connaissance des arts

Dans le sanctuaire de Louise Bourgeois à Bonnieux

Loin du gigantisme de Maman, l’immense Araignée posée au domaine de La Coste, les œuvres exposées dans l’église Louise Bourgeois de Bonnieux ne se livrent qu’à condition qu’on les observe avec minutie. Camouflées, elles prennent pour la plupart l’apparence de pièces du mobilier liturgique que l’on s’attend sans peine à trouver dans cette ancienne église franciscaine du XVIIe siècle. Vendu à la Révolution comme bien national, ce sanctuaire, de 25 mètres de long sur 8 mètres de large, fut un temps utilisé comme grange avant d’être transformé par son propriétaire actuel, Jean-Claude Meyer, en lieu d’exposition. Ce dernier a demandé à Louise Bourgeois de concevoir le mobilier et le lieu fut ouvert au public en 1998. Des fonts baptismaux au confessionnal, en passant par les crucifix et les reliquaires, chaque sculpture fait dialoguer l’intime et le sacré pour mieux nous emmèner dan les méandres de l’inconscient de l’artiste, décédée en 2010.

Visites sur réservation en juillet et du 1er au 10 septembre
De 10h à 13h et de 15h à 18h

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Vente aux enchères : Koller fête ses 60 ans

Pour fêter brillamment ses 60 ans, la maison de ventes suisse Koller a misé sur l’art moderne et contemporain. Van Dongen est à l’honneur avec quatre œuvres, dont une superbe Égyptienne fauve datée 1910-11 (estimée de un à deux millions de francs suisses). Cette toile aux couleurs éclatantes, rouge et jaune, a été présentée à l’exposition du Salon des artistes indépendants en 1911. Un chef-d’œuvre bien entouré par des œuvres de Braque, Utrillo, Niki de Saint Phalle ou Keith Haring.

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Rendez-vous à Abu Dhabi en septembre pour découvrir le « Salvator Mundi »

La folle aventure du Salvator Mundi se poursuit. Acheté pour plus de 450 millions de dollars lors de la vente Christie’s du 15 novembre 2017, le dernier chef-d’œuvre connu de Léonard de Vinci rejoindra dans quelques semaines les cimaises du Louvre Abu Dhabi pour s’offrir à la délectation des visiteurs du monde entier. La tournée mondiale, organisée en amont de la vente, avait déjà permis à plus de 27 000 personnes de venir l’admirer, pour peu qu’elles aient croisé sa route à Hong Kong, New York ou encore Londres. Cette fois, c’est le public qui est invité à venir à la rencontre du Sauveur, lequel vient enrichir le récit universel auquel aspire le Louvre Abu Dhabi. Comme le précise Mohamed Khalifa Al Mubarak, président du Département de la culture et du tourisme d’Abu Dhabi (DCT), « c’est une opportunité pour les résidents d’Abu Dhabi et les visiteurs du monde entier de découvrir une œuvre rare et emblématique, d’une grande importance culturelle, au Louvre Abu Dhabi. Perdu et caché pendant si longtemps dans les mains de particuliers, le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci est maintenant notre cadeau au monde ». Si l’on soupçonne que l’œuvre a été achetée par le prince saoudien Badr Ben Abdallah Ben Farhan, l’information n’est pas confirmée par le DCT Abu Dhabi, qui se présente comme seul acquéreur de la toile… Que ceux d’entre vous qui n’avaient pas prévu d’excursion aux Émirats arabes unis se rassurent, l’œuvre sera présentée au Louvre à Paris, du 24 octobre 2019 au 24 février 2020, dans le cadre d’une exposition exceptionnelle consacrée à Léonard de Vinci.

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Goldsworthy et la poésie du Land Art

Seize ans après Rivers and Tides, le réalisateur Thomas Riedeslsheimer plonge à nouveau dans l’univers mouvant de l’artiste britannique Andy Goldsworthy, où la nature se fait tour à tour atelier, matériau et processus. Le film Penché dans le vent prend la forme d’une exploration poétique de l’âme de l’artiste et du Land Art.

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Édito : Des miettes pour la province

