Actualité artistique

La Joconde du Clos Lucé : focus sur un chef-d’oeuvre méconnu

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Le Clos Lucé a « sa » Joconde. Une copie du XVIIe siècle qui, selon les experts, correspond à celle qu’Henri IV avait commandée à Ambroise Dubois et dont on avait longtemps perdu la trace. D’excellente facture, elle a séduit les propriétaires du Clos Lucé qui l’ont acquise il y a une dizaine d’années chez un marchand du quai Voltaire, à Paris.

La Joconde (détail), attribuée à Ambroise Dubois, vers 1600, huile sur toile © Collection château du Clos Lucé – Photo : Léonard de Serres

De rares copies anciennes

Différentes répliques et versions ont été réalisées, dès l’époque de Vinci, par ses élèves et disciples, à l’instar de la Joconde du Prado, attribuée à ses plus proches collaborateurs, Francesco Melzi ou Gian Giacomo Coprotti, dit Salaï. Les copies datant des XVIe et XVIIe siècles sont cependant peu nombreuses. Passé des mains de Léonard à celles de François Ier, qui s’en serait porté acquéreur dès 1518, le tableau est longtemps resté dans les collections royales et, de ce fait, accessible seulement aux artistes de cour, tel Ambroise Dubois.

130 copies de Mona Lisa recensées !

C’est seulement après l’accrochage de la toile au palais du Louvre, transformé en musée après la Révolution française, que les Joconde se sont multipliées. Les quelque cent trente copies actuellement répertoriées se trouvent essentiellement dans des collections particulières. Et la fascination perdure. En janvier 2019, une Mona Lisa du XVIIe siècle a été adjugée 1,7 million de dollars par la maison de vente Sotheby’s à New York.

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Soulages : noir désir en 6 chefs-d’œuvre

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À l’occasion du centenaire de Pierre Soulages, le musée du Louvre a fait place nette dans le prestigieux salon Carré où sont d’habitude exposés les primitifs italiens pour y présenter une rétrospective du travail de l’artiste à travers une vingtaine d’œuvres. Noir versus blanc ou couleur, noir fluide ou matiéré, noir-reflet, noir-lumière, outrenoir… Près de trois quarts de siècle de peinture, de jeu avec le noir et de patient apprivoisement de ce qui, pour Soulages, est tout sauf une non-couleur.

1. Brou de noir

Comment se libérer de la tradition classique ? Après guerre, Soulages, installé à Courbevoie, délaisse momentanément l’huile pour expérimenter le brou de noix, un jus utilisé par les ébénistes. Les matériaux et les outils des artisans le fascinent depuis son enfance à Rodez. « L’immédiateté d’une technique beaucoup plus sommaire m’intéressait », confie-t-il.

Pierre Soulages, Brou de noix 482 x 634 cm, 1946, Rodez, Musée Soulages Archives Soulages ©Adagp, Paris 2019

La fluidité de cette matière, sa teinte foncée qui exalte, par contraste, le blanc du papier annoncent déjà la quête de lumière de l’artiste, ses noirs et blancs épurés. Mêlé parfois à l’huile (ici au milieu et au bas de la feuille), le brou s’éclaire aussi de transparences aléatoires. Armé d’une large brosse, Soulages l’utilise pour dresser des sortes d’idéogrammes chinois ou plutôt des constructions élancées, solides et hiératiques.
L’autorité de ce jeune peintre fera impression jusqu’en Allemagne, alors en ruine, où l’un des brous de noix sur papier fera l’affiche de l’exposition « Französische abstrakte Malerei », qui présente en 1948 et 1949 la peinture abstraite française dans sept villes du pays.

2. Goudron

En prenant le train de Montpellier à Paris après la guerre, Soulages raconte avoir été bouleversé par des taches de goudron sur la verrière de la gare de Lyon. Cette matière bitumeuse avait été utilisée pour réparer les vitres fendues par les tirs de la DCA durant la Libération. Le verre lisse et lumineux marié au goudron grumeleux et opaque, d’un noir profond, le frappe par son puissant contraste.

Pierre Soulages, Goudron sur verre, 45,5 x 45,5 cm, été 1948, goudron sur verre, sous plexiglas, Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne ©Adagp, Paris 2019

En 1948, l’artiste cherche à retrouver cette émotion dans quatre œuvres très singulières, peintes sur des verres de serre récupérés, plus ou moins cassés. Avec un pinceau « queue-de-morue » emprunté aux peintres en bâtiment, il y épand du goudron utilisé pour étanchéifier des toitures, dilué dans du white-spirit. Cette petite œuvre, à la fois blessée et charpentée en trois poutres solides, plus une tronquée à droite, rappelle les brous de noix peints à la même époque. Plus troublant : sa construction semble une réminiscence de La Descente de Croix de Campaña (musée Fabre de Montpellier), admirée par Soulages dans sa jeunesse…

3. Noir et blanc

Acquis dès 1953 par le musée Guggenheim de New York, à l’occasion de son exposition « Younger European Painters », ce grand tableau témoigne du succès précoce de Soulages aux États-Unis. Une autre toile de la même série fut acquise simultanément par la Tate Gallery de Londres, sur les conseils de Henry Moore et Graham Sutherland. Celle-ci reprend fidèlement la structure d’une petite gouache de 1948, noire sur papier blanc, que Soulages décline dans plusieurs peintures, à la façon de variations musicales.

Pierre Soulages, Peinture, 195 x 130 cm, mai 1953, huile sur toile, New York, Solomon R. Guggenheim Museum ©Adagp, Paris 2019

Ici, sur le fond immaculé, un noir dilué inédit apparaît aux quatre angles, les trois rectangles centraux se colorant d’un brun sonore, dans le concert serré des droites. L’ensemble crée « une profondeur illusionniste à quatre plans, totalement maîtrisée », observe Pierre Encrevé dans le catalogue raisonné de l’artiste. Les éclats de blanc semblent sourdre d’un espace lointain. On songe aux clairs-obscurs de Rembrandt mais aussi à l’art du vitrail, avec ces barlotières puissantes dont les obliques guident et dynamisent notre regard vers les trouées de lumière.

4. All over

Peinte en mai 1968, durant les manifestations qui enflamment le Quartier latin, au pied de l’atelier parisien de Soulages, cette toile impressionne par sa force et sa massivité, la rangée de formes dressées, accolées, occupant presque tout l’espace… C’est une peinture debout pour des hommes debout. Un défilé robuste qui rappelle également les statues-menhirs, ces pierres levées de son Rouergue natal. L’artiste n’est pas indifférent au mouvement de révolte qui déchire alors son pays. Le 23 mai, il réalise une affiche pour la Journée des intellectuels pour le Vietnam, comme Picasso et Masson. En juin, il se rend en délégation au ministère de l’Intérieur pour protester contre l’expulsion du territoire de cinq artistes étrangers.

Pierre Soulages, Peinture, 220 x 366 cm, 14 mai 1968, huile et acrylique sur toile, Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne ©Adagp, Paris 2019

Mais il ne faut pas s’y méprendre. Les enjeux de sa peinture sont tout autres, loin de l’illustration ou du slogan. Depuis 1964, Soulages explore des compositions plus compactes, en nappes. Fidèle à son goût pour fabriquer ses propres outils, il en est même venu, un temps, à utiliser une gouttière, récupérée après une réfection de la toiture, pour épandre sa couleur fluide. Puis, en 1968, la couleur disparaît, ce dont témoigne cette peinture. L’artiste a opéré ce choix un an après avoir bénéficié d’une première rétrospective au Musée national d’art moderne. « J’ai commencé à faire une série de peintures en noir sur blanc, retournant à un ascétisme cistercien. J’ai senti personnellement le besoin profond, l’exigence de ce retour », expliquera-t-il. Or l’attrait du noir est tel chez Soulages qu’il menace déjà de tout envahir. Il flirte ici avec les limites de la toile dont le blanc résiste, en éclats aussi brefs qu’intenses. Autre innovation notable : les formes ordonnées et répétées, comme une écriture horizontale, à lire de gauche à droite. Par ce rythme, cette scansion musicale, l’artiste introduit dans son œuvre la dimension du temps. Dès 1969, cette toile est acquise par le Musée national d’art moderne. Mais il faudra attendre encore une décennie pour que l’art de Soulages bascule dans l’outrenoir.

