car la mer est vite exécutée. Deux coups de pinceau aquarellé suffisent à évoquer le calme plat de l’eau. « L’absence d’annotation manuscrite ne nous permet pas de situer avec précision le lieu représenté, explique Louis De Bayser, mais la fluidité de traitement du ciel et de la mer, l’utilisation de la réserve de papier pour représenter le village côtier et les tonalités ocres employées correspondent aux aquarelles du début du voyage. Une aquarelle représentant Algésiras, de format, technique et sensibilité très proche, est conservée dans une collection particulière ».

Eugène Delacroix, Paysage marocain, aquarelle gouachée, 14,5 x 24 cm, proposé à la vente par la galerie De Bayser. Estimation : 150 000€

L’Orientalisme de Delacroix

Partie de Toulon le 1er janvier, l’ambassade passe le détroit de Gibraltar et parvient à Tanger à la fin du mois de janvier 1832. Tanger est son point de base, d’où elle va rayonner jusqu’à Meknès pour voir le sultan. Ce voyage va être pour Delacroix une source incroyable de sensations et d’annotations qui seront à l’origine de nombreux tableaux jusqu’à la fin de sa vie. C’est l’aboutissement d’une veine orientaliste qui ne le lâchera plus car, à l’Orient rêvée de ses débuts, il remplace une réalité qu’il a vécu pendant ce parcours qui l’entrainera jusqu’à Oran et Alger et qui lui permettra de réaliser ses célèbres Femmes d’Alger. C’est pendant ces six mois de voyage qu’il aura la révélation, celle du « sublime vivant qui court ici dans les rues et vous assassine de sa réalité ».

Paysage marocain par Eugène Delacroix,
proposé à la vente par la galerie De Bayser, est estimé à 150 000 €
Contact : galerie@debayser.com

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Juan Uslé, lauréat du 13e Prix de dessin de la Fondation de Daniel et Florence Guerlain

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Callum Innes, Florian Pumhösl et Juan Uslé étaient cette année les trois finalistes de la 13e édition du Prix de dessin contemporain de la Fondation Daniel et Florence Guerlain. Créée par ce couple de collectionneurs passionnés par les arts graphiques, cette récompense est dédiée « aux artistes pour qui le dessin – œuvres sur papier, collages, dessins muraux – constitue une part significative de leur travail » et qui utilisent des techniques traditionnelles (crayon, fusain, encre, lavis, gouache, aquarelle, pastel, feutre ou sanguine). Après Claire Morgane, lauréate de la 12e édition, c’est au tour de l’artiste espagnol Juan Uslé, représenté par les galeries Lelong (Paris, New York) et Cheim & Read (New York). de se voir attribuer le prix et de recevoir un dotation de 15 000 € (les deux autres finalistes reçoivent quant à eux une dotation de 5 000 €). Comme chaque année, l’une des œuvres du lauréat sera également offerte par la Fondation Daniel et Florence Guerlain à une institution muséale française.

Juan Uslé est né en 1954 à Santander en Espagne. Il a étudié à l’École supérieure des beaux-arts de San Carlos (Valence) et s’est installé à New York en 1987, où il vit et travaille toujours. Depuis les années 1980, il expose dans les institutions et musées internationaux et ses œuvres sont aujourd’hui présentes dans les collections de nombreuses institutions prestigieuses : le Musée national d’art moderne de Paris, le Reina Sofia de Madrid, le Macba de Barcelone, la Tate Britain de Londres, le Smak de Gand ou encore le Mudam du Luxembourg. En 1989, il a participé à la Biennale d’Istanbul, puis à la Documenta IX de Cassel en 1992 et, en 2005, à la Biennale de Venise.