Après la levée de boucliers justifiée contre le transfert de la Mona Lisa de Léonard de Vinci (l’œuvre est une huile peinte sur des panneaux de bois, qui se sont courbés dangereusement avec le temps, et une large fente menace la couche picturale), la communication n’a gardé que le nom de code évoquant l’œuvre la plus prisée des visiteurs du Louvre. Olivia Voisin, directrice des musées d’Orléans, et Sylvain Amic, directeur de la réunion des musées métropolitains Rouen Normandie, ont été choisis pour épauler la ministre dans son « combat contre la ségrégation culturelle ». Passionnés et combattifs, ils ont donc établi une liste de trésors pouvant voyager, « Le catalogue des désirs », révélé début juin. De la Madeleine dans le désert de Delacroix, prêtée par le musée Delacroix, à la ceinture de bananes de Joséphine Baker, conservée au Mucem de Marseille, la liste est longue avec ses quatre cent cinquante numéros et ressemble à un inventaire à la Prévert. Tout cela est bel et bon et on ne peut que se réjouir que le musée des Beaux-Arts d’Agen puisse obtenir pour un an La Femme à l’éventail de Goya, figurant dans les collections du Louvre, ou que l’épée du maréchal Bernadotte, appartenant au musée de l’Armée, prenne ses quartiers d’hiver au musée Bernadotte de Pau. Mais tout ceci est petit joueur. Ce n’est pas l’arrivée de ces quelques œuvres qui changera l’attitude du public des « zones blanches culturelles ». Il faut taper fort. Il faut donner des signes beaucoup plus voyants. Il faut constituer des ensembles cohérents et puissants pour renforcer les musées de régions. Ne prenons qu’un seul exemple, le Musée national d’art moderne et ses collections riches de plus de cent mille œuvres. Dans cette affaire, le Centre Pompidou joue le jeu et prête beaucoup, mais serait-il idiot de penser que les vingt Chaissac qui dorment dans ses réserves aillent enrichir le musée des Sables-d’Olonne, qui deviendrait ainsi le lieu de référence de cet artiste de l’art brut installé en Vendée de 1943 à sa mort en 1964 ? Pourquoi ne pas déposer le tiers ou même la moitié des quelque deux mille cinq cents œuvres liées à Vassily Kandinsky et créer ainsi au musée d’Arts de Nantes, qui possède déjà un bel ensemble de ses peintures et dessins, un dépôt à long terme du fonds Kandinsky du Centre Pompidou ? Qu’attendons-nous pour lâcher les innombrables œuvres de Claude Viallat, Pierre ­Buraglio ou Daniel Dezeuze, qui ne sont quasiment jamais exposées dans les salles du musée parisien, et aider un musée du Sud, comme Nîmes, Sète ou Montpellier, à mettre en avant le mouvement français Supports/Surfaces, éternel oublié des institutions ? Encore une fois, le projet « Joconde, etc. » part d’une idée généreuse mais il manque d’ambition. Créons des musées de référence, des dépôts de qualité, des fonds spécialisés, et les habitants seront fiers de dire que leur ville abrite le musée Chaissac, le musée Kandinsky ou le fonds Supports/Surfaces. Ils le clameront haut et fort.

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Cherche et trouve Banksy à Paris

C’est officiel : le pape du Street Art, Banksy, sévit de nouveau dans les rues de la capitale, pour le plus grand plaisir de nos murs sans états d’âme et des badauds en quête de pépites urbaines. Depuis le 20 juin, de nouvelles œuvres au pochoir de l’artiste fleurissent un peu partout dans Paris, incitant les internautes à se lancer dans une véritable chasse au trésor !
C’est la première œuvre de ce séjour parisien qui a été repérée. Installée Porte de la Chapelle (XVIIIe arr.), à proximité d’un centre de premier accueil pour des réfugiés, elle représente une petite fille, apprentie graffeuse, en train de recouvrir une croix gammée à la bombe rose. Pas besoin de longue analyse pour comprendre que l’artiste souhaite ici dénoncer la montée du populisme face aux problèmes d’intégration des réfugiés.

#banksy à la porte de La Chapelle : pochoir choc #Migrants #Collomb #Macron pic.twitter.com/334bRt78S2

— Chasse-Spleen (@chasse_spleen1) 23 juin 2018


Au 41 avenue de Flandre (XIX arr.), c’est le Louvre, cette fois-ci, qui s’invite dans la culture urbaine. Banksy s’inspire ici librement de l’un des chefs-d’œuvre de Jacques-Louis David, Bonaparte franchissant le col du Grand Saint-Bernard (1848), en drapant la figure héroïque du futur Empereur des Français d’une large écharpe rouge. Variation sur le thème de l’aveuglement du pouvoir ?

Cela ne vous aura sûrement pas échappé, le street-artiste #Banksy a livré une série d’œuvres un peu partout dans la capitale. La + impressionnante est certainement le #cavalier sur notre résidence 41 avenue de Flandre #Paris19. A #Paris, la culture est à porté de tous.#StreetArt pic.twitter.com/ckJwXikcPz

— Paris Habitat (@Paris_Habitat) 27 juin 2018


À quelques pas de la Sorbonne, rue Victor Cousin (Ve arr.), l’artiste livre une saisissante allégorie du cynisme d’État : un homme en costume, incarnation du socialisme pour les uns, du capitalisme pour les autres, offre un os à un chien assis à ses pieds. Une scène fort sympathique si l’on omet la scie qu’il tient dans son dos et la patte avant de l’animal, fraîchement coupée…

Extraordinaire critique du socialisme par Banksy. L’homme-État qui scie la patte du chien-travailleur (impôts) et lui redonne seulement l’os à ronger (services publics). pic.twitter.com/QqrJZZrBDc

— {{first_name}} (@regis_alenda) 26 juin 2018


Un peu plus loin, rue Maître-Albert, l’artiste place, à proximité d’un tag « Mai 68 », un rat coiffé d’un beau nœud rouge à pois, semblable à celui porté par la Minnie historique (oui, l’amie/compagne de Mickey aujourd’hui vêtue de rose, jouets genrés oblige…). D’autres rats signés Banksy ont également fait leur apparition dans différents points de la capitale : rue Rambuteau (Ier arr.), le petit rongeur tire sur un câble électrique tandis que quelques mètres plus loin, rue du Renard, à l’arrière du musée national d’Art moderne, il se fait plus menaçant et tient un cutter à la main. Comme l’artiste le précise sur son compte Instagram, cette dernière œuvre rend hommage à Mai 68 (dont le Centre Pompidou célèbre actuellement les 50 ans) comme foyer de naissance de l’art urbain du pochoir. Rue du Mont-Cenis (XVIIIe arr.), un rat bondit joyeusement sur un bouchon de Champagne tandis que sur les Quais de Seine, deux rats, coiffés d’un chapeau melon pour Monsieur et doté d’une ombrelle pour Madame, profitent de la vue sur la Seine.