5. Outrenoir

Ce tétraptyque presque carré, superposant de manière originale quatre panneaux horizontaux, souligne le goût de Soulages pour les formats qui découlent de formules mathématiques. L’artiste a souvent raconté ce jour de janvier 1979 où, comme Alice passant de l’autre côté du miroir, il s’est aventuré au pays de l’outrenoir. « Je peignais et la couleur noire avait envahi la toile. Cela me paraissait sans issue, sans espoir […]. J’étais perdu dans un marécage, j’y pataugeais. » Jusqu’à ce qu’il décide d’aller dormir, épuisé après des heures de tâtonnements. Et découvre à son retour qu’il avait créé « une peinture autre ». Une peinture monopigmentaire semblable à celle-ci, dont le noir d’ivoire crée la lumière non plus par contraste avec une autre couleur, mais par sa matérialité même. Une peinture émettrice de clarté, comme jadis les icônes rayonnantes à fond d’or.

Pierre Soulages, Peinture, 324 x 362 cm, 1985, huile sur toile, Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne ©Adagp, Paris 2019

Ce n’est sans doute pas un hasard si l’année de l’invention de l’outrenoir, Soulages s’est mis à créer simultanément des polyptyques, un dispositif emprunté à la peinture religieuse et aux retables. Une manière de souligner l’expérience très particulière à laquelle est invité le regardeur pris dans la lumière de ces peintures, jaillissant au-devant de la toile. Une lumière qui varie au gré de nos déplacements et de l’écoulement du jour, se colore d’argent, de feu ou de bleu pâle, dans un jeu d’apparitions et de disparitions successives. Ici, l’artiste a recouvert ses fonds striés horizontalement à la brosse de hautes bandes en aplat tracées avec une lame, plus ou moins appuyée à droite, laissant parfois sourdre le dessous. L’inclinaison légère de ces bandes sur ce même côté donne une direction au regard, qui parcourt le tableau de gauche à droite. L’œuvre s’offre ainsi comme une riche partition, tissée de forts accents sonores et de silences vibratiles. Une page d’écriture dont les lignes horizontales des quatre toiles assemblées renforcent encore la majesté.

6. Sombre/clair

Ce diptyque monumental, qui par ses dimensions enveloppe littéralement le spectateur et l’aspire dans son lumineux trou noir, est construit sur une dialectique. Voici d’abord des surfaces étales coupées par une brusque entaille. À la caresse première de lents recouvrements répond la violente saignée d’une lame, comme un coup d’épée dans la peinture! Cette première opposition se double d’une autre : celle du brillant et du mat. Une surface très réfléchissante se confronte à une autre plus calme, plus secrète, d’une lumière assourdie.

Pierre Soulages, Peinture, 222 x 314 cm, 24 février 2008, acrylique sur toile, Paris, collection Pierre Soulages ©Adagp, Paris 2019

Chaque panneau, dans son sein blessé, offre ce contraste qui se répète à l’échelle du diptyque. Sur la toile brillante à gauche, l’entaille en diagonale participe au caractère mouvant et dynamique. Tandis que sur le panneau mat de droite, l’entaille luisante horizontale confirme la sensation d’apaisement. Elle tire une ligne d’horizon sur une mer étale.
Cette œuvre s’inscrit dans ce que Pierre Encrevé appelle la « seconde période de l’outrenoir », inaugurée en 2004 avec l’abandon définitif de la peinture à l’huile au profit de l’acrylique. C’est ce médium, plus prompt à sécher, moins sujet aux craquelures, qui permet à Soulages d’oser une épaisseur de matière inédite. Le peintre va en jouer pour imprimer dans ses œuvres toutes sortes de scarifications, de frappes percussives. Des gestes dont l’autorité implacable refoule parfois un peu de matière sur les bords, comme ici au bas de l’entaille, sur le panneau de droite. C’est encore l’acrylique qui permet à Soulages ces variations du mat jusqu’au brillant, à partir d’un seul et même pigment, le noir d’ivoire, dont il modifie juste les liants. Ce contraste entre deux nuances d’outrenoir se substitue progressivement à celui du noir lisse ou strié qui dominait dans ses tableaux auparavant. La résolution finale de cette dialectique s’opère dans notre regard même. Il embrasse dans ce diptyque la nuit et la lumière, l’immuable et le mouvant, la paix et la violence.

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Confinement : le peintre David Hockney dessine le printemps en Normandie

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Durant le confinement obligatoire, certains visites des expositions virtuelles, d’autres se cultivent à l’aide de MOOC, et David Hockney dessine sur son iPad depuis sa propriété normande de 1650, surnommée « La Grande Cour », non loin de Bayeux (Calvados). Après avoir quitté l’Amérique et ses piscines californiennes, l’artiste vit et travaille à présent « Made in Normandie ». Depuis son jardin, David Hockney dessine des fleurs aux couleurs éclatantes, accompagné de son chien Ruby. Jonquilles, pommiers en fleurs, cabane dans un arbre bourgeonnant : toute la flore normande devient la muse du peintre.

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"Why are my iPad drawings seen as a respite from the news? Well, they are obviously made by the hand depicting the renewal that is the spring in this part of the world." #DavidHockney spoke with @BBCnews from his home in #Normandy to share his latest works. Swipe up in our story for the full article.⁠⠀ -⁠⠀ "I intend to carry on with my work, which I now see as very important," he wrote to me. "We have lost touch with nature rather foolishly as we are a part of it, not outside it. This will in time be over and then what? What have we learned? I am 83 years old, I will die. The cause of death is birth. The only real things in life are food and love in that order, just like our little dog Ruby. I really believe this and the source of art is love. I love life."⁠⠀ -⁠⠀ IMAGE: Jean-Pierre Gonçalves de Lima, © David Hockney⁠⠀ #cantcancelspring

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Rappelez-vous qu’ils ne peuvent annuler le printemps

Do remember they can’t cancel the spring (Rappelez-vous qu’ils ne peuvent annuler le printemps, en français), tel est le titre donné par David Hockney à ses quatre jonquilles aux couleurs pop et vives. Alors que les musées ferment, les événements s’annulent ou sont reportés face à la pandémie de coronavirus, la nature, quant à elle, poursuit son cours. À travers ce message positif, l’artiste britannique rappelle que le printemps est également synonyme de renouveau et propice à la contemplation. Qu’y a-t-il de plus satisfaisant que de voir fleurir son jardin ? Par son titre et sa signification, l’œuvre délivre ici un message d’espoir.

David Hockney, Do remember they can’t cancel the spring, 2020 ©David Hockney

David Hockney, l’Apple addict

L’artiste britannique a partagé avec la « BBC News » 10 de ses dernières œuvres, pour offrir un peu de réconfort aux lecteurs du média anglais. « J’ai continué à dessiner les arbres d’hiver qui ont fini par fleurir. C’est l’étape dans laquelle nous sommes en ce moment. Pendant ce temps, le virus est devenu fou, et beaucoup de gens ont dit que mes dessins leur donnaient un instant de répit face à ce qui se passait », explique l’artiste.

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Here is some art to look at as a "respite from the news". David Hockney has shared these images of nature he's created, for us all to enjoy at this difficult time. The artist is in lockdown at his home in France, and is in the garden most days, drawing the spring awakening. "Why are my iPad drawings seen as a respite from the news? Well, they are obviously made by the hand depicting the renewal that is the spring in this part of the world." Tap the link in our bio to see more of Hockney's work, and read more about his thoughts on the state of things. IMAGES: DAVID HOCKNEY #art #artistsoninstagram #painting #hockney #france #bbcnews

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Ce n’est pas la première fois que David Hockney emploie un iPad pour réaliser ses dessins. Loin de là. Appareil photo, Polaroid, iPhone, iPad, caméra haute définition… l’artiste est à l’affût des innovations technologiques et se procure les nouveaux modèles dès leur commercialisation. À tel point qu’en 2010, il assiste à la présentation de l’iPad par Steve Jobs, alors PDG d’Apple, au Contemporary Arts Center de San Francisco.

En janvier 2012, lors de sa grande exposition à la Royal Academy de Londres, David Hockney avait déjà présenté plusieurs de ses œuvres réalisées sur iPad. L’artiste utilise la tablette d’Apple comme un carnet de croquis qu’il emporte partout et qui lui permet de travailler immédiatement quand vient l’inspiration. Il compose ses dessins avec ses doigts et retranscrit instantanément son regard et ses sensations sur l’écran tactile. À 83 ans, David Hockney continue ainsi à pratiquer son art tout en étant connecté et on ne peut plus actuel.