Méditations abstraites

Les aquarelles de Juan Uslé – territoires de dégradés de couleurs et de jeux de transparence – font cohabiter l’histoire de l’abstraction et les réminiscences de paysages, tout en accompagnant sa propre respiration et son autobiographie. Ayant étudié en Espagne, l’artiste se forme à l’époque où dominent Antoni Tàpies, Manolo Millares, Antonio Saura ou Luis Feito, de ce geste matiériste qu’il découvre aussi à la Fondation Juan March, de Cuenca, premier musée espagnol dédié à l’art abstrait.
Dans les années 1980, il s’installe à New York, fasciné par le caractère insulaire de la ville et la qualité de son anonymat. Régulièrement, il va observer les reflets de la lune et les mouvements graphiques sur l’eau de l’East River, qui se traduisent chez lui en trame. Il se confronte, de visu, aux peintres qu’il admire, notamment Joan MitchellBarnett Newman ou Mark Rothko. Puis, il expérimente la musique minimale de Steve Reich, écoutée en parallèle de chants religieux ou tibétains, afin de se positionner dans un certain état d’esprit, avant que le travail à l’atelier ne s’accomplisse dans une extrême concentration. Tracer, dépeindre, répéter le geste…

Juan Uslé, Lunada, 1995, aquarelle sur papier, 30,5 x 22,9 cm.

Des aquarelles musicales

C’est en suivant les battements de son cœur et de sa respiration – il perçoit même l’écoulement de son sang – que Juan Uslé développe la subtilité des tons à dominante de bleus, verts, gris ou noirs, mâtinés de quelques jaunes ou rouges. « J’analyse la réaction d’une couleur par rapport à une autre, précise-t-il, et je juge de leur transparence ou de leur densité en imposant de nombreuses variations à mes lignes. » Il emploie alors les mots de vibrations, de sonorités, de liquidité ou de fluidité et quand on lui demande quelles sont ses aquarelles préférées, il répond : « les plus dynamiques, expressives et musicales d’une certaine façon ». Le travail porte sur des mouvements spécifiques, créant le rythme et jouant avec la lumière. Les différentes surfaces semblent avancer et reculer, engendrant un va-et-vient au sein de l’œuvre et une nouvelle forme d’espace qui redéfinit la perspective traditionnelle. Juan Uslé réalise ses dessins à la manière de rituels, qui le font se sentir à la fois déconnecté et totalement relié au monde.

Juan Uslé, Notas para Soñé que revelabas (1), 2015, aquarelle sur papier, 65 x 71 cm. Toutes les oeuvres : ©Juan Uslé/Courtesy Galerie Lelong&Co.

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Coronavirus : Les plans B des maisons de ventes aux enchères

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Samedi 21 mars, dans les locaux de Fauve Paris, une jeune maison de ventes indépendante, le commissaire-priseur Cédric Melado adjugeait les lots de sa vente hebdomadaire… tout seul ! Les membres de l’équipe étaient confinés chez eux, les enchérisseurs aussi, et pourtant, grâce à Internet et au téléphone, la vente s’est bien passée : 79% des lots ont trouvé preneur et le lot phare, un dessin de Kupka estimé 15/20 000€, est grimpé à 45 085€ frais inclus. Depuis la limitation, puis l’interdiction, des réunions publiques, la principale parade adoptée par les maisons de ventes aux enchères est en effet la transformation de ventes traditionnelles, réalisées dans une salle et en public, en ventes à huis clos relayées par Internet.

Réagir à la crise

À notre connaissance, c’est Claude Aguttes qui a inauguré la formule avec la vente de voitures de collection qui s’est déroulée le dimanche 15 mars à l’Espace Champerret. Dans un communiqué enthousiaste, il raconte : « Dimanche après-midi, vente incroyable ! L’annonce par le gouvernement la veille à 19h30 interdisant les réunions est arrivée en fin d’exposition […]  En une nuit, nous avons averti [tous les acheteurs potentiels] que la salle serait fermée et avons organisé les enchères par téléphone ou en Live sur Internet. J’ai donc vendu dans une salle immense… mais totalement vide ! Cela a été étonnant, les enchères fusaient de partout… Les assistants étaient à deux mètres les uns des autres, en sécurité. Nous avons réussi quelque chose d’incroyable, avons assuré notre mission, comme les vendeurs l’attendaient. Total vendu : plus de 2,7 millions d’euros ! ».

