Actualité artistique

Au Louvre sur les traces de Jay-Z et Beyoncé

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Après le buzz généré par le clip Apeshit, le musée du Louvre surfe sur la vague et propose aux visiteurs, depuis cette semaine, d’explorer ses collections au fil des œuvres phares de la vidéo de Beyoncé et Jay-Z, le couple royal du RnB. De la Victoire de Samothrace au Portrait d’une femme noire de Marie-Guillemine Benoist, élève de David, dix-sept œuvres commentées vous mèneront de la Grande galerie et ses chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne aux salles égyptiennes, en passant par les grands formats de la peinture française XIXe, et les spectaculaires plafonds peints de la Galerie d’Apollon. Un panorama express de l’histoire de l’art et des collections du musée (à savourer avec ou sans ambiance musicale) qui a le mérite de mettre en lumière des œuvres méconnues du grand public telles que La Vierge au Coussin vert, chef-d’œuvre du peintre lombard Solario (1460-1524) dans la manière de De Vinci, la dramatique Pietà du maître maniériste Rosso Fiorentino (1494-1540) ou encore l’Hermès rattachant sa sandale, copie romaine en marbre d’un bronze perdu de Lysippe (milieu du IVe siècle av. J.-C.), sculpteur de la fin de la période classique. Bien sûr, vous n’échapperez pas aux grands blockbusters du musée : la Vénus de Milo, le Radeau de la Méduse de Géricault, les Noces de Cana de Véronèse et, bien évidemment, la Mona Lisa, devenue malgré elle une icône du RnB, mais elle en a vu d’autres…
Vous l’aurez compris, le parcours, qui s’attache certes à éclairer tantôt une iconographie, tantôt un contexte de commande, ne propose d’autre chronologie que celle établie par le clip. À charge donc au visiteur soucieux de contextualisation de retracer la ligne du temps pour comprendre l’évolution des arts et les dialogues entre les styles, pour retirer quelque chose de sa visite, au-delà du simple plaisir de la chasse aux trésors vus sur YouTube. Par un heureux hasard, attribuable sans doute aux conditions de tournage plutôt qu’au goût des deux chanteurs, les coups de cœur du couple Carter sont tous réunis dans la même zone du musée, principalement l’aile Denon. Une aubaine pour le touriste allergique aux longues marches venu à la rencontre des masterpieces du Louvre. Quant au jeune public, attiré en ses lieux par l’odeur encore fraîche de la star en quête de grandiose, il serait bien avisé de ne pas s’en tenir au parcours fléché et de s’aventurer dans les salles adjacentes… Sait-on jamais, il pourrait découvrir la salle des Caryatides, s’émerveiller devant une Cimabue ou un Fra Angelico, et pourquoi pas, pour les plus braves d’entre eux, ceux qui pousseront jusqu’aux tréfonds de l’aile Denon, s’abîmer dans le Pandemonium de John Martin.
En définitive, faut-il se réjouir ou se désoler d’un tel outil de médiation ? Ludique, l’objet se donne pour mission de faire venir au musée un nouveau public. Mais quel est donc ce visiteur non-identifié si réfractaire au musée que seul l’étendard de sa propre pop culture peut lui faire passer les portes du Louvre ? Il s’agit vraisemblablement du « jeune », cet être supposé inculte et hermétique à tout ce qui sort de sa zone de confort culturel… L’artifice, à mon sens, frôle la condescendance envers les jeunes visiteurs et offre, qui plus est, en guise de clef de lecture des collections du Louvre, un choix arbitraire (aucune problématique initiale n’étant attribuée au parcours) d’œuvres ayant eu principalement l’intérêt de se prêter facilement aux effets de miroir avec la chorégraphie. On pourra bien sûr arguer que l’objectif ici n’est pas exclusivement d’apprendre mais aussi de se divertir, en jouant à « Cherche et trouve Madame Récamier » ou en posant pour un énième selfie devant le Sacre de Napoléon qui n’en demandait pas tant. Espérons seulement que le goût de la performance façon « Beyoncé » ne vienne pas à tous les instagramers qui donnent déjà bien des sueurs froides aux surveillants de salles…
Enfin, quel besoin d’en appeler à Queen B et son non moins célèbre époux pour faire découvrir aux jeunes la Joconde et la Vénus de Milo, dont l’image est déjà ancrée dans la vie quotidienne et l’imaginaire populaire ? On regrette en effet que les Carter ne se soient pas pris de passion pour une nature morte de Lubin Baugin (1610-1663), l’« Aigle de Suger » ou le célèbre petit chien de Suse, icône du département des Antiquités orientales. Le buzz aurait ainsi pu bénéficier à des œuvres et des espaces du musée souvent délaissés par les touristes, en particulier le département des Objets d’art.