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Confinés mais cultivés : 4 expériences immersives dans des tableaux iconiques de l’histoire de l’art

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Et si derrière chaque œuvre d’art se cachait un monde à explorer ? Si le tableau devenait une fenêtre que les nouvelles technologies pouvaient nous faire franchir ? L’art immersif avait déjà le vent en poupe avant l’heure du grand confinement alors poursuivons à domicile l’exploration de ces nouveaux modes de contemplation. Nous vous avons sélectionné aujourd’hui 4 manières inédites de vivre les œuvres sans quitter son canapé…

1. Dreams Of Dali : surréalité virtuelle

Entre 1933 et 1935, Dali travaille à une réinterprétation de l’Angelus de Millet, véritable icône de l’art du XIXe siècle conservée au musée d’Orsay. Sous le pinceau du maître catalan, les paysans en prière se métamorphosent en colosses de pierre dressés dans un paysage post-apocalytique comme deux vestiges monumentaux d’un monde oublié.
L’expérience en réalité virtuelle Dreams Of Dali, développée à l’initiative du musée Salvador Dali de St Petersburg (Floride), permet de pénétrer au sens propre dans l’univers surréaliste du peintre. Au son d’une musique planante, elle immerge le spectateur à l’intérieur de ce monde fantasmagorique où il peut naviguer librement. À découvrir en plein écran ou avec un casque de réalité virtuelle.

2. En tête-à-tête avec les Ménines de Velázquez

Chef-d’œuvre incontournable de la peinture espagnole, Les Ménines (1656) est une fenêtre ouverte sur la cour du roi d’Espagne Philippe IV. Illustrant une séance de pose dans un des salons du palais de l’Alcazar à Madrid, il doit sa célébrité à ses jeux de miroirs et de regards qui interrogent le lien entre réalité et illusion. Un épisode de la web-série ARTE Trips propose un décodage ludique du sujet et de la composition de ce tableau aussi célèbre qu’énigmatique en nous amenant au plus près des personnages.

3. Art Plunge : les petits mondes des chefs-d’oeuvre

Si vous êtes l’heureux propriétaire d’un casque de VR et que, comme chacun de nous en cette triste période, vous cherchez un peu de réconfort dans l’émerveillement, cette galerie d’art virtuelle est faite pour vous. Disponible pour 1,99 $, elle permet de pénétrer à l’intérieur de 5 chefs-d’œuvre de la peinture reconstitués en 3D : La Joconde de Léonard de Vinci, La Naissance de Venus de Botticelli, La Nuit étoilée de Van Gogh, La Création d’Adam de Michel Ange et La Liseuse à la fenêtre de Vermeer. L’expérience, qui fait de chaque tableau un univers en soi, est proprement saisissante et fait regretter que le catalogue ne se limite qu’à 5 œuvres, si splendides soient-elles.

4. Voyage vers l’au-delà

Cap sur fin du XIXe siècle ! Dans l’un des tableaux les plus diffusés, copiés, reproduits de l’histoire de la peinture : L’île des morts d’Arnold Böcklin (1886). Dans cette oeuvre, la barque du passeur conduit un défunt vers sa dernière demeure : une île-tombeau, à la silhouette aussi énigmatique que fascinante, dont les falaises abruptes s’élèvent d’une mer sombre et calme. Icône symboliste, métaphore de la destinée humaine, la toile place le spectateur au seuil de l’éternité.
C’est à ce voyage sans retour qu’entend nous initier l’un des plus saisissants épisodes de la série ARTE Trips. Votre « passage » débute dans un appartement moderne et confortable qui petit à petit se disloque et se transforme. Vous embarquez alors sur la barque de Charron…

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L’Adoration de l’Agneau mystique des frères Van Eyck : étude d’un chef-d’oeuvre des primitifs flamands

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Face au gigantesque retable de L’Agneau mystique, restauré en majeure partie entre 2012 et 2019, notre sidération devrait égaler celle des privilégiés qui assistèrent, le 6 mai 1432, à son dévoilement dans l’église Saint-Jean, actuelle cathédrale Saint-Bavon de Gand (Belgique). Ce jour-là, Philippe le Bon, duc de Bourgogne et souverain des Flandres, y faisait baptiser un fils nouveau-né, Josse, qui mourut peu après.

Bien que toujours admiré et entretenu, ce retable renfermant vingt-quatre scènes ou figures peintes connut, au début du XIXe siècle, un démembrement partiel corrigé après la Première Guerre mondiale. Exhumée sur le cadre en 1825 et authentifiée par la dernière restauration, une inscription indiquait que le retable fut commencé par Hubert Van Eyck (1376?-1426) et achevé par son frère cadet, Jan (1390-1441).

L’Agneau mystique, le retable des frères Van Eyck, Museum of Fine Arts Ghent/www.lukasweb.be ©Hugo Maertens

Identification de l’art des Van Eyck

Dès le XIXe siècle, les historiens tentèrent d’identifier les mains en cherchant, dans le corpus supposé des deux artistes, des caractères propres à chacun. Ce fut en vain, faute de pouvoir s’entendre sur une œuvre de l’un ou l’autre des deux frères jugée antérieure à 1426, date de la mort d’Hubert. La critique renonça également à situer avant 1426 un lot de miniatures de Van Eyck conservées à Turin. En outre, on ignore toujours les lieux de formation de la fratrie, originaire de Maaseik (Eyck-sur-Meuse), ville de cette région mosane qui vit naître les frères Limbourg, fameux miniaturistes. L’art des Van Eyck paraît de fait autant redevable aux enlumineurs d’avant-garde des années 1400 qu’aux peintres de chevalet célèbres, tels ceux du « groupe Campin/Flémalle ». Pour corser le tout, un troisième frère, Lambert, peintre lui aussi, paraît dans les archives. Au service de Philippe le Bon à Bruxelles en 1431, il se chargea, en 1442, de réinhumer Jan dans l’église Saint-Donatien de Bruges, détruite en 1800.

L’Agneau mystique (détail), le retable des frères Van Eyck, Museum of Fine Arts Ghent/www.lukasweb.be ©Hugo Maertens

Mains ou ateliers ?

Face à cet imbroglio, l’idée d’une collaboration croisée des ateliers, d’existence avérée, d’Hubert et de Jan fut lancée. Artistes à succès, les deux frères vécurent séparément. Peintre de cour, Jan, à la mort en 1425 de son premier employeur, le comte de Hollande, était passé au service de Philippe le Bon. Au sein des quelque cent soixante peintres cités dans les comptes, il y acquit un statut unique de véritable homme de confiance du duc. Hors périodes de missions, Jan résida à Lille, puis à Bruges, ville où il se maria et mourut.

Ancré à Gand, Hubert dut recevoir la commande du retable peu avant sa mort. Till-Holgert Borchert suggère que les assistants de Jan purent rejoindre ceux d’Hubert à Gand, avant que Jan lui-même, à partir de 1430, ne s’occupât à temps plein du retable. En véritable homme-orchestre comme le sera, au XVIIe siècle, Rubens dans son atelier d’Anvers, Jan fédéra toutes les compétences pour achever l’œuvre selon ses préceptes. Quoi qu’on en ait dit, il n’inventa pas la peinture à l’huile mais, passionné de technique picturale, mit au point une huile de lin séchant plus rapidement. Par réflexion de la lumière sur le fond du panneau enduit d’un mélange crayeux, son emploi donnait aux pigments, d’origine minérale ou organique, des effets émaillés quasi magiques. Avant les mises en couleur successives des compositions esquissées sur le panneau, des dessins sur feuilles volantes purent fournir des premiers modèles.

L’Agneau mystique (détail), le retable des frères Van Eyck, Museum of Fine Arts Ghent/www.lukasweb.be ©Hugo Maertens

Une commande pour l’éternité

En rendant de façon crédible pour les sens la tri-dimensionnalité d’un espace naturaliste unifié par la lumière et soumis au crible de l’observation, Jan Van Eyck prenait date dans l’histoire de la peinture. L’affirmation de son art révolutionnaire permet de supposer une étroite entente avec le richissime couple âgé commanditaire de l’œuvre, Josse Vijd et Elizabeth Borluut, figurés agenouillés en donateurs sur les volets du retable fermé. Échevin gantois « inférieur » en 1395 puis « supérieur » en 1425, Josse Vijd proposait, avec ce retable de parfaite orthodoxie politique et religieuse, une méditation digne d’honorer la mémoire familiale. On ignore quels sont les clercs qui purent établir le programme iconographique, véritable somme théologique. Fermé, le retable regroupe les scènes et personnages annonçant la venue du Messie. Ouvert, il s’appuie sur l’Apocalypse selon saint Jean pour dérouler une grandiose doctrine du salut eucharistique placé sous le signe de la Trinité. Dans cette vision de la Jérusalem céleste peuplée d’élus, les apôtres, les prophètes et les anges porteurs des instruments de la Passion, tous agenouillés en remparts de la foi, entourent la fontaine de vie et l’Agneau, gage de Rédemption. Dany Praet qui, avec Marc De Mey, renouvela l’interprétation du retable, a pu établir que cette scène exaltait également les vertus théologales (Foi, Espérance et Charité), dont la pratique donne accès aux vertus cardinales (Prudence, Tempérance, Force et Justice), évoquées dans les panneaux latéraux.