La maison de ventes Ader organise la vente live « Or et métaux précieux » le 2 avril à 14h

Cette réactivité est l’apanage des structures à taille humaine, et elle est rendue possible par l’existence de plateformes de technologie avancée comme Drouot Live. Alexandre Giquello, président de Drouot Patrimoine, se félicite « que Drouot Digital ait fait les investissements nécessaires pour développer cet outil dont on apprécie aujourd’hui toute la pertinence. 100% des équipes œuvrent en télétravail pour permettre aux commissaires-priseurs de réaliser des ventes Live ».

Le boum attendu des ventes dématérialisées

Certaines maisons de ventes vont également faire des ventes « online only », des ventes totalement dématérialisées, sans apparition physique d’un commissaire-priseur, où les enchères sont enregistrées pendant plusieurs jours et se terminent à un moment M. C’est pour l’instant le choix fait par le géant Sotheby’s, qui a basculé plusieurs ventes traditionnelles prévues en mars et avril en vente « online only ». Deux ventes initialement prévues à New York ont actuellement lieu : une vente de design qui dure jusqu’au 31 mars, et une vente de photographie en cours jusqu’au 3 avril.

La vente traditionnelle de Sotheby’s dans laquelle se trouve ce fauteuil de Jean Prouvé (paire estimée entre $20 00 et $30 000) a été transformée en vente « online only », en cours jusqu’au 31 mars.

Sotheby’s rappelle que les ventes dématérialisées ont totalisé 250 millions de dollars en 2019. Et il est certain qu’elles vont se développer dans les semaines à venir. On peut d’ailleurs imaginer que les maisons de ventes, empêchées de faire des inventaires et de recevoir des clients vendeurs, vont en profiter pour écouler leurs stocks et leurs invendus par ce biais.

Ader mise sur l’or

Toujours réactive, la maison Ader opte elle aussi pour les ventes Live en huis clos. Elle a soigneusement choisi d’organiser sa première vente du genre le 2 avril, autour d’une valeur refuge très prisée en temps de crise : l’or« Beaucoup de gens cherchent actuellement à acquérir des pièces d’or et des lingots. Nous en avions justement reçu en dépôt et trouvons que c’est le bon moment pour les vendre. Pas besoin de voir ce type d’objets avant de les acheter, des photos et le poids de chaque lot suffisent. Ce sera une première : je tiendrai le marteau chez moi, tandis qu’un responsable de Drouot Live et toute l’équipe d’Ader suivront la vente en ligne. Et nous avons décidé de reverser aux Hôpitaux de Paris les honoraires perçus pour l’un des lingots qui sera vendu ». L’expérience ne s’arrêtera pas là. Si la vente marche, une autre suivra, de médailles et décorations. Et si la deuxième vente marche, une troisième encore, d’estampes contemporaines.

Les limites des ventes en ligne

Mais tous les objets et œuvres d’art se vendent-ils bien en ligne ? Les avis sont partagés. Pour Alexandre Giquello, le procédé convient parfaitement au vin ou aux collectibles, les objets de collection dont une bonne photo et une description de l’état permettent de fixer la valeur. En revanche, pour les œuvres d’art importantes, les vrais amateurs « veulent voir ». Pour Dimitri Joannidès, de Fauve Paris, la frontière n’est pas aussi stricte : « Dans nos ventes traditionnelles, nous vendons déjà entre 70% et 80% des lots à des personnes qui ne sont pas venues voir les objets. Et si on se donne la peine de bien photographier les objets, de bien les décrire, avec honnêteté, les ventes Live cartonnent ».