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Dialogue avec Ai Weiwei au Mucem

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Photographe, architecte, sculpteur, performeur, cinéaste et  activiste, Ai Weiwei revient sur les pas de son père, le poète Ai Qing (1910-1996), qui débarqua en 1929 dans le port de Marseille. Invité du Mucem, il confronte ses propres œuvres aux objets des collections du musée illustrant les relations tourmentées entre la France et la Chine au tournant des XIXe et XXe siècles (cartes-réclames à collectionner, plaques de lanternes magiques). Il crée pour l’occasion de nouvelles pièces : reconstitution d’un temple chinois, savon de Marseille monumental gravé de textes, version monumentale du Porte-bouteilles de Marcel Duchamp auquel il suspend une série de lustres créés dans les années 1920 et 1930…

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Redécouvrir l’Afrique subsaharienne avec Chaumet

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Les créations de « Trésors d’Afrique » mettent en valeur l’Afrique plurielle, qui a inspiré la grande Maison de joaillerie parisienne, dans une exposition qui s’installe les 7 et 8 juillet dans les salons Chaumet, place Vendôme à Paris. Le regard de Chaumet célèbre à la fois la féminité et les cultures africaines.
Cinq thématiques, « Ronde de Pierres », « Cascades Royales », « Terres d’Or », « Espiègleries » et « Talismania », racontant chacune une histoire, composent cette collection colorée, aux matières et aux textures variées.

Trésors d’Afrique, « Espiègleries », Broche or blanc, serti de deux saphirs ronds, d’opale rose, de tanzanites poires, et de tourmalines “mint” rondes.© Maison Chaumet.

Elles décrivent l’Afrique des souverains, où les bijoux s’imposaient tant comme un moyen de séduction que comme une manière d’imposer son pouvoir ou comme une façon de se protéger des mauvais esprits, tels des talismans magiques. « Ronde de Pierres » évoque les perles des peuples Dinka du Soudan et les parures aux couleurs vives des Massaï, en associant des spinelles rouges, des émeraudes et des saphirs, qui s’entrelacent en formant de larges rubans souples aux lignes contrastées. Les « Cascades Royales » dans les tons vert, noir et blanc, revisitent avec finesse les formes des parures en chute qui encadrent le visage des femmes dans de nombreuses cultures africaines, les coiffes graphiques dont se paraient les reines du Rwanda ou les parures des mariées Samburu du Kenya. Quant à la thématique « Terres d’Or », par son jeu graphique de rouge et d’or, elle rappelle les sables dorés et les terres africaines ocre et rouges, tout en s’inspirant des motifs des tissus Kente du Ghana et du velours Kasaï. La savane, partie intégrante du continent africain, n’a pas non plus été laissée pour compte : les « Espiègleries » font honneur à la faune africaine. Les éléphants, les zèbres, les singes, les girafes, les flamants roses, les fourmis et les lions, créés par l’artiste kenyan Evans Mbugua, composent cette série pétillante de six broches colorées. Pour clore ces créations, la thématique « Talismania », aux formes organiques, semble remonter aux sources de la parure des arts africains dans un tressage simple et tout en finesse.
Cette exposition, éloge de la couleur et de la matière, est un bel hommage au continent africain, tant admiré et fantasmé.