Jan Van Eyck, Détail de l’Annonciation du Retable de l’Agneau mystique, 1434-1436, huile sur panneau, transférée sur toile, 92,7 x 36,7 cm, Washington national Gallery of Art

Tirés des Écritures, de multiples textes parsèment les scènes du retable comme dans une leçon de catéchisme. Mais, dans la scène de l’Annonciation où se lisent, invisibles à l’œil nu, les mots « De visione Dei » (« De la vision de Dieu ») sur la page d’une bible, ouverte, les frères Van Eyck avouèrent le paradoxe suprême de leur art : rendre visible un Dieu invisible. Pour cela, ils s’attachèrent à montrer le caractère doublement divin de la lumière, véhicule de Dieu et moyen d’accéder à lui. Cette métamorphose de Dieu s’affiche dans l’éclat insufflé aux matières précieuses surabondantes. Un lettré, admirateur de l’œuvre, s’écria au XVIe siècle : « Vous y verrez un océan où l’art coule à flot ». Il est surtout, en cet « automne du Moyen Âge », un exemple inouï d’union de science et d’art mise au service d’un travail d’éveil spirituel.

Découvrez les autres articles parus dans notre numéro d’avril. « Boucher, Cézanne, Poussin en dessins, l’âme de la collection Prat » « Christo emballe Paris » « La Samaritaine : renaissance d’un chef-d’œuvre de l’Art Nouveau » « Unica Zürn, du surréalisme à la schizophrénie » « Sublime Nature : Turner du dessin à la toile »

Accessible également en version PDF

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Bénédicte Epinay nommée à la tête du Comité Colbert

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Que voici, pour le Comité Colbert, un profil atypique qui nous réjouit puisqu’il s’agit d’une consœur journaliste, qui en devient la déléguée générale ! Bénédicte Epinay, bardée d’un cursus universitaire en sciences politiques et économiques et un Master 2 en communication, a fait une large part de sa carrière au sein du quotidien « Les Echos ». Elle entre dans ce journal en 1984 et, douze ans plus tard, y suit l’actualité de l’industrie du luxe. Elle devient directrice déléguée des rédactions et crée, en 1999, le magazine « Série limitée », un luxueux supplément qui accompagne une fois par mois le quotidien. Elle participe également au lancement de l’hebdomadaire « Les Echos week-end » en 2015, avant de prendre la direction générale du Pôle luxe de Pelham Media, le leader français de la communication à destination des entreprises. C’est dire si Bénédicte Epinay connaît tout des stratégies éditoriales et digitales des entreprises du luxe. « Sa connaissance de notre secteur et ses compétences, assure Guillaume de Seynes, le président du Comité Colbert, lui permettront de faire face aux nombreux défis qui vont se poser à nos maisons et à notre association. Plus que jamais, dans les circonstances que nous traversons tous, nous aurons besoin de la force collective qu’insuffle notre Comité ». Pour l’avoir souvent côtoyé au sein du groupe Les Echos, je suis sûr que Bénédicte Epinay saura prolonger l’action menée vaillamment par Élisabeth Ponsolle des Portes pendant de nombreuses années, organisant sans relâche tables rondes, expositions et réflexions avec les quelque 82 maisons du luxe français qui composent le Comité Colbert.

De Delisle à Louis Vuitton

À sa création en 1954, à l’initiative de Jean-Jacques Guerlain, le Comité Colbert ne comptait que quinze maisons françaises de luxe. Sous quelle autre protection que Colbert, l’intendant des finances de Louis XIV et surintendant des manufactures royales, aurait-il pu mieux se placer ? Le Comité Colbert regroupe, depuis plus de 65 ans, des maisons exportatrices autour des savoir-faire et de la création et s’est donc naturellement orienté vers l’international. D’abord centré sur certains métiers liés à la mode, aux parfums et à la cosmétique, il s’est agrandi en incorporant des institutions culturelles et des hauts lieux de l’art français. Côté édition, on y trouve en effet aussi bien le groupe Bussière (spécialiste du traitement numérique du texte et des images) que les éditions Diane de Selliers ou les beaux livres Flammarion. Côté gastronomie, l’Oustau de Baumanière aux Baux de Provence et L’Hôtel du Palais à Biarritz ont rejoint les grands crus classés comme Château Cheval Blanc ou Château d’Yquem et les champagnes tels que Krug ou Veuve Cliquot. Tous se battent pour faire rayonner la France à l’étranger.

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Midi et quart, histoire de l’art : La Laitière de Vermeer

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Tous les jours, du lundi au vendredi à 12h15, Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts, vous lit et commente la notice d’une œuvre d’art. En s’appuyant sur les textes de conservateurs de musée, d’historiens de l’art ou de critiques, « Connaissance des Arts » vous permet de mieux comprendre les chefs d’œuvre et certaines œuvres oubliées.

La Laitière, vers 1658, par Vermeer, conservée au Rijksmuseum d’Amsterdam

La célèbre vue d’intérieur, montrant une cuisinière en train de verser du lait dans une jatte pour préparer un gâteau, a sans doute été peinte par Vermeer grâce à des miroirs et des lentilles. Le peintre britannique David Hockney s’est penché sur cette technique particulière et a écrit un livre, Savoirs secrets, les techniques perdues des maîtres anciens, publié en français en 2006 par les éditions du Seuil. Il y analyse les effets produits par cette méthode de la camera obscura (chambre noire) et observe les différences de rendu figurant dans La Laitière : des flous sur certains objets et des halos lumineux pour les parties les plus éclairées.

À LIRE

David Hockney, Savoirs secrets : Les techniques perdues des maîtres anciens

Apprenez-en plus sur Vermeer, le grand maître hollandais, avec notre article exclusif Johannes Vermeer, le « sphinx de Delft »

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Artistes, robots et intelligence artificielle au Grand Palais [flash expo]

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La science-fiction l’a rêvé, les artistes l’ont fait !  Dans ce nouvel épisode de notre web-série « Flash Expo », conçue en partenariat avec la Société Générale, découvrez l’interview de Laurence Bertrand Dorléac, commissaire de l’exposition « Artistes et Robots » présentée au Grand Palais en 2018.

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#CultureChezNous : une visite virtuelle au musée des Arts décoratifs pour faire le plein de design

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Et si nous faisions du confinement obligatoire un moment de pèlerinage artistique virtuel ? Les musées du monde entier mettent à disposition leurs collections ainsi que tout un tas de contenus culturels pour combattre l’ennui depuis chez soi. Après une pause connectée au Metropolitan Museum of Art de New York, puis au musée du Louvre, pourquoi ne pas longer virtuellement la rue de Rivoli pour vous rendre au Musée des Arts décoratifs ? Visite à 360° des collections, concours de dessin et dossiers thématiques… Faites le plein d’art et de design, à consommer sans modération.

Une immersion dans les salles du musée sans quitter son salon

La fermeture des musées et de leurs expositions pour éviter la propagation du coronavirus a fait de nombreux déçus. Pour y remédier, le Musée des Arts décoratifs propose sur son site une visite à 360° de ses salles. De la grande nef à la salle de bains Lanvin, en passant par la galerie des bijoux, vous pouvez ainsi admirer les collections de l’institution à travers d’impressionnantes vues panoramiques.

Découvrez le panoramique à 360° de la salle « À table avec Charlotte Perriand et Le Corbusier » et promenez-vous dans les thèmes abordés : « Charlotte Perriand », « Cité Radieuse de Le Corbusier à Marseille »… > https://t.co/Lke4KORD4z #rvDesign #MinuteMAD #Culturecheznous pic.twitter.com/70VY5KHAlK

— Mad Paris (@madparisfr) April 3, 2020

Pour celles et ceux qui n’ont pas eu la chance de visiter « Harper’s Bazaar. Premier magazine de mode » avant le début du confinement, le musée met à disposition une présentation des différentes articulations de l’exposition. Après une présentation globale de l’événement, l’institution retrace l’histoire du magazine de mode lancé par Harper & Brothers en 1867. L’occasion de bien préparer sa visite en attendant la réouverture de l’exposition.

Lancé en 1867 à New York, #HarpersBazaar s’adresse aux femmes afin de les instruire en matière de #mode, de société, d’art et de littérature, étant, dès son origine, engagé pour la cause féminine. #ExpoBazaar jusqu'au 14/07 > https://t.co/iOn2wRXpsD #JourneeDesDroitsDesFemmes pic.twitter.com/IaDcz1jd3s

— Mad Paris (@madparisfr) March 8, 2020

Initier les jeunes aux Arts décoratifs

Le Musée des Arts décoratifs offre également un cahier d’activités pour divertir intelligemment les enfants dès 6 ans. À travers des thèmes tels que la nature, le japonisme, la lumière ou encore la géométrie, les plus jeunes pourront ainsi aborder les œuvres issues des collections Art nouveau et Art déco du musée tout en s’amusant. Vous pourrez même partager les plus beaux chefs-d’œuvre de vos artistes en herbe sur Instagram avec le hashtag #recreation et en mentionnant @madparis.