Exemple de vente aux enchères en ligne proposée par Fauve Paris. DR

Le système des ventes en ligne a d’autres limites. « Les équipes de maisons de ventes n’ayant plus accès physiquement aux objets, qui sont chez les clients, dans des réserves ou des garde-meubles, elles ne peuvent pas faire le travail préliminaire d’expertise et de photographie des objets. Nous ne pouvons donc réaliser en ligne que les ventes qui étaient déjà préparées, et encore, avec l’autorisation des vendeurs », précise Alexandre Giquello. Chez Fauve Paris, où les ventes se déroulent tous les samedis matin, on dit « tenir jusqu’au 18 avril ». Mais si le confinement se prolonge au-delà de cette date, comme il est plus que vraisemblable, cela va devenir compliqué pour toutes les maisons de ventes.

Après le confinement…

Qu’elles soient petites ou grandes, les maisons de ventes préparent déjà la fin du confinement. Beaucoup ont reporté leurs ventes à juin. La vacation de design de Sotheby’s comprenant la salle de bains Hippopotames de François-Xavier Lalanne est par exemple passée du 27 mai au 23 juin. Certaines maisons préfèrent même différer au second semestre. La dispersion de la collection Delanoue par Christie’s, qui devait avoir lieu en avril,  est désormais annoncée pour l’automne. Mais parfois, la décision de maintenir ou de repousser est difficile à prendre. David Nordmann (Ader) se demande par exemple si le marché sera assez rétabli en juin pour mettre en vente un Keith Haring destiné à être un des tops lots de l’année en France.

Pour sa part, Alexandre Giquello annonce déjà que Drouot pourrait rester ouvert exceptionnellement jusqu’à fin juillet, pour rattraper le retard accumulé et répondre à l’appétit des amateurs d’art. « Il se peut que nous devions rouvrir progressivement. Nous mettrons alors en place des procédures spéciales, sur lesquelles nous avions déjà travaillé en mars au moment de la limitation des réunions publiques. » Du côté d’Ader, on anticipe en transformant une ancienne salle de stockage, située rue de Marivaux, en une salle d’exposition ou de vente, qui se révélera fort utile en cas d’embouteillages dans la salle de la rue Favart ou à Drouot. Car il ne faut pas oublier que les vendeurs sont la plupart du temps pressés de toucher leur argent. Le fameux adage des trois D, valable en anglais et en français, « death, debts, divorce » ou « décès, dettes, divorce », résumant à lui seul les principales raisons de la mise en vente de biens précieux…

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Varda, Degas et un peu d’Opéra : 5 vidéos arty à regarder cette semaine

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Confinement obligatoire ne rime pas forcément avec cafard. Et si, en plus d’éviter la propagation du coronavirus, cet isolement permettait de visiter des expositions en réalité virtuelle accessibles en ligne, se cultiver avec des MOOC et faire le plein d’art sur ses différents écrans ? Cette semaine, Connaissance des Arts a sélectionné pour vous 5 vidéos sous le signe de l’art à regarder depuis son canapé. Au programme : les femmes qui ont fait l’histoire de l’Art moderne et contemporain, un tutoriel pour savoir peindre comme Jackson Pollock et zoom sur l’opéra Garnier.

1. Le Doc Stupéfiant : L’Enfance mise à nu, sur France 5

Ce soir, mercredi 25 mars, France 5 diffusera L’Enfance mise à nu, un des documentaires culturels du « Doc Stupéfiant ». Dans ce numéro, le documentaire aborde la question des relations qu’entretiennent les artistes avec le désir de la jeunesse, autrement dit, le tabou de la pédophilie dans l’art. De l’Antiquité à nos jours, la journaliste Léa Salamé nous invite à poser un regard nouveau sur les corps des adolescents représentés par les figures majeures de l’histoire de l’art.