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Gilles Caron au cœur de Mai 68 à l’Hôtel de Ville à Paris

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C’est une exposition pour ceux qui n’ont pas vécu Mai 68. Et aussi ceux qui l’ont vécu. Finalement, beaucoup de monde, mais pourquoi se priver d’une aussi magistrale leçon d’histoire, de photojournalisme et de talent ? Gilles Caron (merci à la Fondation qui porte son nom de faire vivre son travail) avait 29 ans au moment des « événements » et avait rejoint l’agence Gamma. Ses images sont devenues emblématiques de ce printemps-là, mais l’exposition raconte aussi l’avant et l’après : les années 1960, Birkin, Sartre et Godard, la mort de Robert Kennedy… Plus un film exceptionnel sur la genèse d’un portrait de Daniel Cohn-Bendit et une interview désabusée du même. Ah, que l’Histoire est cruelle aux héros fatigués…

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Au galop avec les peintres du XIXe au domaine de Chantilly !

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Pelouse jaune paille, ombres vertes. Le Défilé (1866-68) d’Edgar Degas s’accorde quelques éclaboussures orange, émeraude, fuchsia : les toques et les casaques des petits hommes, presque des enfants, montés sur des chevaux trop grands, au pas sur la piste flambant neuve du Vésinet. On sent le murmure fébrile de la foule sous le soleil des grands jours et, pour l’observateur sensible, l’odeur sans pareille, poussière, sueur animale, herbe écrasée…  La mode est aux courses : deux cent mille personnes se pressent sur l’hippodrome de Longchamp après son ouverture en 1857. Émile Zola y plante une scène de Nana (1880). Gustave Flaubert décrit ce « divertissement encore nouveau » dans L’Éducation sentimentale (1869).
Si l’on se presse au turf, la faute en revient à nos voisins d’outre-Manche. En France, les premières courses sont un passe-temps d’aristocrates, celui du comte d’Artois ou du duc d’Orléans en 1776 aux Sablons ou à Fontainebleau, plus tard à Vincennes ou au Champ-de-Mars. Mais il faut attendre 1833 et deux événements pour que les institutions hippiques prennent leur essor, ce qui fournira un motif à nos peintres : Louis-Philippe crée le registre matricule des chevaux pur-sang et la Société d’encouragement pour l’amélioration des races de chevaux en France se constitue. Création à laquelle il faut ajouter celle du Jockey Club (si cher au Swann de Proust), première grande organisation des courses françaises. En vérité, ce sont les principes anglais qui ont été transférés à l’Hexagone, dont la bonne société a succombé durablement à une épidémie d’anglophilie. « Dans ses plus grands élans, le cheval anglais couvre jusqu’à vingt-huit pieds, franchissant par conséquent, plus de cent pieds en quatre bonds. – La course, ainsi devient un vol ; – le cheval se fait oiseau et dévore l’espace », écrit en 1865, l’homme de lettres Louis Énault.  […]

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L’été de Picasso : Picasso, Matisse et leurs modèles

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Matisse et Picasso ont eu, tout au long de leur carrière, un rapport d’émulation et de rivalité extrêmement fécond. Leurs relations, le fil de leur dialogue esthétique, firent l’objet d’une exposition mémorable, à Paris, en 2002. Le sujet est ici abordé sous un angle particulier, celui du rapport du peintre à son modèle. Tous deux, et même s’ils se sont parfois risqués au seuil de l’abstraction, ont gardé un lien indéfectible avec le réel, fondé en grande partie sur le travail d’après modèle. Pour Picasso, le thème du peintre et son modèle prit même une ampleur poétique sans précédent…

« Matisse et Picasso, la comédie du modèle »
Du 25 juin au 29 septembre. 
Musée Matisse
164, avenue des Arènes-de-Cimiez, 06000 Nice

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Les Prix 2018 du Festival international des Jardins du Domaine de Chaumont-sur-Loire