Occupez vos enfants en leur faisant découvrir les collections du #MuséedesArtsDécoratifs ! Aujourd'hui, nous vous proposons une activité autour du thème de la Nature (6 ans et +) > https://t.co/Lcv9bVsOTO Partagez les créations de vos enfants sur instagram @madparis #recreation ! pic.twitter.com/BvVRUPfN3x

— Mad Paris (@madparisfr) April 1, 2020

Pour les lycéens majeurs ou étudiants en écoles d’art ou universités, l’institution a lancé le concours « À vos crayons ! », dans le cadre de l’exposition « Le dessin sans réserve. Collections du Musée des Arts décoratifs ». Pour participer, rien de plus simple. Les élèves doivent réaliser un dessin inspiré de l’abécédaire de l’exposition partagé sur les réseaux sociaux du musée. Les œuvres sélectionnées par le jury apparaîtront ensuite sur un cartel numérique. Toutes les conditions du concours sont précisées sur le site du musée des Arts décoratifs.

Concours #avoscrayons pour étudiants et lycéens. Mot du jour : H comme Hybride > https://t.co/2wLaqVkkGT #dessinsansreserve #Culturecheznous #dessin pic.twitter.com/Glsxfboikg

— Mad Paris (@madparisfr) April 2, 2020

Des dossiers thématiques pour aller plus loin

Vous avez toujours rêvé de vous de voyager à travers les époques pour découvrir les goûts et modes des temps passés ? C’est maintenant possible. Zoom sur des périodes artistiques, focus sur des artistes et artisans, ensemble d’objets d’art à la loupe… Le Musée des Arts décoratifs décline tout un tas de dossiers thématiques pour aller plus loin dans la découverte de ses collections. De l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925 aux trésors de sable et de feu, en passant par un zoom sur le Moyen Âge et la Renaissance, il y en a pour tous les goûts.

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Le Bain turc de Jean-Léon Gérôme : Focus sur un chef-d’œuvre

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Figure emblématique de l’art pompier, Jean-Léon Gérôme (1824-1904) est un excellent illusionniste. Avec une précision photographique, il parvient à créer de toutes pièces des scènes en apparence réalistes. Le peintre a multiplié les tableaux orientalistes, notamment les scènes de bain public ou de hammam – chères à de nombreux artistes, dont Jean-Auguste-Dominique Ingres – en reprenant souvent les mêmes éléments, réarrangés différemment.

Authenticité et fantasme

Dans cette composition fantasmée et très théâtrale, Gérôme offre la vision d’un Orient idéalisé, destiné à faire rêver un public qui ne connaît cet « ailleurs » que par la peinture. L’artiste semble accorder ici la même importance au décor – dans le chatoiement des tissus, le réalisme des céramiques qui entourent le bassin et les éclats de lumière sur le mur du fond – qu’à ses figures. L’esclave noire, un peu en retrait, sert ici de faire-valoir à la femme blanche, dont la sensualité naît à la fois de la pureté de sa peau diaphane, de la chevelure rousse et de la pose lascive.
Si la scène est fictive, Gérôme s’est néanmoins documenté. Il a lui-même voyagé en Orient (Égypte, Syrie, Turquie, Algérie…) dès les années 1850, et s’inspire également de photographies. L’Orient lui inspire des centaines d’œuvres qui séduisent tant par leur réalisme photographique que par le côté sulfureux de ses sujets.

Jean-Léon Gérôme, Le Bain turc, 1870, huile sur toile, 50,8 x 40,6 cm, Boston Museum of Fine Arts

La femme au bain : naissance d’un archétype avec Ingres

Partisan de la tradition picturale académique, fervent opposant à l’impressionnisme, Gérôme s’inscrit également dans la filiation d’Ingres, le plus célèbre des rêveurs d’Orient, à qui l’on doit l’archétype de la femme de harem : l’odalisque.
C’est au cours de son premier séjour à Rome qu’il crée l’un des plus beaux dos de l’histoire de la peinture, celui de la Baigneuse Valpinçon (1808). C’est aussi, tout au long de sa carrière et par les inventions multiples de ses nombreuses odalisques, toute l’histoire du nu qu’il renouvelle, de Raphaël à Titien ou Van Loo. La perfection du trait répond toujours à l’idéalisation de corps lisses, d’une blancheur de lait, aux déformations expressives, jugées monstrueuses en son temps. En témoigne le dos célèbre de sa Grande Odalisque. Le sommet de son panthéon de baigneuses languides et nues est atteint en 1863 avec Le Bain turc. La scène, comme surprise à travers le trou d’une serrure, choquera la femme de son commanditaire, le prince Napoléon, cousin de l’empereur, qui refusera la toile.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Quand Jean-Léon Gérôme refaisait l’histoire

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Zao Wou-Ki, la traversée des apparences [podcast]

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La peinture de Zao Wou-Ki est une fenêtre sur l’art du XXe siècle. Né en Chine mais naturalisé Français par André Malraux, l’artiste, décédé en 2013, a su nourrir son oeuvre de cette double influence, orientale et occidentale.

Une émission réalisée à l’occasion de l’exposition « Zao Wou Ki, L’espace est silence », présentée au musée d’Art Moderne de Paris du 1 juin 2018 au 6 janvier 2019.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Étude d’une œuvre : Zao Wou-Ki, 01. 04. 66 Triptyque

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Coronavirus : Piasa lance une vente au profit du personnel soignant

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« Ils sont dans l’urgence, nous avons réagi dans l’urgence et nous préparons la vente dans l’urgence », résume Frédéric Chambre, Directeur général de la maison parisienne Piasa. La vente aux enchères se déroulera en ligne du 3 au 5 avril et sera totalement dématérialisée. Dès le lendemain de sa clôture, les acquéreurs seront invités à régler leurs achats dans les 48h, afin que Piasa puisse verser très vite l’intégralité des fonds recueillis à #ProtegeTonSoignant, un collectif multidisciplinaire de médecins, de professeurs de médecine, d’entrepreneurs, d’artistes, de citoyens engagés, qui s’est fixé pour mission d’aider et soutenir les soignants qui combattent au quotidien le Covid-19. Les sommes pourront être utilisées pour l’achat de matériel de protection, d’appareils médicaux comme les respirateurs, ou la prise en charge des frais de transport du personnel soignant.

Bois de Fabrice Hyber, 2008-2009, offert par Nicole et Jean-Claude Marian pour la vente Piasa au profit de #ProtegeTonSoignant.

Galeristes, collectionneurs et artistes s’unissent

Cette idée lumineuse revient à Laurent Dumas, PDG du groupe Emerige, qui est également président du Conseil d’administration et actionnaire de Piasa. « Il a immédiatement créé plusieurs groupes WhatsApp de 250 personnes, puis j’ai envoyé de nombreux messages à mes contacts, et nous avons assisté à un formidable élan de générosité », raconte Frédéric Chambre. Les donateurs sont des décorateurs, des artistes, des galeristes, des collectionneurs, des designers… Hier Piasa avait reçu plus de 230 propositions, et l’équipe s’activait pour trier, décrire et évaluer les objets sur photos.

Plat en céramique de Birger Kaipiainen, années 1970, offert par la Galerie Éric Philippe pour la vente Piasa au profit de #ProtegeTonSoignant.

Mise à prix, 500€

Très divers, les 200 lots retenus iront d’une œuvre spécialement créée pour l’occasion par Annette Messager à une technique mixte de Fabrice Hyber (don de Nicole et Jean-Claude Marian), d’une table offerte par India Mahdavi à un plat en céramique du Finnois Birger Kaipiainen donné par la galerie Éric Philippe. Les galeristes s’avèrent, en effet, particulièrement généreux. On peut également citer Frank Prazan, qui offre un tableau de Andrés Segovia (1929-1996), et la galerie Christian Berst, donatrice d’une gouache de Misleidys Castillo Pedroso. Les œuvres seront toutes mises à prix à 500 euros, sans prix de réserve, mais seront accompagnées d’une estimation indicative, de 2000 euros à 40/50 000 euros environ, afin que les acquéreurs ne sous-estiment pas le geste à accomplir.

Acrylique de Andrés Segovia, 1989, offert par Franck Prazan pour la vente Piasa au profit de #ProtegeTonSoignant.