L’Enfance mise à nu, mercredi 15 mars à 20h50 sur France 5 et en replay sur France.tv jusqu’au 1er avril

Le documentaire « L’Enfance mise à nu » aborde le tabou de la pédophilie dans l’histoire de l’art. ©DR

2. Architecture : L’Opéra Garnier, sur Museum

Paris, 1867, l’Opéra Garnier est inauguré en grande pompe. Jeudi soir, la chaîne culturelle Museum convie les téléspectateurs à retracer l’histoire de l’édifice conçu par Charles Garnier, considéré comme l’un des joyaux de l’architecture du XIXe siècle.

Architecture : L’Opéra Garnier, jeudi 26 mars à 22h00 sur Museum

3. Degas et moi, sur la 3e Scène

Alors que l’Opéra Garnier et l’Opéra Bastille sont fermés, à l’instar de tous les autres lieux culturels, la 3e Scène bat quant à elle son plein. La plateforme numérique gratuite de l’Opéra national de Paris, créée en 2015, propose de nombreux contenus en ces temps de confinement. Avec Degas et moi, d’Arnaud des Pallières, plongez dans l’univers de l’impressionniste Edgar Degas et de la danse. Entre documentaire et fiction, pendant 20 minutes, le court-métrage offre un retour dans le temps.

Degas et moi, disponible sur 3e Scène

4. In The Studio, sur la chaîne Youtube du Museum of Modern Art

Un peu de technique n’a jamais fait de mal à personne. Aux côtés du conservateur et historien des techniques de l’art Corey D’Augustine, redécouvrez les manières de faire des maîtres de l’Art moderne. Dans ces tutoriels intitulés In the Studio, apprenez à peindre comme Jackson Pollock, Willem de Kooning ou comme Yayoi Kusama en seulement quelques minutes. De quoi occuper ses longues journées confinées.

In The Studio, disponible sur la chaîne Youtube du Museum of Modern Art

5. Ces femmes qui ont changé le monde de l’art sur la chaîne Youtube du Centre Pompidou

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Musée national d’Art moderne a créé une série dédiée aux femmes qui ont fait l’histoire du Centre Pompidou. Agnès Varda, Eileen Gray, Dora Maar, Sheila Hicks, redécouvrez toutes les grandes artistes de l’Art moderne et contemporain, trop souvent oubliées.

8 mars 2020, disponible sur la chaîne Youtube du Centre Pompidou

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En attendant le Salon du dessin : une étude de Rodin pour la Porte de l’Enfer

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D’Auguste Rodin, on connaît l’œuvre sculptée que présente magistralement le musée Rodin à Paris. Hormis Le Penseur et Les Bourgeois de Calais, on ne peut s’empêcher d’admirer, lorsque l’on visite les jardins du musée, l’incroyable Porte de l’Enfer, conçue à partir de la commande que reçut Rodin en 1879 par le secrétaire d’État aux Beaux-Arts, Edmond Turquet, pour la porte d’entrée du futur musée des Arts décoratifs, prévu à l’emplacement actuel du musée d’Orsay.

La Porte de l’Enfer : un répertoire de formes

Inspiré par la Porte du Paradis du sculpteur de la Renaissance Lorenzo Ghiberti au baptistère de Florence, Rodin imagine deux grands vantaux surmontés d’un linteau et entourés d’un chambranle. D’abord en plâtre, puis en bronze. Partout s’anime un monde de personnages de tailles différentes. Plus de deux cents figures et groupes s’entremêlent. Ce projet deviendra un véritable répertoire de formes pour Rodin qui reprendra ces créations pour d’autres sculptures, collant, assemblant, réutilisant certains éléments au gré de son imagination et durant tout le reste de sa carrière. Elles illustrent des scènes de la Divine Comédie, ce poème composé au tout début du XIVe siècle par Dante. Figurent, par exemple, au sommet de la Porte de l’Enfer de Rodin, à près de six mètres de haut, les Trois Ombres, qui devinrent ensuite une sculpture à part entière. Le BaiserLe Penseur et Ugolin et ses enfants proviennent de ce même fonds inventé dès 1880. Le projet de la Porte de l’Enfer prit malheureusement du retard et fut abandonné en 1889.