Intéressant, ce #Banksy est protégé par une plaque de verre pic.twitter.com/xlwamINIAI

— Benoit Deverly☝️ ت (@deverly_b) 25 juin 2018


Dernière œuvre et non des moindres, bien qu’elle ne soit pas officiellement attribuée à l’artiste, une figure voilée, fantomatique, réalisée sur l’une des portes de secours du Bataclan (XIe arr.). Pointant son doigt vers le spectateur, cette pleureuse au message universel constitue un poignant hommage de Banksy aux victimes de l’attentat du 13 novembre 2015 et nous exhorte à ne pas oublier.

#Banksy au Bataclan : merci. Paris n’oublie pas. pic.twitter.com/N1bdMfzLYb

— L0uis Hénaµlt (@lhenault) 25 juin 2018

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Le saviez-vous : La sculpture light

La sculpture est traversée par le surréalisme, le minimalisme, l’art informel. Jouant sur la polyphonie des matériaux, la verticalité et l’horizontalité, la fixité et le mouvement, elle fait peu à peu émerger des structures allégées.

Louise Bourgeois, la mère-araignée et les femmes-maison

Bien que née en France, la sculptrice Louis Bourgeois (1911-2010) a passé l’essentiel de sa carrière artistique à New York, où elle s’installe en 1938. C’est le peintre et sculpteur Fernand Léger (1881-1955) qui fait découvrir à Louise Bourgeois la dimension physique de la sculpture, incarnation du dépassement de la peur. Ses sculptures naissent souvent de dessins, des idées visuelles qu’elle esquisse dans ses carnets. Suscitées par des émotions intenses, ses images du passé qui émergent à la conscience s’inscrivent dans le courant surréaliste.
L’araignée monumentale, Maman, fait référence à la mère de l’artiste qui réparait des tapisseries dans l’atelier textile familial. Elle inclut des métaphores de filage et de tissage mais aussi l’idée d’emprise. L’œuvre de Louise Bourgeois se centre sur les thèmes de la procréation, de la naissance et de la maternité, avec ses « femmes maisons » où le corps se mêle à l’architecture.

Louise Bourgeois, Maman, 1999, bronze, installée en 2011 devant le lac de Zurich © Roland zh/CC BY-SA 3.0

Alberto Giacometti, le poète de la condition humaine

Influencé par l’art étrusque et marqué par la sculpture africaine, le Suisse Alberto Giacometti (1901-1966) développe dès les années 1940 les silhouettes épurées qui font sa renommée. Annette, son épouse de Giacometti, et Diego, son frère, d’une patience exemplaire, se prêtaient à des séances de pose qui duraient de longues heures. C’est avec sa série L’homme qui marche, à partir de 1947, qu’il s’affirme comme l’un des grands sculpteurs du XXe siècle. Ce motif d’homme déterminé mais gêné par une posture raide et des pieds englués, marchant vers un futur incertain, symbolise la condition humaine.

Alberto Giacometti, Homme qui marche III, 1960, plâtre peint, 190,4 x 37,5 x 104,1 cm, Fondation Giacometti, Paris

Calder invente le mobile

Après avoir animé un cirque constitué de figures miniatures, l’Américain Alexander Calder (1898-1976) découpe des formes suspendues dans l’espace. Des constructions aériennes en touches de couleurs qui sont appelées « mobiles ». Ils décrivent une instabilité sensible. Dans les années 1950, ses « stabiles », géants de métal posés au sol, envahissent l’espace public.

Alexander Calder, Deux vols d’oiseaux, 1954, acier, aluminium, tôle, 260 x 175 cm, Paris, Centre Pompidou, musée national d’Art moderne

À découvrir en ce moment : 

L’Institut Giacometti
« Diego Giacometti au musée Picasso », musée national Picasso-Paris
« UAM. Une aventure moderne », Centre Pompidou Paris

Apprenez-en plus et faites le tour du monde des arts à travers les siècles avec L’Histoire de l’Art pour les nullissimes, par Alexia Guggémos, aux Éditions « Pour les nuls ».

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Le « tour de France » du sculpteur Mauro Corda

Ces trois événements, très forts, illustrent l’éblouissant talent de cet immense sculpteur. Figuratif. Oui. Magnifiquement. Et « pas que »… En un temps où triomphe l’art conceptuel, il est d’autant plus important de saluer une démarche qui, à contre-courant d’une mode institutionnalisée, ne cède à aucune complaisance et force la respectabilité. Figuration ne signifie pas représentation, il s’entend. Figuration n’exclut ni contemporanéité ni vision.