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3 artistes à découvrir sur Instagram

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Le confinement peut avoir du bon car il nous donne du temps pour flâner sur les réseaux sociaux. En sautant d’un compte Instagram à l’autre, on peut découvrir le travail d’artistes, souvent hors galeries ou mal repérés. Notre sélection du jour : Stéphane Villafane, Jean-Baptiste Née et Emmanuelle Bollack.

1. Stéphane Villafane et ses fenêtres sur le monde @stephane.villafane

« Je pense que la peinture est une fenêtre sur un monde indescriptible et fugace. J’invite donc le spectateur à se projeter dans cet espace ouvert pour trouver son propre monde, pour interpréter sa composition librement comme une aventure personnelle ». C’est par ces mots que le peintre (né en 1969 et vivant entre le Sud de la France et Barcelone) vous accueille sur sa page de Singulart.com ou sur son site.

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Composition /// Landscape study /// Acrylic on canvas /// 200x150cm /// 2020 #art #kunst #arte #contemporaryart #painting #acrylicpainting #composition #meditation #meditativeart #landscape #space #field #studio #artwork #artgalleries #artcurators #artcollectors #stephanevillafane

A post shared by Villafane Stéphane (@stephane.villafane) on Mar 27, 2020 at 7:00am PDT

Architecte formé à l’école d’architecture de Lyon, cet artiste s’intéresse « à l’espace et à sa relation au temps dans ses peintures ». Il commence par « quelques lignes et une lumière subtile pour créer un espace méditatif ».
Ses œuvres sont composées de plans de couleurs claires, des bleus, des gris, des verts tendres, qui s’imbriquent les uns dans les autres. Il y a du Nicolas de Staël dans ces huiles très en matière, mais sans la violence du grand abstrait des années 1950, ni certaines stridences de ses paysages du Sud. Il a exposé récemment ses œuvres dans des galeries de Londres (Lisa Norris Gallery) et de Barcelone (galerie Esther Montoriol).

2. Jean-Baptiste Née, au creux des montagnes @jeanbaptiste.nee

Est-ce parce qu’il est d’abord scénographe que je n’avais jamais croisé l’œuvre peinte et dessinée de Jean-Baptiste Née ? Après avoir vu ses huiles et pastels sur Instagram, j’ai voulu en savoir plus et, sur son site, j’ai découvert un travail de rigueur et de silence.

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Paroi, brume / Wall, mist gouache sur papier / gouache on paper 19x28cm, 2018 #falaise #rockwall #insitu #contemplation #paintingnature #impermanence #devoilement #contemporarypaintings #contemporaryart #fineart #artcontemporain #peintrecontemporain #peinturecontemporaine #dessin #dessincontemporain #drawing #contemporarydrawing #nature #clouds #piemonte #mountainlandscape #montagne #mountains #gouache #paperart #brume #mist #soir #dusk

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Passé par l’Ensad (École nationale supérieure des Arts décoratifs) de 2006 à 2012, ce scénographe de Ne parlez jamais avec les inconnus (2012), des Nains d’Harold Pinter (2015) et de L’Homme hors de lui de Valère Novarina (2017) a développé un travail graphique en parallèle.
Il expose à Crest, Genève ou à Châlons-en-Champagne, dans des accrochages personnels ou de groupe, autour d’Alexandre Hollan, par exemple. Ses peintures et ses dessins montrent exclusivement la montagne, les vallées et les versants, envahis de nuages ou aux derniers reflets du jour, passant de bleus profonds à des violets éthérés. Depuis ses débuts en 2008, il épure ses projets, délaissant les détails trop pittoresques du paysage pour des constructions géométriques d’aplats monochromes. Comme si Hodler voulait retrouver l’ascèse de Mondrian. Il peint sur les hauts plateaux du Vercors aussi bien que dans les massifs de Wudangshan, en Chine. Une œuvre faite en immersion « dans les brumes hivernales, le gel et la philosophie taoïste ».

3. Emmanuelle Bollack et ses lointains intérieurs @bollack.emmanuelle

Née à Berlin, Emmanuelle Bollack (voir son site) vit et travaille à Paris. Elle expose ses toiles à la galerie Convergences mais je dois avouer n’avoir jamais vu son travail. J’aurais dû la remarquer en 2003 à la galerie Vieille du Temple, en 2005 chez Di Meo ou en 2016 chez Jean Fournier mais il n’en est rien. « Quand je commence à peindre, je ne sais jamais où je vais, ni ce que je fais, avoue-t-elle. Et je cherche à m’appuyer sur ce que je suis. Sur ce que j’étais. Répétition d’une image antérieure ? Retour à ce que j’étais déjà ? Variantes d’une même image qui s’est fixée et un jour s’épuise à force d’être reprise ».

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Encre,

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On retrouve en effet dans nombre de ses pastels, de ses collages d’encre et d’acrylique, la même forme oblongue, élégante comme un bol japonais. On devine la même accumulation de matière épaisse dans ses diptyques oscillant entre beige et noir. Une peinture forte et sensible à la fois qui fait apparaître, surgir du néant, des paysages, des fleurs, des arbres ou des figures qui ne disent pas leurs noms. « Rien de somptueux, écrit Olivier Delavallade, le directeur du centre d’art de Kerguéhennec, rien d’éclatant, pas de couleur, pas même le secours d’une belle matière. Au premier regard, nous avons plutôt le sentiment d’une sécheresse, et puis très vite, ce sentiment s’amplifie, non pas d’une aridité mais un incendie, ou plutôt un paysage calciné, non pas désertique mais déserté. En même temps, nous avons le sentiment d’un grouillement, d’une profusion, comme si quelque chose, entassé, amassé, occupait l’espace. Juste une ouverture, dans le haut. L’encre, en jus léger, dessine une sorte de ciel, une faille apparaît, au centre du tableau. Plus un gouffre qu’une éclaircie ». Quelle description enflammée !

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Midi et quart, histoire de l’art : Notation chromatique de Charles Filiger

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Tous les jours, du lundi au vendredi à 12h15, Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts, vous lit et commente la notice d’une œuvre d’art. En s’appuyant sur les textes de conservateurs de musée, d’historiens de l’art ou de critiques, « Connaissance des Arts » vous permet de mieux comprendre les chefs d’œuvre et certaines œuvres oubliées. 

Notation chromatique (1920-1928) par Charles Filiger, collection particulière

Lorsque Charles Filiger, un ami de Gauguin et des artistes nabis comme Bonnard et Vuillard, peint cette Notation chromatique dans les années 1920, il s’appuie sur des recherches philosophiques et spirituelles comme la théosophie et l’anthroposophie de Rudolf Steiner. Dans son texte intitulé « Charles Filiger ou la mystique du cercle et des couleurs », Roland Recht, l’ancien directeur des musées de Strasbourg et professeur au Collège de France, explique l’importance de la géométrie car celle-ci « était une voie vers la compréhension à la fois du monde spirituel et matériel, et un instrument nécessaire au peintre ».

À LIRE

Catalogue de l’exposition « Filiger », présentée à la galerie Malingue à Paris, du 27 mars au 22 juin 2019

Apprenez-en davantage avec notre article exclusif Récit d’une vie : Charles Filiger, un artiste symboliste

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Unica Zürn, du surréalisme à la schizophrénie

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De combien de vies peut-on disposer en une seule vie ? Successives et chevauchées, réelles et inventées, connues et clandestines ? Et puis, effacées, par le temps et l’oubli dans la mémoire des autres. Ce sont les questions qui s’imposent quand on évoque Unica Zürn (1916-1970), peintre et écrivain. La vie ou l’œuvre. Impossible de les détacher l’une de l’autre et comme chacune d’elle est multiple, nous voici dans un de ces labyrinthes de Luna Park, égarés parmi les miroirs qui se brisent à l’infini. Il faut tirer un fil. Celui de la chronologie en vaut un autre. En attendant l’ouverture de l’exposition du musée d’Art et d’Histoire de l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, qui retrace à travers gravures, dessins, écrits et documents, retour sur le parcours d’Unica Zürn.

Unica Zürn Sans titre 1955 Encre et gouache blanche sur papier 49 x 64 cm Collection privée, Paris ©Dominique Baliko

Une première vie à Berlin

La première vie officielle de Nora, Bertha, Unika, Ruth Zürn débute à Berlin en 1916. Enfance heureuse, dira-t-elle, dans une vaste demeure bourgeoise de Grünewald, que son père, voyageur et écrivain, a meublée d’étranges objets rapportés d’Orient, Bouddha indien, tapis chinois brodé de fils d’or, meubles d’Arabie sculptés, tout un répertoire de formes dans lequel elle puisera, devenue dessinatrice. Adolescence troublée par le divorce de ses parents et une faillite financière. Fin de l’époque merveilleuse.
Sa mère épouse en secondes noces Heinrich Doehle, futur haut fonctionnaire nazi, proche d’Hitler. Autre monde, celui du IIIe Reich, dont le souvenir sinistre l’habitera interminablement. À 16 ans, elle quitte le lycée pour des études commerciales, devient sténotypiste aux studios de l’Universum Film AG, puis scénariste et auteur de films publicitaires. En 1942, elle se marie ; deux enfants naîtront, en 1943 et 1945. En 1949, elle divorce. Ses enfants sont confiés à leur père. Berlin de la débâcle, déroute de sa propre vie. Elle écrit des nouvelles et des contes radiophoniques, en grand nombre, et fréquente les milieux artistiques de cette ville effondrée. Il faut imaginer le début des années 1950 dans une Europe qui veut se reconstruire, en jurant « jamais plus ». Mais les fantômes seront tenaces.