La Porte de l’Enfer de Rodin dans le Jardin du Musée Rodin à Paris. Wikimedia Commons/Douglas O’Brien

L’ombre du condottiere 

La graphite sur papier vélin, que présente la galerie Artur Ramon Art de Barcelone, appartient à ces nombreux dessins préparatoires de Rodin pour l’un des personnages figurant sur la Porte de l’Enfer. Son titre, Guidon, nous met sur la piste mais il faut quelques informations complémentaires pour comprendre qui sont ces deux hommes musclés. Christina Buley-Uribe, experte de l’œuvre graphique de Rodin, l’explique : « Ce dessin fait partie des dessins d’écorchés datables de la fin des années 1870-début des années 1880, que Rodin utilisa pour en faire des Ombres, les âmes des personnages de l’Enfer de Dante. Le titre Guidon renvoie à l’histoire du comte Guido de Montefeltre dans la Divine Comédie, qui a intéressé Rodin au moment de la conception de la première version de sa Porte de l’Enfer. À la mort de Guido, ancien condottiere repenti devenu moine franciscain, saint François voulut conduire son âme au Paradis, mais il en fut empêché par l’ange déchu : sa repentance n’avait pas été sincère et le condottiere fut conduit en Enfer ».

Auguste Rodin, Guidon, vers 1880, graphite sur papier vélin, collé sur papier réglé, 15 x 11 cm (support 16 x 13 cm) Signé à la plume et encre brune « A. Rodin ». Proposé à la vente par la galerie Artur Ramon Art. Estimation 40 000€.

Corps tourmentés

Il est intéressant de noter comment Rodin occupe l’espace de la feuille, calant l’emprise des personnages par l’écartement de leurs pieds, comme une sculpture du type Homme qui marche. On voit son attention à souligner la structure des corps, avec les muscles saillants, les articulations bien dessinées (aussi bien aux genoux qu’aux épaules). Les deux visages semblent se confondre en haut du dessin et la main du porteur confond sa propre tête avec celle de Guidon qu’il soutient. Les deux corps ne font plus qu’un, jusqu’à la fusion.

Un dessin issu d’un des carnets à papier de l’artiste

Il existe une dizaine de dessins sur ce thème dont l’Ombre du comte Guidon, que conserve le musée Rodin. Comme ce dessin à vendre sur le site de la galerie Artur Ramon Art, il a été collé par Rodin dans un carnet à papier réglé aux lignes rouges, sorte de cahier d’écolier, typique de ces années. Le carnet a sans doute été désassemblé postérieurement, comme tous les « albums » de Rodin. Même si les deux personnages représentés ici sont nus, il pourrait s’agir de saint François ou de l’ange déchu soutenant Guidon, comme il est précisé dans d’autres dessins de la série. Quelques années plus tard, peut-être à l’époque de ses illustrations des Fleurs du Mal, Rodin décalqua ce dessin pour le transformer en personnages désespérés tirés du roman de l’auteur écossais Walter Scott, The Bride of Lammermoor (La Fiancée de Lamermoor). La galerie assure que ce dessin sera inclus dans le catalogue raisonné des dessins de Rodin.

Cette œuvre proposée à la vente par la  Artur Ramon Art est estimée 40 000 euros.
Contact : arturjr@arturamon.com

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Quadrige d’Odilon Redon : focus sur un chef-d’oeuvre

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Au crépuscule de sa carrière, le peintre symboliste Odilon Redon (1840-1916) se passionne pour la couleur et se découvre une vocation de décorateur. Réputé et admiré pour ses dessins au fusain et ses pastels, l’artiste se lance au début des années 1900 dans un grand chantier décoratif à la demande du marquis de Domecy pour son château bourguignon. En 1902, la veuve du compositeur et collectionneur Ernest Chausson, lui commande le décor du salon de musique de son hôtel particulier parisien situé au 22, boulevard de Courcelles. Quelques années plus tôt, en collaboration avec Maurice Denis, l’artiste y avait déjà réalisé trois plafonds peints : Avril, Le Temps des Lilas et Terrasse à Fiesole.