Château-Thierry, jusqu’au 29 juillet

Jean de La Fontaine, résine, H. 60 cm © Mauro Corda

Contre toute attente, le pays de Jean de La Fontaine n’accueille pas la part animalière de l’œuvre du sculpteur mais présente, en quatre points géographiques différents, un ensemble conséquent de sculptures de Mauro Corda, parmi les plus anciennes jusqu’aux dernières créations, dont le choix s’accorde aux lieux et permet de balayer la production de plusieurs décennies, d’en suivre l’évolution pour s’immerger dans cet étrange univers où l’humour, la dérision côtoient l’inquiétude et le désespoir. Omniprésent, le corps humain s’y impose en fil conducteur. Il semble là que le corps soit l’énigme du monde. Par lui s’expriment le monde, son mystère et son ambiguïté… Les premiers travaux de Mauro Corda trouvent place en la maison de Camille et Paul Claudel, en référence évidente à Rodin – et à Camille ! – dont l’artiste a indirectement reçu l’enseignement par un de ses maîtres qui avait travaillé à ses côtés. « J’ai suivi la lignée de la sculpture française et mon travail s’inscrit dans cette rigueur académique qui a vu naître les plus grands chefs-d’œuvre. Et cette rigueur dans le travail, je la revendique avec fierté ! » : Mauro Corda affronte, en effet, d’emblée le défi et la volonté de dépassement à travers l’image humaine qu’il interroge et transcende, d’aussi loin qu’il a sculpté. Il s’amuse aussi : cet émouvant haut lieu historique qu’est la maison natale de Jean de La Fontaine accueille, au milieu des manuscrits et des gravures « d’époque », des figures caricaturées du célèbre fabuliste, ou plutôt, des transpositions contemporaines et drolatiques du personnage – certes toujours soigneusement perruqué -, tantôt précieux dandy tantôt nonchalant retraité-touriste avachi. Toujours, la subtilité des expressions, distantes et désabusées, touche au plus juste ! Le sculpteur, comme son fameux modèle, se fait fort de déjouer les secrets de l’âme humaine…

Discobole, bronze, 100 x 72 x 52 cm © Mauro Corda

Mauro Corda ne cherche pas à séduire : « Il faut casser ce qui plaît ». Ainsi déconstruit-il les normes idéales de la beauté classique pour stimuler notre regard, ouvrir notre réflexion. Il imagine le Discobole, la Vénus de Milo, David, les Ménines ou le Penseur frappés de nanisme ! Toute la grandeur de l’histoire de l’art soudain bouleversée. Ce trouble indicible nous renvoie à notre vérité. Comment faire nôtres les différences, où y voir équilibre et harmonie ? Le corps exprime alors la dimension tragique du monde, se fait l’écho de ses débordements. D’autant plus forte est la provocation au sein des sages dorures, des solennelles boiseries et des portraits d’apparat du Musée du Trésor de l’Hôtel-Dieu !
Le dernier lieu patrimonial investi par Mauro Corda lui offre la possibilité d’une expression plus contemporaine, au sens où il devient aussi « installateur ». Les anciennes usines Belin (les petits gâteaux), avec son gigantisme permet en effet à l’imaginaire foisonnant de l’artiste d’impressionnantes mises en scène. Autour du corps, toujours, en sa faiblesse et sa finitude, en son enfermement aussi, dans les rêts de notre folie, individuelle ou collective, entre les barreaux d’une cage, sur un lit de souffrance. Son aspiration vers un ailleurs, sa quête de liberté viennent dénoncer l’inéluctable douleur de notre condition, ou notre présomptueuse arrogance : les maux de notre temps, ceux de tous les temps ! Mauro Corda, s’il est en révolte, est également un homme sage qui nous propose cette interrogation sur un mode pudique ; en effet, malgré la théâtralité des mises en espace, grâce à la sensibilité de son modelé, à la tension intérieure qui se dégage de sa sculpture, à sa palette colorée due aux différents matériaux travaillés, il parvient à nous faire accéder à une beauté transfigurée, toute empreinte de tendresse et de délicatesse. Même s’il peut, – et il le veut –, susciter en nous un malaise, avant tout, son univers nous touche et nous émeut.

Besançon, à la Citadelle, jusqu’au 15 juillet

Tête de Girafe-Cerf, fonte de fer, ,170 x 130 x 85 cm © Mauro Corda

Resserrée autour de La Bête, « Zoospective », cette présentation forte et pertinente, au titre si bien trouvé, se justifie par le parc zoologique de Besançon qu’abritent étonnamment les fortifications de Vauban dont l’année, soulignons-le, marque le 10e anniversaire du classement au patrimoine mondial de l’Unesco. La diversité de la forme animale offre un champ stylistique exploratoire d’une telle richesse que Mauro Corda s’en est emparé depuis toujours. Si vous dénuez la figure animale de son œil et de son regard, vous avez en effet un immense répertoire de formes, de la poule à l’éléphant, de la girafe à la tortue… Au-delà de toute pure expression, non seulement le sculpteur s’ingénie à chercher la part d’humanité en ses créatures, mais il en multiplie les croisements et les hybridations pour nous faire découvrir ces espèces « en voie d’apparition » ! Et voilà que l’Orang-Outang-Bélier ou le Singe-Bouc nous regardent, d’égal à égal, au fond des yeux… Le lieu, conçu comme un labyrinthe d’où, comme Thésée, chacun sort grandi après avoir parcouru les méandres de son inconscient, dompté sa part sauvage de bestialité, fait référence à une mythologie nouvelle : celle que nous propose un artiste à l’imaginaire débridé, où se côtoient tantôt d’effrayantes chimères comme la Hyène-Porc-Épic, qui semblent éprouver notre courage, tantôt de drôles de petites bêtes qui nous rappellent les cabinets de curiosité des premières curiosités scientifiques. Il y a aussi les nobles félins, gardiens de ce temple sacré, ou, plus anciens, les majestueux protomés de cheval ou de taureau.