Unica Zürn Sans titre 26 février 1965, Hôpital Sainte-Anne, Paris Gouache sur papier 64,5 x 49,5 cm Inv. n°655 MAHHSA ©Dominique Baliko

Un couple surréaliste à Paris

Unica a déjà commencé à dessiner lorsqu’elle rencontre Hans Bellmer (1902-1975) à Berlin, en 1953. Allemand vivant le plus souvent à Paris depuis 1925, et définitivement à partir de 1938, fasciné, comme ses amis dadaïstes puis surréalistes, par l’œuvre du marquis de Sade, il se lie avec Grosz, Ernst, Éluard, Bataille, dont il illustre les livres. Unica repart avec lui à Paris. Ils ne se quitteront plus, vivant d’abord dans une seule pièce rue Mouffetard puis, en 1965, rue de la Plaine, dans le XXe. Avec lui, elle fréquente André Breton, Man Ray, Jean Arp et, à partir de 1957, Henri Michaux, qui va tenir une place primordiale dans son travail. Bellmer l’initie à l’anagramme, construction littéraire à partir d’un mot dont on change l’ordre des lettres. Unica Zürn publie son premier recueil, Hexentexte (textes de sorcières), en 1954. D’autres suivront.

Unica Zürn Sans titre Vers 1965 Encre de Chine et aquarelle sur papier 50 x 65 cm Collection privée, Paris ©Dominique Baliko

Unica crée ses propres règles, maniant l’automatique et l’intentionnel, désarticulant et recréant un langage plein de significations cachées. À travers l’insolite, l’étrange, c’est aussi le corps qui resurgit, s’exprime, se casse et se rassemble. Très souvent, elle associe ces poèmes surréalistes à ses dessins, part la plus importante de son œuvre plastique qui comporte néanmoins quelques peintures à l’huile. Encre de Chine ou de couleur, crayons de couleur, gouache ou aquarelle sont les outils d’un univers fantastique, sorte de bestiaire médiéval, peuplé de chimères ou de monstres des profondeurs. Le trait est arachnéen, tout en volutes et broderies. Une première puis une seconde exposition se tiennent en 1956 à Paris, dont André Pieyre de Mandiargues préface le catalogue.

Un syndrome schizophrène

Mais en 1960, une première dépression débouche sur un internement en clinique à Berlin, et la lutte contre la folie organisera désormais sa vie en une suite de séjours à Sainte-Anne ou à l’hôpital Maison Blanche à Paris. Les psychiatres diagnostiquent un syndrome schizophrène. Jamais elle ne cesse de dessiner et d’écrire, remplissant des centaines de carnets, dont beaucoup sont aujourd’hui dispersés. Les amis se relaient pour des visites, lui apportant matériel et présence, Henri Michaux en tête.

Unica Zürn Sans titre 27 septembre 1962, Hôpital Sainte-Anne, Paris Gouache sur papier 67 x 50 cm Inv. n°0790 MAHHSA ©Dominique Baliko

En 1967, elle écrit d’une traite Sombre Printemps, court roman incisif et récit solaire de sa propre enfance. En 1965 elle a commencé la rédaction de L’Homme-Jasmin, un texte inspiré par Michaux, publié en 1971 et célébré par Michel Leiris. La singulière fantasmagorie de son œuvre, tant littéraire que plastique, éveille un véritable engouement dans le monde des surréalistes, une ferveur qui s’efface avec leur mouvement, pour connaître une renaissance depuis quelques années. Le 18 octobre 1970, revenue chez elle en permission de sortie de l’hôpital, Unica Zürn se suicide en sautant du sixième étage. Sur un cahier qu’il lui avait offert à Sainte-Anne, Henri Michaux avait écrit en dédicace : « Cahier de blanches étendues intouchées / Lac où les désespérés, mieux que les autres, / peuvent nager en silence, / s’étendre à l’écart et revivre ».

Découvrez les autres articles parus dans notre numéro d’avril. « Boucher, Cézanne, Poussin en dessins, l’âme de la collection Prat » « Christo emballe Paris » « La Samaritaine : renaissance d’un chef-d’œuvre de l’Art Nouveau » « Sublime Nature : Turner du dessin à la toile »

Accessible également en version PDF

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« Agrigente » de Nicolas de Staël : focus sur un chef-d’oeuvre

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Après son installation en Provence, exalté par les paysages et la lumière du Midi, Nicolas de Staël part pour un nouveau voyage en l’Italie. Dans un premier temps, il avait songé à séjourner à Rome, mais décide finalement de pousser vers le sud. En plein mois d’août, la Sicile offre un visage aride, dépouillé, celui d’une terre âpre, brûlée par le soleil, telle que l’ont dépeinte aussi bien l’écrivain Elio Vittorini que le cinéaste Francesco Rosi. Les ruines grecques et romaines, les églises médiévales et baroques laissent entrevoir les splendeurs passées d’une île qui, en ce milieu de XXe siècle, semble enlisée dans le sous-développement.

Le paysage dématérialisé de Sicile

Nulle part ailleurs qu’à Agrigente Staël n’a pu mieux sentir la grandeur de cette Antiquité rêvée, là où l’architecture fait corps avec la terre. Fondée au VIe siècle av. J.-C., la cité grecque d’Akragas, devenue Agrigentum sous la domination romaine, s’est développée en terrasses sur les collines tandis que, sur d’autres éminences, demeurent les ruines majestueuses de dix temples grecs, dont celui de Zeus Olympien, l’un des plus monumentaux de la Grande Grèce.
Staël ne peint pas pendant son séjour en Italie, il se contente de rapides croquis, une pratique que favorise l’adoption d’un nouvel instrument, le stylofeutre, qui lui permet d’esquisser en un clin d’oeil et quelques traits rapides la silhouette d’un site, d’un navire ou d’un édifice. Ainsi réduit à ses lignes essentielles, le paysage apparaît dématérialisé, en suspens dans le vide. Staël se désintéresse en effet de tout ce que la vue peut offrir de pittoresque : le moutonnement des oliviers sur les pentes, les paysans au travail, les richesses de l’architecture, et ce autant à Agrigente qu’à Sélinonte ou Syracuse, terme de son périple.

Nicolas de Staël, Sicile, 1953, stylo-feutre sur papier, 26,2 × 32,2 cm, collection particulière © Kunsthaus Zürich

Ressentir Agrigente

La toile Agrigente présente les signes minimaux d’une relation au réel, soit la terre et le ciel partagés par la ligne d’horizon. Comme dans d’autres toiles consacrées au site, on reconnaît le versant abrupt d’une colline sur lequel s’étagent – ou plutôt semblent s’étager – les quartiers de la ville. Car en l’espèce, l’artiste entretient sciemment l’ambiguïté. Seul compte pour lui l’arrangement des teintes, véhicule de la sensation éprouvée face au paysage. Ici, le violet, le jaune, l’orange et le rouge crient, agressent l’œil par leur intensité, mais sans dissonance, car l’artiste joue en orfèvre de la complémentarité du jaune et du violet.
Toutes les teintes se juxtaposent en plans colorés, comme mises sous tension par une tectonique invisible. Pourtant ces plans au chromatisme exubérant ne sont pas parfaitement ajointés, mais séparés par des failles de clarté, à travers lesquelles perce une lumière blanche. La tension se dilue au centre du tableau, où le bleu affleure sous le jaune désaturé, comme si le peintre donnait à sentir les convulsions souterraines d’un paysage à l’apparente immuabilité. La marque de la brosse sur les plans colorés accentue la vibration de la couleur, accentuée par un ciel sombre.

Nicolas de Staël, Agrigente, 1954, huile sur toile, 73 x 82 cm, collection particulière.