« Je couvre les murs d’une salle à manger de fleurs, fleurs de rêve, de la faune imaginaire ; le tout par de grands panneaux, traités avec un peu de tout, la détrempe, l’aoline, l’huile, le pastel même dont j’ai un bon résultat en ce moment-ci, un pastel géant. », Odilon Redon

Renaissance d’une abbaye cistercienne

Enhardi par cette réussite, Redon accepte la commande de son ami peintre et collectionneur Gustave Fayet (1865-1925) pour l’abbaye cistercienne de Fontfroide, que ce dernier vient d’acquérir. Bâti au XIe siècle, l’édifice est laissé à l’abandon depuis une dizaine d’années. Fayet et son épouse Madeleine décident d’entreprendre de vastes travaux de restauration et de décoration. Ils font alors appel à de grands artistes de l’époque tels que Henri de Montfreid, Richard Burgsthal ou Aristide Maillol. À Redon, ils confient en 1910 la réalisation de panneaux destinés à l’ancien dortoir des moines transformé en bibliothèque.

Le Quadrige, un hommage à Delacroix

Dans son projet, Redon imagine, autour d’une effigie du Silence, placée au-dessus de la porte (comme pour inviter le visiteur à la sérénité), deux grandes compositions se faisant face, qui évoquent respectivement le Jour et la Nuit. Quadrige, issus d’une collection personnelle et présenté au musée Marmottan Monet à Paris en 2018, peut sans aucun doute être rattaché à la composition du Jour. Au cours des années 1908-1910, pas moins de vingt-quatre toiles de l’artiste explorent le thème du char d’Apollon. Le choix de ce motif ne doit rien au hasard mais tout à l’admiration de l’artiste pour Eugène Delacroix. Quarante ans auparavant, le jeune Redon avait réalisé une copie d’Apollon terrassant le serpent Python, que le maître romantique avait peint au plafond de la galerie d’Apollon au Louvre.

Odilon Redon, Quadrige, le char d’Apollon, vers 1909, huile sur toile, 81 x 100 cm, collection particulière. Wikimedia Commons

Poésie personnelle et mythologie

« J’ai risqué la représentation (toujours indéterminée) d’un quadrige conduit par un ou deux être ailés, sorte de fleurs – au milieu des montagnes et de divers gris lumineux. », Odilon Redon, 1910

Toutefois, dans ce Quadrige de 1909, il s’affranchit d’un mimétisme trop étroit pour trouver la voie vers une poétique personnelle. Loin des fureurs de Delacroix, l’attelage divin arpente des cieux baignés de la douce lumière de l’aube, au milieu d’un bucolique semis de fleurs. Les quatre chevaux fermement guidés par un aurige sont lancés dans un mouvement ascensionnel. Mais le fragile équilibre semble menacé par l’un des chevaux qui se cabre à la verticale. Le pressentiment de la chute pourrait faire référence à l’histoire de Phaéton, dans une fusion des mythes dont les artistes symbolistes étaient coutumiers. Après avoir dérobé le char de son père le Soleil, Phaéton se révèle incapable de le maîtriser, précipitant sa chute dans l’abîme. Les chevaux réapparaîtront dans la même disposition sur la composition du Jour.

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Jean-Michel Basquiat à la Fondation Louis Vuitton [Visite Live]

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Contrairement à la légende du rebelle inculte, l’art de Basquiat s’ancre dans une solide culture artistique, musicale et littéraire. Découvrez autrement l’oeuvre de l’enfant terrible de l’art contemporain avec notre visite live de l’exposition que lui consacrait en 2018 la Fondation Louis Vuitton à Paris.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Basquiat ou la fureur de peindre à la Fondation Louis Vuitton

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