Orang-outan-Bélier, bronze, 80 x 55 x 44 cm, 2015 © Mauro Corda

La présence de quelques pièces de Antoine-Louis Barye et de François Pompon souligne avec bonheur la filiation du sculpteur qui, de toute évidence, tient sa place parmi les plus grands. La lumière soigneusement travaillée exalte les vibrations des volumes, les tensions et la dynamique internes de chaque animal dont sourd une extraordinaire puissance vitale. Quelle liberté, quelle sensibilité concourent là à cette création foisonnante ! Quelles recherches, quelle technique aussi ! Les austères fontes de fer s’opposent à la préciosité des fontes d’aluminium ou des bronzes blancs, les classiques bronzes patinés n’excluent pas les résines colorées ou gainées de feuilles d’or… Rien de kitsch en cet ensemble si divers qu’il nous offre une sensation kaléidoscopique ; ces différents univers se bousculent de la même façon qu’ils bousculent notre appréhension de la réalité animale. Selon Nicolas Surlapierre, directeur des musées de Besançon, « l’œuvre de Mauro Corda inscrit dans la durée la reconquête, dans l’art contemporain, de la sculpture animalière et de l’étendue de ses problématiques ». L’installation finale témoigne en effet de la préoccupation de l’artiste, homme de son temps, de la place de l’animal victime des violences infligées par l’homme à son environnement. Cette interrogation inhérente à toute réflexion généreuse actuelle trouve son expression avec de drolatiques petits suricates en détresse que tout visiteur aura envie de protéger – surtout les enfants…

La Baule-Escoublac, Chapelle Sainte-Anne, du 21 juillet au 2 septembre

Barracuda, aluminium, inox, 260 x 150 x 90 cm © Mauro Corda

Cet été, tous les animaux de Besançon partent au bord de la mer et y seront rejoints en toute légitimité par leurs amis poissons ! L’intérêt de l’artiste pour cette faune marine tient sans nul doute encore à la diversité des formes de la nature et de la fascination qu’exerce son incroyable exubérance sur son imaginaire et son enthousiasme à recréer et élargir le monde. La série des poissons, monochrome, de bronze nickelé et d’aluminium blancs touche au monumental. Elle constitue une grandiose installation, certains sujets atteignant 410 et 800 cm ! Du requin à la rascasse, de l’espadon au poisson porc-épic ou au barracuda, le sculpteur ne choisit pas de nous attendrir… Malgré l’évidence de leur dangerosité, chacun, isolé dans son aquarium semble paisible ou indifférent. L’horizontalité des formes et les ondulations verticales de l’eau – soit les fils métalliques mouvants autour de la structure – créent un jeu graphique étonnant : telles des raies de lumière, les poissons fendent élégamment l’espace où, comme pris de vertige, nous nous laissons engloutir en un doux frisson…

D’est en ouest, ce parcours estival impressionnant ne révèle cependant pas l’exhaustivité de l’œuvre… Mauro Corda ne cesse de surprendre. Gageons que son goût du monde et des autres, que son regard tendre et caustique imposent la quête poétique de ce sculpteur de dimension épique pour qui le merveilleux et le chimérique sont, au quotidien, souffle de vie.

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Œuvres d’art en quête de réserves au Centre Pompidou

Conçu comme une « machine à produire de l’espace », le Centre Pompidou devient trop étroit pour les collections et les ambitions du musée national d’Art moderne (MNAM). De nouvelles réserves doivent être créées pour accueillir les 120 000 œuvres d’art que possède l’institution et dont le nombre ne cesse d’augmenter au fil des legs et donations prestigieuses (David Hockney et Jim Dine en 2017, les archives de Georges Duthuit en 2015, la collection Florence & Daniel Guerlain en 2012, etc.). Le musée envisage donc de délocaliser ses espaces de stockage en dehors de Paris à l’horizon 2025. Il souhaite également profiter de ce transfert pour se doter d’un pôle de recherche et de nouveaux espaces d’exposition dédiés au grand public. Ce projet n’est pas sans rappeler celui annoncé par le musée du Louvre, en décembre dernier, avec la création d’un nouveau Centre de conservation à Liévin à partir de 2019.
Suite au lancement de l’appel d’offres, six villes situées à 45 minutes du Centre Pompidou (une condition sine qua non de l’implantation) ont été retenues au terme d’une première sélection qui vient d’être dévoilée. Les villes envisagées sont actuellement Nanterre, Massy, Sucy-en-Brie, Le Bourget, Romainville ainsi que Gonesse, où le projet d’aménagement EuropaCity est le seul candidat identifié. Les critères du Centre Pompidou sont très précis. L’institution est à la recherche de 22 000 m² de surfaces logistiques et de stockage, à quoi s’ajoutent 4 200 m² d’ateliers, 700 m² de locaux techniques destinés au personnel et 2 500 m² à 3 000 m² d’espaces d’exposition. L’un des objectifs du projet étant de favoriser l’accessibilité culturelle, une implantation à proximité de quartiers défavorisés sera privilégiée. Depuis quelques années, à la faveur du développement du projet Grand Paris, de hauts lieux d’art et de création contemporaine fleurissent en région parisienne (Les Ateliers Médicis, à Montfermeil, la galerie Ropac à Pantin, etc.), venant redynamiser certains secteurs délaissés. Le choix final du MNAM devrait être connu à la fin de l’année 2018 ou au début de l’année 2019.