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Des jardins comme des « bulles de pensée ». Voilà la promesse de la 27e édition du Festival international des Jardins qui s’épanouit sous le ciel de Chaumont-sur-Loire depuis le 27 avril. Pour la cinquième fois, la manifestation offre l’occasion à un jury de professionnels de récompenser l’imagination et l’inventivité des participants, invités cette année à concevoir des architectures vertes inédites sous le thème « Jardins de la pensée ». Présidé par l’écrivain Jean Echenoz, le jury de cette édition 2 018 a remis les quatre prix du festival aux lauréats le 26 juin dernier.
Le Prix de la Création a été remis à l’équipe américaine composée de Phoebe Lickwar, Matthew Donham, Hannah Moll et Andersen Woof pour leur réalisation Dans les bois, un jardin conçu comme un roman inspiré de l’univers du poète Jorge Luis Borges. Les collectifs Moonwalklocal et Paysagistes sans frontières reçoivent le Prix Design et Idées novatrices pour Le Livre de Sable, une création labyrinthique où « le sable, balayé par les pas des visiteurs, dessine et redessine indéfiniment le paysage ». Le prix Palette et Harmonie végétales a été attribué au jardin Entrez dans la pensine, conçu par Bérengère Lecat et Stéphane Larcin, qui invite à une promenade initiatique pensée comme un clin d’œil à la saga littéraire et cinématographique Harry Potter. Enfin, le prix Jardin transposable revient à Delphine Esterlingot et Hervé Paillot qui ont proposé Dans ma bulle, une mise en scène inspirée de Girardin et de Rousseau sur le thème du « jardin vécu » propice à la rêverie. Le jury 2018 a également souhaité décerner un « coup de cœur » au jardin La possibilité d’une île créé par le concepteur allemand Ulli Heckmann en référence au roman éponyme de Michel Houellebecq.

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Pablo Gargallo en toute grâce au musée de Castre

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L’histoire de l’art compte ce superbe sculpteur parmi les plus audacieux novateurs du début du XXe siècle, où, si foisonnant fût-il, l’artiste sut conquérir une place incontestable et prépondérante. Les plus grands musées du monde, du Metropolitan de New York, au Reina Sofia de Madrid ou au Centre Pompidou, ont enrichi de ses oeuvres leurs collections, les plus significatives et prestigieuses.L’Espagne lui a consacré un musée dans sa ville natale de Saragosse, et, rappelons- le, avant l’euro, une petite danseuse de Gargallo figurait fièrement comme emblème national, au revers des pesetas…Parallèlement au monde hispanique, la France, où il vécut ses plus belles années de maturité créatrice, célébra son centenaire au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.

Kiki de Montparnasse, 1928, bronze, 20 x 17 x 11,5cm © ville de Castres, musée Goya-musée hispanique.