Aux sources d’une couleur vibrante

L’arbitraire des teintes chez Staël – des jaunes et des rouges incandescents, des verts saturés… – ignore tout mimétisme pour ouvrir la voie à une subjectivité pure, celle de la sensation reçue. « L’été, avec ses écrasantes chaleurs, arrête, suspend tout », observait Fernand Braudel dans La Méditerranée. Et c’est un sentiment de cette sorte que cultive Staël dans la suite sicilienne, figeant le spectateur dans la sidération de cette intensité chromatique. Ces toiles inspirées par la Sicile conjuguent la rigueur architecturale de l’un et la vibration colorée de l’autre, mais paraissent jaillir également d’autres sources, plus lointaines, plus secrètes.
À Ravenne, lors de ses deux voyages, l’artiste avait découvert avec émerveillement les extraordinaires mosaïques de Saint-Vital, de Saint-Apollinaire, du mausolée de Galla Placidia… En 1951, il avait également pu en admirer de belles copies lors d’une exposition à Paris. Ignorant le passage du temps, les tesselles de verre coloré, posées au Ve et au VIe siècle, avaient conservé intact leur éclat originel, tout comme cette « opacité rayonnante » comparable au ciel romain selon Staël. D’une certaine manière, le peintre du XXe siècle a trouvé une même jubilation de la couleur, en même temps que l’éblouissement de la lumière.

Nicolas de Staël, Agrigente, 1953, huile sur toile, 54 × 73 cm, Høvikodden (Norvège), Henie Onstad Kunstsenter. © Henie Onstad Kunstsenter, Høvikodden, Norvège

Un paysage nocturne ?

Les paysages du genre de celui d’Agrigente ont été interprétés comme des scènes nocturnes. En est-on si sûr ? Car comment concilier la luminosité du coloris avec ce ciel de suie ? Peut-être faut-il se rappeler la célèbre Porte-Fenêtre à Collioure, peinte par Henri Matisse en 1914, où l’huisserie, résumée en pans de couleur verticaux, s’ouvre sur une zone d’un noir impénétrable. À cette époque, Matisse commençait à utiliser, selon ses propres termes, « le noir pur comme une couleur de lumière et non comme une couleur d’obscurité ». Staël travaille sans doute dans cet esprit, donnant à voir non pas la nuit, mais ce moment où le regard se voile de noir, lorsqu’il est ébloui par l’intensité du soleil.

Un tournant dans l’oeuvre de Staël

Après ce voyage, Staël s’isole dans son atelier de Lagnes pour accoucher des toiles qu’il porte en lui.  Les dix-neuf toiles consacrées à la Sicile se situent à une période charnière de son oeuvre. Depuis l’année précédente, le réel a fait irruption dans sa peinture, qu’il perçoit comme un dépassement de l’opposition entre abstraction et figuration. À ce virage pictural s’ajoute un changement de technique et d’outils. Fini couteau et truelle : désormais, Staël travaille avec des brosses et des tampons de gaze. Aussi la couleur n’est-elle plus travaillée en épaisseur mais étendue sur la toile pour obtenir des effets de transparence, d’affleurement. Dans son exaltation d’une couleur lumière, il retrouve des accents dont on ne voit d’équivalent que chez Van Gogh et Matisse.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Nicolas de Staël, solaire solitude à Aix-en-Provence

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Paris romantique, 1815-1848 #1 [podcast]

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Salons littéraires et de beaux-arts, quartiers d’artistes, mascarades de rues, vedettes de scène ou monuments politiques : en 2019, le Paris romantiques (re)prenait vie au Petit Palais à Paris. Poursuivez votre voyage dans le temps et plongez dans ce bouillonnement artistique.

Pour écouter le second épisode consacré au Paris de la période romantique, cliquez ici.

Une émission réalisée à l’occasion de l’exposition « Paris romantique, 1815-1848 », présentée au Petit Palais à Paris du 22 mai au 15 septembre 2019. 

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Les années folles du Paris romantique

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Paris romantique, 1815-1848 #2 [podcast]

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Salons littéraires et de beaux-arts, quartiers d’artistes, mascarades de rues, vedettes de scène ou monuments politiques : en 2019, le Paris romantiques (re)prenait vie au Petit Palais à Paris. Poursuivez votre voyage dans le temps et plongez dans ce bouillonnement artistique.

Pour écouter le premier épisode consacré au Paris de la période romantique, cliquez ici.

Une émission réalisée à l’occasion de l’exposition « Paris romantique, 1815-1848 », présentée au Petit Palais à Paris du 22 mai au 15 septembre 2019. 

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Les années folles du Paris romantique

 

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« César » au Centre Pompidou à Paris [Visite Live]

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César Baldaccini dit César (1921-1998) est une figure essentielle de la sculpture du XXe siècle. Il s’est approprié la « réalité » contemporaine, à travers les déchets industriels, tout en maintenant de subtiles relations avec la sculpture classique. Découvrez son oeuvre grâce à cette visite guidée en direct du Centre Pompidou en 2018.

Apprenez-en plus avec notre article exclusif Le triomphe de César au Centre Pompidou

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Vacances romaines, Tissot et Caravage le bad boy de la peinture : 5 vidéos arty à regarder cette semaine

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Le temps commence à se faire long durant le confinement obligatoire. Et si, en plus de prévenir la propagation du coronavirus, cet isolement permettait de voyager jusqu’à Pompéi, de se cultiver avec des MOOC et faire le plein d’art sur ses différents écrans ? Cette semaine, Connaissance des Arts a sélectionné pour vous 5 vidéos placées sous le signe de l’art à regarder depuis son canapé. Au programme : James Tissot en prélude à l’exposition du musée d’Orsay, tour d’horizon des musées romains et Judith qui décapite Holopherne comme on tranche du pain.

1. Histoires d’art sur France tv slash

Disponible sur la plateforme France tv slash, Histoires d’art raconte brièvement la vie et l’œuvre de grandes figures de l’histoire de l’art. Dans des capsules de 5 à 7 minutes, la série revient sur Caravage « le bad boy de la peinture », mais aussi sur Soulages le « man in black » ou encore Kiki Smith « l’ensorceleuse ». L’occasion de se cultiver en quelques minutes chrono.

En replay sur France tv slash

2. Les Morts-vivants de Pompéi sur Histoire

Alors que l’exposition événement du Grand Palais a été lancée virtuellement avec l’opération #ExpoPompéi, poursuivez votre voyage dans le temps avec les 86 moulages en plâtre des victimes de l’éruption du Vésuve, réalisés par l’archéologue Giuseppe Fiorelli en 1863. Dans ce documentaire, suivez les différentes étapes de la restauration de ces précieuses preuves archéologiques uniques au monde.

Samedi 4 avril à 15h20 sur Histoire

Le documentaire Les Morts-vivants de Pompéi sera diffusé le samedi 4 avril sur la chaîne Histoire. ©DR

3. James Tissot, l’étoffe d’un peintre sur Arte

Le 24 mars dernier devait s’ouvrir l’exposition « James Tissot, l’ambigu moderne » au musée d’Orsay. Pour patienter d’ici la levée du confinement et le début de l’exposition, Arte diffuse ce dimanche un documentaire sur Jacques-Joseph Tissot (1836-1902), ce peintre de la mode et des apparences qui se fait appeler « James » dès les années 1860. Redécouvrez cet inclassable portraitiste de la bonne société sous le Second Empire, longtemps oublié de l’histoire de l’art.

Dimanche 5 avril à 17h55 sur Arte et en replay sur arte.tv jusqu’au 5 juin

James Tissot, La Galerie du H. M. S. Calcutta (Portsmouth), vers 1876, huile sur toile, 68,2 x 91,8 cm, Londres, Tate Britain © Tate, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / Tate Photography

4. Les plus grands musées de peinture du monde : Rome – Italie, sur Museum

Et si on prenait des Vacances romaines, telle Audrey Hepburn au volant de sa Vespa… mais depuis notre canapé ? Jeudi 2 avril, Museum vous fait découvrir les plus beaux musées de peinture de la capitale italienne chargée d’histoire. Une déambulation dans la galerie Borghèse, le palais des conservateurs, le palais Altemps, la galerie Doria Pamphilj, les musées du Vatican pour une immersion totale dans l’art de l’Antiquité et de la Renaissance.

Jeudi 2 avril à 18h sur Museum

5. Paris, les grands travaux de Napoléon sur RMC Découverte

Retour à Paris, à l’aube du XIXe siècle. Derrière l’image de Napoléon Bonaparte comme chef de guerre se trouve un bâtisseur. L’arc de Triomphe, la colonne Vendôme, l’église de la Madeleine, tous ces édifices emblématiques de la capitale sont nés de l’Empire napoléonien. Plongez dans les travaux urbains titanesques de Napoléon pour asseoir son régime et faire disparaître les traces de l’Ancien Régime et de la Révolution française.

Mercredi 1er avril à 20h50 sur RMC Découverte

L’arc de Triomphe a été construit sous Napoléon Bonaparte.
Photo ©Wikimedia Commons/Alexandre Prevot

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