 

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Le Bode Museum rachète une œuvre du XVe siècle qu’il vient de restituer

Les histoires de restitution se suivent et ne se ressemblent pas. En 1990, un bas-relief gothique en bois, daté du XVe siècle, est offert au Bode Museum de Berlin. Exécuté vers 1430 par un sculpteur de l’entourage d’Hans Multscher, il représente l’Enfant Jésus endormi dans un drap et soutenu par trois anges aux ailes déployées. D’une facture délicate, et malgré la disparition de sa polychromie et de ses rehauts dorés, il constitue un petit bijou (25 cm de hauteur seulement !) de la sculpture gothique germanique du Moyen Âge tardif. Mais la Fondation du patrimoine prussien (Stiftung Preußischer Kulturbesitz) est parvenue à faire toute la lumière sur l’histoire de cette remarquable pièce, en explorant les archives numérisées des sociétés de ventes. Ce bas-relief est en réalité issu de la collection de l’entrepreneur juif Ernst Saulmann et de son épouse Agathe, qui leur fut confisquée par les nazis en 1935. Alors que ces dernières fuyaient l’Allemagne pour se réfugier en Italie puis en France, une centaine de leurs biens furent vendus aux enchères par la société d’Adolf Weinmüller, un marchand d’art au service de l’administration du IIIe Reich, à qui ils avaient été cédés. Décédés respectivement en 1946 et en 1951, Ernst et Agathe Saulmann n’ont jamais pu reconstituer leur collection. Depuis plusieurs années, leurs descendants travaillent à l’identification des œuvres disparues et ont déjà obtenu onze restitutions. Celle du bas-relief aura finalement abouti au rachat de l’œuvre par le Bode Museum , les propriétaires, enfin rétablis dans leur droit, souhaitant qu’il rejoigne définitivement les collections publiques.

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Lillehammer célèbre les élèves norvégiens d’Henri Matisse

« Matisse n’a jamais cherché à faire partager à ses élèves ses vues sur l’art. C’est un bon professeur à l’esprit froid et clair, qui souvent a obtenu des résultats artistiques par le raisonnement et le calcul. Il découvre immédiatement tous les mensonges et se montre impitoyable envers eux. Je l’ai souvent entendu dire : Vous n’êtes pas ici pour faire des œuvres d’art ; ne cherchez pas la bizarrerie et l’originalité ; vous êtes ici pour apprendre à développer votre personnalité », rappelle Walter Halvorsen, l’un des élèves norvégiens du maître français, dans un article publié en 1911. L’exposition du Kunstmuseum de Lillehammer montre, en effet, assez clairement, que chacun des quatre élèves norvégiens de Matisse possède sa propre marque de fabrique. Jusqu’en 1927, ces peintres ont aussi en commun d’évoluer à partir d’incessants voyages entre leur pays et la France. Durant ces années, aucun n’essaie d’imiter le maître fauve ou un de ses camarades d’atelier. Si la simplification des formes et un sens moderne de la couleur les rassemblent, leur production respective reste originale, résultat d’un savant métissage culturel.

Henrik Sørensen, Badende gutter (Jeunes garçons se baignant), 1914, h/t, 137×150 cm, Lillehammer Kunstmuseum

De son passage dans l’atelier de Matisse, le premier de ces Norvégiens « parisiens », Henrik Sørensen (1882-1962), laisse des nus féminins d’après modèle vivant, de grand format. Cet exercice rudimentaire permet à l’artiste d’analyser les formes, la transposition des plans, la décomposition des volumes, ou d’expérimenter la couleur pure et le jeu des ombres teintées. Le résultat est déjà probant dans Anna et Hilda (1909) – deux fillettes sur fond rouge et bleu –, une scène qui se distingue aussi par une intense atmosphère psychologique inspirée des œuvres d’Edvard Munch. Né dans une contrée de forêts, c’est à elle, très vite, que Sørensen emprunte de préférence ses sujets. Il aime traduire une nature ambivalente. Le Ruisseau noir (1909) montre ainsi un homme solitaire, victime d’un bois oppressant. Les couleurs stridentes (dont un rouge sang qui domine la toile) traduisent ses tourments, voire son envie de meurtre (pour le personnage, l’artiste s’inspire du dernier condamné à mort en Norvège). Dans Le Garçon et l’oiseau d’or (1910), en revanche, la nature nordique apparaît féerique, avec la représentation d’un animal audacieux mais dont les ailes semblent prêtes à se déployer. D’une façon générale, quand il est en Norvège, Sørensen applique la leçon de Matisse tout en respectant la tradition post-impressionniste de la peinture scandinave. Vue de Kviteseid (1910) est ainsi une sorte d’hommage à l’été dans le Telemark, province située dans le sud du pays, riche en forêts et montagnes. L’impression de bonheur envahit également Jeunes garçons se baignant (1914), scène hédoniste de style vitaliste – les modèles sont entièrement nus –, propre à l’art nordique des années 1890-1920. Sørensen se libère ici d’une inspiration parisienne située à l’opposé, urbaine et nocturne (Artiste de variétés, 1910, toile audacieuse au demeurant, qui rappelle la manière expressionniste de Kees van Dongen, avec quelques couleurs contrastées seulement, ici le jaune, le vert et le bleu).
Le motif des arabesques, si cher à Matisse, apparaît cependant encore en 1914 (Entr’acte, 1914). Pendant la Première Guerre mondiale, Sørensen se rapproche de l’œuvre de Wassily Kandinsky : Vers la guerre et la révolution (1915) est un paysage dramatique, explosé par un trait tranchant et une palette stridente. Les portraits de l’écrivain suédois Per Lagerkvist (1920-1921) ou du sculpteur norvégien Sigri Welhaven (1924) relèvent aussi d’un expressionnisme qui glace le sang, à l’instar d’une série sombre sur la Passion du Christ (Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?, 1921). Sørensen ne retrouve le sentiment du bonheur que dans les paysages d’été, de l’Ile-de-France (Village de Poigny, 1920) ou de Norvège (Ragna, 1925), déclinaisons nordiques des toiles tardives de Pierre Bonnard.