Le grand public, cependant, ne connaît pas toujours ce travail attachant, tout d’harmonieuse délicatesse qui ne s’affiche certainement ni dans la grandiloquence ni dans l’ostentation trop souvent requises aujourd’hui. L’homme lui-même, de personnalité discrète et profonde, sentait la difficulté d’être reconnu en un temps de radical renouveau : « Un véritable inspiré, un génie incompris de son époque est assez fort pour supporter son inactualité ». Non qu’il se prît pour un génie ! le mot prend ici le sens de talent ou de découvreur. Dans un autre carnet, Gargallo confie : « Pourquoi ne pas donner toute sa valeur à la modestie de celui qui apporte un grain de sable à l’édifice quand cet apport est là pour fortifier ce qui durera trois siècles ? ». L’homme tout entier nous apparaît ici exigeant, rigoureux, prêt au sacrifice pour la postérité, mais surtout confiant en la qualité de son travail, qu’il peut jauger à l’aune de ce que produisent ses amis les plus proches, tels Picasso, Gris, Miro, et encouragé par les plus renommés critiques de l’époque, ceux qui ont glorieusement contribué à l’avènement de l’art du XXe siècle, comme Maurice Raynal, André Warnod et Pierre Courthion ! Ce dernier le décrit comme un « alchimiste inquiet » qu’une inébranlable fraîcheur d’âme savait rendre tendre et poète. Ainsi l’emphase et l’exubérance espagnoles étaient tempérées. Tempérée également par un travail acharné, l’inspiration ; l’artiste et l’artisan, pour lui, ne faisant qu’un.
La lecture de l’œuvre révèle ces élans, ces réflexions, ces prises de risque, cette heureuse obstination et cette conviction qui ont porté l’artiste toute sa trop brève carrière – rappelons qu’il s’éteint à cinquante-trois ans. Si ce sont les fers découpés, si novateurs, qui caractérisent la recherche du sculpteur, Gargallo n’a jamais pour autant délaissé les techniques traditionnelles de taille ou de modelage. Toute sa vie, il se consacre, de façon parallèle, avec le même plaisir et la même ardeur, tant à la ronde bosse qu’à ses montages de « couturière » ! Si son travail évolue, c’est, au fil du temps, dans la perfectibilité de chacune de ses manières, non pas dans la succession de ses différents modes d’expression.
De 1906 à 1934 en témoigne l’exposition. Dès les toutes premières œuvres répertoriées depuis 1894 – sujets religieux, portraits et nus taillés dans la pierre, le bois, modelés dans la terre ou le plâtre- l’habileté et la sensibilité du très jeune Pablo ne font aucun doute. Déjà exposé à Barcelone, il reçoit ses premiers prix, répond à ses premières commandes. Les petites faunesses aujourd’hui présentées, datées de 1906 et de 1908, marquent une rupture avec le style néo-moderniste début du siècle qu’il a suivi dans ses premières années, et par là même affichent la volonté de l’artiste de s’affirmer au-delà de tout mouvement. Les déformations anatomiques, l’exagération des volumes dégagent une puissance et une vigueur qui gonflent le corps de vie. Un même parti pris d’amplification des formes des Voluptés exacerbe la douceur et la sensualité de la figure, toujours centrale dans l’œuvre du sculpteur et traitée avec la plus grande ferveur. Mais, en 1907, Gargallo a vu les études des Demoiselles d’Avignon dans l’atelier de son ami Picasso. L’effervescence artistique qui règne alors à Paris favorise l’émulation de ces jeunes artistes décidés à en découdre avec la tradition ! Quelque chose de neuf flotte dans l’air du siècle nouveau…La déconstruction de la forme semble un préalable absolu. La re-construction cubiste, sans doute trop brutale, ne tente pas Gargallo qui ouvre sa voie, si personnelle, par un génial petit bricolage : Le Petit masque à la mèche de 1907 martelé dans une plaque de cuivre, annonciateur des « cuivres » dont l’exposition révèle, de 1910 à 1929, quelques-uns des plus fameux. Le matériel du sculpteur est alors rudimentaire, et le cuivre est malléable mais la cisaille impose une raideur aux contours. Pliures, torsions, rivetages confèrent un léger volume à la plaque traitée en bas-relief. Cette technique ne permet guère de déploiement dans l’espace et la matière se révèle trop peu épaisse pour autoriser des passages entre masses de différentes importances.

Pablo Gargallo, « chanteuse de cour », 1915, cuivre, 32 x 24 x 10,5cm © ville de Castres, musée Goya-musée hispanique

La Chanteuse de cour, si expressive et vivante relève toujours du bas-relief et n’offre toujours qu’une lecture frontale. Plus de dix années plus tard, la Tête d’Arlequin réalisée en un cuivre plus épais, en réelles trois dimensions marque l’aboutissement de sa recherche plastique. Gargallo aura tenté le fer, plus solide, dès 1913, pour le Portrait de Magali dont le rendu trop raide et figé s’explique toujours à l’époque par le manque de moyens techniques. Mais avant l’accomplissement de ses grands fers, à partir de 1924, il aura aussi cheminé par cette sculpture, dite « en creux », par laquelle il bouleverse magistralement notre lecture !
Tout s’inverse en effet, en 1922 : les volumes se creusent, la lumière frappe des saillies plutôt que des surfaces tendues, se niche avec douceur au cœur de la matière, l’œil suit une ligne, comme dessinée dans l’espace, avant de reconstituer un volume dont les différents éléments s’emboîtent et s’offrent, tels des coquilles.

Pablo Gargallo, « Femme au repos en creux », 1922, bronze, 25,5 x 32,5 x 25cm © ville de Castres, musée Goya-musée hispanique

Notre imaginaire convoqué, nous faisons, nous-mêmes, guidés par le sculpteur, œuvre de création. Là est le génie de Gargallo. Puis, l’idée de donner de la transparence à ces creux ne peut manquer de surgir. Sa profonde réflexion, son expérience des premiers cuivres et ses tentatives dans le fer peuvent aujourd’hui lui servir de base pour un nouveau travail autorisé par un matériel, avec les années, de plus en plus perfectionné. Naissent les premiers cuivres épais, puis, en fer, l’Autoportrait de 1927. L’inventivité de Gargallo touche au sublime : toute idée de plein est transposée en un vide aérien. Une plaque de métal structure le crâne, mais le profil, caractéristique identitaire du sujet, n’est que suggéré par une découpe dont la précision, la légèreté donnent toute sa force à l’œuvre et nous permet de le reconnaître, de le voir, malgré l’évidement du visage. La suggestion plus efficace et puissante que la représentation ! De la simplicité du portrait de Kiki de Montparnasse (1928) au Chagall (1933) baroquisant, le même principe témoigne de la justesse du parti pris du sculpteur, de la virtuosité expressive de sa technique.

Quelles que soient sa manière ou la matière –terre, bronze, fer, marbre-, des années 1920 à sa mort, en 1934, il suscite une émotion esthétique sans égale : « Le relief a des bâtis de lumières et d’ombres avec des reflets déformateurs involontaires ; tandis que le plat est constructif, le creux est franc et doux, avec des finesses extraordinaires dans le clair- obscur » reconnaît-il dans ses notes. Ainsi, des premiers surprenants petits masques des années 1910 à la douce Femme au repos en creux (1922) façonnée de lumière, du Torse de gitan frémissant de jeunesse (1923) au Prophète grandiloquent (1934), de la sinueuse Petite Bacchante (1932) au Torse de jeune fille (1933) dont la sensualité exacerbée touche à l’absolu, Gargallo définit un langage plastique où se côtoient avec bonheur un modelage traditionnel porté à la perfection, une sculpture en creux et une sculpture découpée totalement novatrices, qui affirment la personnalité d’un créateur tout à fait conscient de sa noblesse et de sa modernité.

Pablo Gargallo, « Hommage à Chagall, 1933, bronze, 37 x 22 x 21,5cm © ville de Castres, musée Goya-musée hispanique

L’ami si cher, Pierre Reverdy, qui l’avait accompagné et soutenu au fil des années, le savait : « Son filon ne s’est pas dessiné brusquement, comme un éclair, mais il l’a ouvert lui-même, organisé, exploité et suivi patiemment…il a libéré les lignes et les masses par un effort de son esprit, mais il a su conserver à l’œuvre toute sa valeur matérielle et humaine, toute sa puissance de signe en contact étroit avec la réalité vivante. »

 

Quelques mots du Musée Goya qui s’enorgueillit de cette belle initiative, et la justifie : situé au cœur de l’Evêché construit sur des plans de Jules Hardouin-Mansart, il abrite depuis1894 trois chefs-d’œuvre de Goya, l’Autoportrait aux lunettes, le Portrait de Francisco del Mazo et la Junte des Philippines offerts par Pierre Briguiboul, généreux mécène de la région. Une série de dépôts prestigieux précisa la vocation hispanique du lieu, avec notamment le Portrait de Philippe IV par Vélasquez et la Vierge au chapelet de Murillo, confortée par la passion dynamique de l’actuel Conservateur qui depuis trois décennies procède à l’enrichissement de la collection, aujourd’hui modestement, mais magistralement, par d’éblouissants papiers, de Goya toujours, de Picasso…Castres, sur la route des vacances, mérite absolument une halte curieuse et place l’été 2018 sous le signe de la découverte exigeante. LC

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À pleins tubes au Frac Grand Large à Dunkerque !

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Le Frac Grand Large a concocté un parcours thématique autour de l’idée de « tube », du mobilier tubulaire à l’évocation des tubes digestif ou bronchique du corps humain, en passant par l’architecture (les cheminées d’usines des paysages du Nord), ou les tuyaux et autres câbles de l’ère industrielle. Ces derniers, à l’heure du wifi, ont laissé place à d’autres manières de transmettre les énergies et de relier les hommes. Il est question de tout cela ici, au travers d’une sélection d’œuvres d’art contemporain et de design signées Gaetano Pesce, Charles Eames, Olivier Mourgue, Peter Friedl, Sam Durant, Terry Riley, Taryn Simon, Didier Faustino ou Barbara Visser.