Jean Heiberg, Akt (Nu), 1913, h/t, 117×89,5 cm, Trondheim Kunstmuseum © Langø, Dag Asle/Trondheim Kunstmuseum

Jean Heiberg (1884-1976) apparaît, quant à lui, le plus proche de Matisse. À partir du fauvisme, il tend vers une peinture claire et construite. Comme Sørensen, Heiberg alterne sujets modernes de la vie parisienne (Combat de boxe, vers 1910) et motifs propres à la culture vitaliste scandinave (Jeunes baigneurs, 1911). Parfois, il rappelle Gauguin (Nu féminin, 1913) ou Cézanne (Pins au bord de la Méditerranée, 1911). Mais l’esprit de Matisse finit par s’imposer, avec ce goût pour les arabesques (Nu féminin, 1912 ; Dans le lit de style Empire, 1918) et des portraits haut en couleur (Portrait, chapeau à plume, 1913, une élégante aux allures de Misia Sert). Comme Matisse, Heiberg peint les fleurs (Orchidées, 1917) et les poissons rouges dans un bocal (Poissons d’or, 1915). Après la Première Guerre mondiale, en phase avec un retour à l’ordre, il expérimente de grands aplats de couleurs tendres. Apaisé, l’artiste privilégie alors les portraits (Autoportrait au chevalet, 1919) et les scènes d’intimité (La Famille, 1925).

Axel Revold, Italienerinne (L’Italienne), 1913, 92 x 73,5 cm, Nasjonalmuseet for kunst, arkitektur og design, Oslo © Revold, Axel/BONO

À la tradition norvégienne de la couleur (notamment d’Edvard Munch), Axel Revold (1887-1962), de son côté, associe graduellement la composition décorative de Matisse avec le sens de l’espace et les formes du cubisme. Dans Portrait de femme (1910), la touche est fébrile, tandis qu’Apaches (années 1910) s’inscrit dans un registre profane proche, encore, de celui de Vincent van Gogh. Italienne (1913) et Pêcheurs en Méditerranée (1914) font davantage la synthèse entre Cézanne, Matisse et Picasso. Par sa composition insolite – faite de trois niveaux de représentation superposés – Rêve d’un marin (1916) évoque la période mi-cubiste mi-abstraite, dite « rose », de Léopold Survage. Après la Première Guerre mondiale, Revold applique une géométrisation toujours plus relative, au paysage (Cagnes, 1920) et aux figures bibliques (Le Sermon sur la montagne, 1925). La nature mystique et identitaire devient ensuite une source d’étude sur les couleurs spécifiques à la Norvège septentrionale sauvage (Nordland, 1929).

Per Krohg, Granaten (La Grenade), 1916, h/t, 172,5×135 cm, Trondheim Kunstmuseum © Langø, Dag Asle/Trondheim Kunstmuseum

Le dernier peintre du groupe, Per Krohg (1889-1965), reste brièvement dans l’atelier de Matisse, mais il en garde un principe essentiel tout au long de sa vie : l’emploi de lignes souples, qu’il admire déjà, en partie c’est vrai, dans l’art de la caricature et de l’illustration. En vérité, sa première formation (1903-1907) est celle de son père, Christian, professeur à l’Académie Colarossi. Tous les deux partagent un esprit frondeur. Au-delà du style, les meilleures images de Per Krohg atomisent les compositions, à deviner comme des rébus. Nana (1910) – le portrait de la sœur de l’artiste –, n’est qu’une première brève incursion dans l’étude de la couleur. Rapidement, dans une étonnante série, la vie nocturne inspire le jeune artiste, avec une prédilection pour le clair-obscur, comme un hommage au Caravage (Cabaret, 1912 ; L’Ombre, 1915 ; Nuit, 1916). Puis, la verve décorative et pleine de fantaisie de Per Krohg reprend le dessus. En temps de guerre, le Norvégien milite successivement pour l’esthétique des Futuristes italiens (La Grenade, 1916), celle, plus littéraire, de Marc Chagall (La Ballade du pendu, 1917), pour revenir à Matisse, avec le motif de l’arabesque (Dans l’atelier, 1917). Le cubisme de la Section d’or (celui de Jacques Villon, notamment), associé au Purisme d’Amédée Ozenfant, caractérise d’autres toiles identifiables à des décors de théâtre ou des affiches de spectacle. Dans ce registre très graphique, Per Krohg peint la femme réduite à un trait pour la silhouette (Nu, 1919), ou à une abstraction mystérieuse, bien qu’habillée (Femme sur un fond incurvé, 1919). Avec les paysages inhabités de Per Krohg, on pense à nouveau à Survage (Cagnes, 1920). Idem, d’ailleurs, quand ils sont animés de scènes galantes (Rue à Cagnes, 1920). La géométrisation des figures domine encore ses paysages « pré-surréalistes » (Paysans se reposant, 1920). Per Krohg perçoit l’existence comme du théâtre ou du cinéma. Les sujets les plus communs deviennent pour lui de croustillantes « tranches de vie ». Avec la même facétie, il analyse le comportement des animaux (L’arrivée des chameaux à Nefta, Tunisie, 1924), des êtres humains (Un Couple, 1925), bohèmes de Montparnasse très souvent (Le Bar américain, vers 1925, une scène inspirée du Normandy, restaurant situé 243, boulevard Raspail), et de leurs délires (La Fuite, 1926).