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Jouez à Sherlock Holmes au jardin des Tuileries avec le jeu d’été gratuit du Musée du Louvre

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Et si le jardin des Tuileries n’avait pas encore livré tous ses secrets? Installé dans les jardin des Tuileries, le jeu d’aventure, conçu comme un escape game à ciel ouvert, propose de mener l’enquête à deux ou par groupe de quatre personnes pour dénicher une lettre qu’André Le Nôtre, jardinier du roi, aurait soigneusement caché. Grâce à des énigmes de logique, d’observation et de réflexion, plus ou moins difficiles selon le niveau choisi et à l’aide d’un plan de l’époque, de gravures historiques et de lettres cryptées, les participants devront trouver la solution à l’énigme pour découvrir la missive secrète. S’ils parviennent à la trouver, une surprise leur permettra de prolonger cette aventure atypique !
Gratuit, le jeu d’une heure trente, proposé par le musée du Louvre et créé par Gamescaper, prendra place tous les jours de 11H à 18H15 du 7 juillet au 26 août au départ du kiosque de Diane (il est possible de réserver sur place mais une réservation sur le site du musée du Louvre est fortement conseillée). Les 23 hectares du jardin des Tuileries, comportant près de 100 sculptures anciennes, modernes et contemporaines, pourra ainsi être découvert ou redécouvert par chacun des participants.

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Vente aux enchères : Sotheby’s à la mode vintage

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Emmanuelle et Philippe Harros ont ouvert en 1999 une boutique de vêtements vintage de luxe couvrant les années 1930-2000, sous la marque Quidam de Revel. Pour Sotheby’s, ils ont sélectionné dans leur collection cent soixante modèles, dont le fil d’Ariane est le vêtement- bijou, pièce symbolique d’une période ou d’un artiste, comme la saharienne d’Yves Saint Laurent des années 1960 (de 1500 € à 2000 €), ou encore la robe en plaques de métal de Paco Rabanne (de 6000 € à 8000 €) immortalisée par Françoise Hardy.

 

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Le baroque apaisé de Crayer au Musée de Flandre

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Poursuivant son cycle de grandes expositions consacrées à l’art flamand, le Musée de Flandre, en association avec le musée de Gand (Belgique), nous offre cette première exposition honorant Gaspar de Crayer. Né à Anvers en 1584 mais formé à Bruxelles auprès de Raphaël Coxie, Crayer acquit la gloire en brossant des portraits de la famille royale d’Espagne au côté de toiles religieuses. Réclamés par la Contre-Réforme catholique, ses grands tableaux d’autels, de composition très maîtrisée, lui valurent un succès continu jusqu’à ses ultimes années, passées à Gand. Comme nombre de ses contemporains, Crayer subit l’irrésistible ascendant de Peter Paul Rubens puis d’Anton Van Dyck, ces deux peintres l’appréciant du reste vivement. Après les morts des deux maîtres, seul Jordaens aurait pu lui disputer sa place mais ce dernier, à l’image de Rubens, rechercha des commandes internationales et cultiva en outre une peinture volontiers profane. L’extraordinaire ensemble de tableaux, esquisses et dessins rassemblés à Cassel permet de découvrir la richesse d’inspiration et l’évolution de l’art fastueux de Crayer, synthèse d’un certain classicisme avec un souffle baroque dont l’intensité dramatique s’ouvre aux émotions intérieures.

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Installation de l’artiste Astrid de La Forest à l’Académie des Beaux-Arts