La production expressionniste de la colonie artistique norvégienne dans le Montparnasse des années 1920 est peu connue. L’exposition du Kunstmuseum de Lillehammer, conçue par son directeur, Svein Olav Hoff, a le mérite de nous la faire connaître en partie, à travers plus d’une centaine d’œuvres majeures réalisées pendant et après la naissance du fauvisme. Dommage que cette exposition ambitieuse ne soit pas itinérante et reprise par un musée parisien, un succès international était garanti d’avance.

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Horizons Hugo Pratt au musée de Confluences à Lyon

Le musée des Confluences à Lyon rend hommage au dessinateur Hugo Pratt (1927-1995) en confrontant cent trente de ses œuvres avec des objets issus des cultures et des civilisations qui l’ont inspiré. Le parcours biographique de l’exposition nous emmène ainsi, du Pacifique aux forêts d’Amazonie, sur les pas de son héros le plus emblématique, Corto Maltese.

 

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L’INHA reçoit 54 estampes d’Ellsworth Kelly

Étrange timing pour cette donation des 54 estampes d’Ellsworth Kelly à l’INHA car elle a été confirmée un mois après qu’ont été données les dates de leur présentation à la Collection Lambert d’Avignon cet été (du 5 juillet au 4 novembre). C’est donc acté, l’Institut national d’Histoire de l’art a reçu le 4 juin ce don important qui enrichit le fonds du cabinet des estampes de la Bibliothèque de l’INHA, relançant ainsi la politique d’acquisition voulue par le couturier-collectionneur Jacques Doucet entre 1906 et 1914. Cette donation Kelly comprend « sa première lithographie réalisée aux Beaux-arts de Paris en 1949, ainsi que des séries comme celles des formes abstraites en aplat de couleurs vives, celles des plantes dessinées au trait noir et réalisées à Paris au milieu des années 1960, ou encore les variations de 1988 autour de son propre visage ou de lui de son ami Jack, ainsi que des œuvres de très grandes dimensions comme la planche Seine de la série Rivers (2005) ». Sans oublier un exemplaire du seul livre d’artiste que Kelly ait réalisé, Un coup de dés jamais n’abolira le hasard de Mallarmé, avec 11 lithographies en noir et blanc de Kelly. Un enrichissement capital qui ouvre de nouveaux horizons contemporains pour les collections de l’INHA.

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Les post-modernes chez John Soane

Par son approche éclectique de l’histoire et son goût du collage, John Soane n’a-t-il pas été un précurseur de l’architecture post-moderne ? Peut-être. En tout cas, l’exposition proposée par le Soane Museum invite à mettre ainsi en perspective les débuts du postmodernisme en Angleterre. Dans l’esprit du fondateur, elle montre non seulement des dessins et des maquettes, mais aussi des fragments de bâtiments construits par des architectes comme Terry Farrell et James Stirling.

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Budget voté pour les travaux de la collection Cligman à Fontevraud

En septembre 2017, une convention tripartite État, Région des Pays de la Loire et les époux Cligman signait le lancement du projet d’un musée régional d’art moderne de Fontevraud dans le bâtiment de la Fannerie de l’abbaye de Fontevraud. Avec ses mille deux cents mètres carrés, celui-ci pourra accueillir les quelque six cents œuvres de la collection Cligman ainsi que les achats qui pourront compléter cet ensemble d’art moderne riche de toiles d’Edgar Degas, Kees Van Dongen et André Derain. Cependant, l’édifice a besoin d’une mise aux normes muséales. Sous l’autorité scientifique de Dominique Gagneux, la conservatrice en charge des collections, Christophe Batard, l’architecte en chef des Monuments historiques de l’agence 2B2M, Jean-François Bodin, l’architecte-muséographe, Constance Guisset, la scénographe, et Agnès Dahan, la graphiste, vont donner forme au projet scientifique et culturel. L’étape d’aujourd’hui est fondamentale puisque le financement des travaux a été voté (7,6 millions d’euros dans le cadre du budget supplémentaire de la région Pays de la Loire). Les travaux d’aménagement intérieur et d’accessibilité dans la cour d’honneur devraient débuter à l’automne et s’étaler jusqu’en 2019.

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