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Astrid de La Forest a été élue à l’Académie des Beaux-Arts le mercredi 1er juin 2016, au fauteuil précédemment occupé par Louis-René Berge, dans la section de Gravure. Ce 27 juin, une cérémonie a officiellement marqué son installation au sein de l’Académie des Beaux-Arts.
Née en 1962 à Paris, elle y a intégré l’école Penninghen, rue du Dragon. Au début de sa carrière, elle a travaillé avec l’équipe de décors du théâtre des Amandiers à Nanterre, où elle a, entre autres, réalisé l’affiche de Ivanov de Tchekhov, puis elle a travaillé comme illustratrice avec de nombreux médias ainsi qu’avec la justice. Devenue dessinatrice judiciaire pour la télévision, elle a couvert de grands procès, dont ceux de Paul Touvier, ancien chef du service de renseignements de la Milice à Lyon durant l’occupation allemande de la France, ceux d’Action directe, un groupe terroriste anarcho communiste, ou encore ceux d’ETA, l’organisation séparatiste basque. Parallèlement à ce travail, Astrid de La Forest a poursuivi son apprentissage des techniques de l’estampe avec Yvonne Alexieff à l’atelier de l’Association pour le développement de l’association culturelle. Elle a toujours aimé découvrir de nouvelles pratiques et est d’ailleurs passée de la peinture, dans les années 1990, à la gravure, à partir de 1995. Astrid de La Forest utilise plusieurs méthodes (eau-forte, aquatinte, pointe sèche, ou carborundum), qu’elle pratique ensemble ou séparément, pour créer de grands formats dont les thématiques sont souvent en lien avec la nature. Elle a d’ailleurs inventé de nouvelles techniques de gravure, qu’elle a pu développer au fil des années, qui lui ont permis de créer de très grands formats de gravures et de monotypes.
Exposée en Suisse, en Allemagne, en Belgique et à Paris, elle a aussi enseigné 4 ans avec l’équipe d’arts plastiques de l’École Nationale Supérieure d’Architecture du Paris-Belleville. À l’occasion de son installation à l’Académie des Beaux-Arts, la galerie Forest Divonne (dirigée par sa sœur Marie-Hélène de La Forest), qui la représente, exposera les œuvres d’Astrid de La Forest aux côtés du travail des artistes Arthur Aillaud, Bernadette Chéné, Alexandre Hollan et Anna Mark.

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Les inédits de Pierrette Bloch à la galerie Karsten Greve Paris

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« La maille est une forme de peinture ou de dessin », disait Pierrette Bloch (1928-2017) au sujet de son œuvre si singulière (« Connaissance des Arts » n°658, pp. 66-71). « Mon monde, je sais ce qu’il n’est pas, mais je ne sais pas à quoi il se réfère. La peinture a à voir avec le secret, avec ce qui est secret à soi-même. » Avec cette exposition rétrospective, la galerie Karsten Greve réaffirme son soutien engagé depuis dix ans en faveur du travail de cette artiste, aujourd’hui pleinement reconnue, à travers une exceptionnelle sélection de pièces, dont beaucoup sont inédites. La fourchette de prix est large, de 8000 € à 85 000 € selon le format, la rareté de la technique et l’année de réalisation. Avec une fascinante simplicité de moyens, Pierrette Bloch cherchait constamment à « rencontrer le temps ».

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Incubateur d’amour numérique au Centre d’art Les Pénitents noirs à Aubagne

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Peut-on tomber amoureux d’une intelligence artificielle ? Les ordinateurs peuvent-ils comprendre les émotions ? L’artiste écossais Charles Sandison tente de répondre à ces questions à travers une installation animée immersive créée spécialement pour Les Pénitents noirs. « Mon travail artistique est une entité vivante et évolutive qui habite en totalité l’espace de la chapelle, couvrant le sol, les murs et le plafond. Les visiteurs marchent à l’intérieur et font partie de l’œuvre », résume l’artiste « geek » dont le travail consiste à concevoir des algorithmes générant mots et signes et déterminant leur mouvement et leur disparition.

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[Entretien] Dernier envol pour la Maison Rouge

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Si on reprend la définition de l’envol, c’est l’action de s’envoler, de décoller, de quitter le nid pour découvrir de nouveaux horizons. C’est aussi une façon de s’élever pour amorcer de nouveaux projets, une nouvelle vie. Dans la diversité des typologies, des signes de l’envol, le commissariat collectif – Antoine de Galbert, Bruno Decharme, Barbara Safarova et Aline Vidal – s’est intéressé à ceux qui n’y sont jamais réellement parvenus, à ces artistes, à ces êtres utopiques, chimériques, qui en voulant conquérir le ciel, atteindre le cosmos, ont imaginé des protocoles, ont fabriqué des machines. Des tentatives de voler où la chute peut s’avérer parfois mortelle. Lire la suite ici.

Cet article a été rédigé par Anne-Frédérique Fer,
rédactrice en chef de la revue culturelle franco-chinoise FranceFineArt.
Réalisée par des artistes français et chinois, la revue a été créée lors des années croisées France-Chine (2004-2005).
FranceFineArt est constituée de différentes rubriques qui à l’aide de photographies, d’interviews sonores, de textes et de liens interactifs rendent compte de la vie artistique, en France et en Chine.

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